2014 : année internationale pour le Collectif Coin

Publié par Marion Sabourdy, le 27 janvier 2014   370

Xl collcoin

En décembre dernier, nous avons rencontré Maxime et Valentine, du Collectif Coin. Ils nous ont raconté leurs créations de 2013 et leurs projets pour 2014, à l’international.

« Projet artistique grenoblois, le Collectif Coin s'attache à la création et la diffusion d’œuvres transdisciplinaires. Ses champs d’expérimentation couvrent principalement la musique, la vidéo, la performance et l'installation, tout en interrogeant de façon transversale le rapprochement entre Art(s) et Science(s) » peut-on lire sur la page Vimeo du Collectif Coin, qui rassemble les vidéos de leurs projets. Pour en savoir plus, j’ai rencontré Maxime Houot, directeur artistique du Collectif Coin et Valentine Antheaume, son administratrice, dans les locaux de la rue Claude Génin.

Echosciences Grenoble : Qui est derrière le Collectif Coin ?

Maxime Houot : Je suis un « rescapé » du Collectif Coin original, un projet qui a commencé en 2006, bien avant de devenir l’association actuelle. A l’époque, il s’agissait d’un groupe de musiques actuelles auquel se sont ajoutés des amis photographes et étudiants en architecture. Ils nous ont permis « d’augmenter » nos musiques en développant d’autres médias présentés sur scène. Petit à petit, nous sommes sortis de la scène car nous avions envie d’expérimenter d’autres projets, de nous confronter à la ville. Mais une fois leurs études terminées, chaque membre s’est professionnalisé : le musicien est devenu musicien, l’étudiant en architecture en a fait son métier et le photographe… vend des skis ! Pour ma part, après mon diplôme d’ingénieur en physiques appliquées et mon master Art, science, technologies de Grenoble-INP, j’ai décidé de changer mon rapport à ce projet et de m’y consacrer à plein temps. Je voulais arrêter de séparer vie professionnelle et envie de création.

Valentine Antheaume est arrivée dans le Collectif Coin il y a deux ans en tant que stagiaire. Elle sortait de ses études de production et de diffusion des métiers de la culture à Lille. Elle est maintenant administratrice du Collectif Coin et pour le moment la seule permanente de la structure. Nous invitons des bénévoles et des intermittents selon les créations et souhaitons continuer dans cette voie en embauchant des personnes à plein temps, surtout pour l’administratif au départ mais aussi pour la technique. Nous sommes d’ailleurs à la recherche de "geeks" ! Au final, la majorité des projets du Collectif Coin sont des créations collectives.

Sur quels genres de projets travaillez-vous ?

Nous avons une prédilection pour les performances, depuis la première qui date de 2007. Pour CongloméraT, nous avons par exemple fait évoluer 60 danseurs dans le parking Le Doyen, à Grenoble. Il s’agissait d’un projet accessible à tout le monde, qui n’a nécessité que trois répétitions avant le spectacle – et six mois de travail pour nous en amont.

Pour Alte Schule, qui était la 3ème performance du Collectif Coin, nous avons investi la bibliothèque universitaire Droit-Lettres du campus de Saint Martin d’Hères-Gières.

Nous proposons aussi des installations, comme CLIC, en 2009, avec l’Hexagone et l’équipe MAGMA du LIG ou encore Eléa en 2011, qui a été présenté pour la première fois à l’occasion des Rencontres-i organisées par l’Hexagone et qui tourne dans toute la France.

En 2013, vous avez beaucoup travaillé avec la Casemate

Oui, cette collaboration est vraiment enrichissante et nous a permis de monter trois nouvelles créations en une année : Kiics, Cyclique et Waves. Nous travaillons notamment au FabLab depuis son lancement. C’est une plateforme géniale pour nos prototypages et nos tests. Et, ce n’est pas seulement un lieu de production. C’est aussi un endroit où on échange beaucoup, c’est stimulant.

Qu’avez-vous proposé dans le cadre du projet européen Kiics ?

Pour ce projet, nous avons travaillé sur un spectacle autour du thème de l’éclairage urbain avec une vision poétique et non sécuritaire. Pour lancer notre réflexion, nous nous sommes inspirés du dessin d’un « lampadaire luciole » qu’un enfant avait réalisé lors d’un atelier de La Casemate pendant la Fête de la science 2012 [ndlr : lire l’article « Cap sur la ville du futur avec Ludovic Maggioni » par Nicolas Bello]. Cela nous a amené à des lampadaires qui pourraient suivre les passants, un peu comme les anciens porteurs de flambeaux. Et pour matérialiser cette idée, nous avons souhaité tester des drones, encore très marqués par l’imaginaire militaire. Il s’agit de dispositifs plutôt discrets et minimalistes. Notre réflexion se poursuit, nous travaillons à nouveau dans le FabLab et sommes attentif aux outils développés par les constructeurs de drones.

En quoi consiste le projet Cyclique ?

Cyclique est le premier projet développé avec la Casemate, il y a deux ans, et donc le plus abouti. A l’origine, il s’agissait d’une commande du Musée de Grenoble pour sa nocturne de 2012. L’idée était d’investir l’esplanade le temps d’une soirée. A l’époque, nous avions déjà monté des projets avec des LED et des formes simples comme des cubes en papier. L’idée est de jouer sur l’accumulation de formes basiques pour redessiner l’espace.

Pour le Musée de Grenoble, nous avons donc travaillé avec des ballons de baudruche gonflés à l’hélium : ils sont simples mais véhiculent un fort imaginaire, autour de l’enfance. Il fallait ensuite développer le dispositif pour mettre de la lumière à l’intérieur. Nous n’avons malheureusement pas réussi cette année-là et sommes partis plutôt sur un « habillage » de ces nombreux ballons par de la vidéoprojection. En plus du Musée, nous les avons présentés à la Nuit Blanche de la Motte-Servolex, à la Fête des lumières de Lyon en 2012 et à un festival à Birmingham.

Pendant ce temps, on a gardé en tête l’idée de faire venir la lumière depuis l’intérieur des ballons… et nous y sommes parvenus ! Il s’agit d’une matrice de 256 ballons de 40 cm, gonflés à l’hélium et équipés d’une LED et d’un bouchon. Cela donne un carré d’une vingtaine de mètres de côté, qui peut se distordre et s’adapter à l’espace, une sorte d’écran monumental très basse résolution de 256 pixels, grâce auquel nous pouvons diffuser de la vidéo. J’aime ce minimalisme de Cyclique.

Nous avons proposé le projet à la Casemate qui l’a coproduit et l’artiste visuel Nohista nous a rejoints. Nous voulions une installation la plus lumineuse et légère possible, synchronisée avec le son. C’est un axe de travail qu’on partage avec Nohista : une obsession pour l’utilisation de différents médias qui, une fois joués en même temps, prennent sens. La composition visuelle et sonore dure une vingtaine de minutes, en boucle. La première diffusion de la nouvelle version de Cyclique est intervenue pour la Nuit blanche d’Amiens 2013, sur une place en forme de trapèze en pente. La matrice était située à deux mètres de haut, que les passants pouvaient surplomber grâce à une passerelle.

Ce projet a rencontré un chouette succès avec plus de 120 000 visionnages de la vidéo et un relais dans les médias. Pour la suite, nous souhaitons le diffuser une fois à Grenoble avec la Casemate, parce que cela nous tient à cœur et à l’international.

Vous avez également présenté Waves au salon Experimenta, un nouveau projet qui met en scène des ballons. Quelles sont les différences avec Cyclique ?

Les deux installations partent du même point de départ : l’accumulation de sphères lumineuses et le travail autour de leur synchronisation avec le son. Le mouvement est essentiel dans les deux projets : mouvement propre des ballons avec le vent pour Cyclique et mouvement de vagues pour Waves. Mais contrairement à Cyclique qui était une boucle, Waves est construit autour de l’idée d’interactivité avec le public. J’aime bien l’idée que le « badaud », celui qui se balade, puisse tomber sur quelque chose d’imprévu, qui s’est intégré à sa ville, son espace.

Nous n’avons pas souhaité travailler avec des technologies pointues comme la Kinect, ou le Leap Motion, qui permettent de repérer la position du corps sans contact, justement pour garder cette notion d’interaction avec le ballon. A Experimenta, il s’agissait d’un premier prototype à enrichir par la suite selon les modes d’interaction développés par les visiteurs : ils ont griffé les ballons, les ont tapés, fait tourner… A l’inverse, d’autres visiteurs n’osaient pas les toucher… Suite à ce premier dispositif, nous enrichissons aujourd’hui cette installation sans forcément créer un « mode d’emploi » en laissant l’installation intuitive pour les visiteurs. C’est notre première création commune avec un industriel : Air Star, qui produit des ballons pour l’éclairage de routes, de secours ou bien pour l’événementiel. Ils avaient envie de travailler sur un projet participatif.

Quels sont vos futurs projets ?

Notre objectif est de garder un pied à Grenoble, tout en diffusant nos projets dans toute la France et à l’international. Nous avons envie de nous confronter à d’autres terrains de jeu. A vrai dire, nous ne connaissons pas encore comment sera 2014 mais les premiers retours nous permettent d’espérer que cette année se déroulera en partie à l’international, notamment grâce à Cyclique.

En parallèle, nous poursuivons le projet Kiics et nous allons créer un nouveau spectacle, Intramuros, qui a l’ambition de pouvoir être joué sur n’importe quelle grue de n’importe quel chantier de construction dans le monde entier. Depuis cette année, grâce à Alp’Grue, nous disposons d’une grue de résidence sur laquelle nous pouvons travailler avec le collectif « Lumières éphémères », l’entreprise Art’Kébia, ainsi que de nombreux cordistes et performers. Nous avons également reçu le soutien de la ville de Grenoble et de Petzl.

>> Illustrations & vidéos : Christophe Levet (photo principale), Collectif Coin (vidéos), Nohista (Cyclique), Laurence Fragnol (Waves)