La Wikiconvention francophone explique l’inclusivité : exemples de l’écriture inclusive et des événements autistic-friendly

Publié par Joanne Vonlanthen, le 29 octobre 2018   720

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Du 5 au 7 octobre 2018, le Musée de Grenoble accueille la Wikiconvention francophone. Conférences et ateliers permettent de réunir les acteurs de la communauté wiki et les curieux désireux d’en apprendre davantage sur la vie wikipédienne.

Deux conférences attirent mon attention : l’une précise les principes de l’écriture inclusive et l’autre met en lumière des idées pour organiser un événement autistic-friendly. Dans les deux cas, le sujet aborde la question de l’inclusivité, c’est-à-dire la volonté d’intégrer toute personne au sein d’une pratique, d’une idée, d’un événement, d'un projet.

L’écriture inclusive 

Avec l’inclusivité, on assiste à un remplacement de paradigme : c’est une vision du monde autre que la vision jusqu’alors dominante. Le terme « inclusion » exprime l’action d’inclure ce qui est exclut. Par « inclusivité », on entend ici une éthique, une politique qui touche le genre, le racisme, le validisme, la grossophobie, l’homophobie, etc. L’inclusivité est une valeur qui remplace des formes de domination.

En écriture, si aujourd’hui on parle souvent du genre neutre, il ne s’agit là que d’un procédé au sein d’une grammaire bien plus vaste. Alpheratz nous donne des pistes à explorer :

  • Utiliser des hyperonymes comme « lectorat » pour « lecteurs » ;
  • Utiliser des épicènes comme « membres » du comité de lecture ;
  • Instaurer des termes considérés neutres comme « lectaires » ;
  • Réactiver des termes anciens comme « matrimoine » et non seulement « patrimoine » ou les pronoms « al, ol, ille » ;
  • Faire des accords de proximité où l’accord se fait avec le nom le plus proche. Par exemple, « hommes et femmes seront gagnantes » mais « femmes et hommes seront gagnants » ;
  • Créer une neutralité à la manière de l’allemand (das) pour les sujets non genrés comme dans « Il pleut » (pas de sujet personnalisé) qui deviendrait « Al pleut » ;
  • Réaliser une recomposition savante de la devise française « Liberté Égalité Fraternité » en « Liberté Égalité Adelphité » (l’adelphité inclut la fraternité et la sororité)

À savoir, écrire « lecteur-e-s » comme c’est souvent le cas lorsqu’on souhaite écrire de façon inclusive peut rapidement énerver un lectorat et est par ailleurs une pratique troublante pour les personnes dyslexiques. En ce sens, cette règle grammaticale n’est pas tellement inclusive. 

Le paradigme de l’inclusivité est de plus en plus constaté et mis en pratique. Les supports sont variés et parfois institutionnalisés, tels les mémoires, les thèses ou les recherches du CNRS. Selon Alpheratz, le signe est créateur de sens et de pouvoir, aussi lutter contre une vision genrée et inégalitaire du monde par la langue permet d’avoir une application réelle et profonde sur les pratiques et les représentations des sociétés. D’autant que « les étudians sont les professaires et cherchaires de demain ! » C’est en ce sens qu’il faut comprendre ce renversement de paradigme, cette révolution scientifique.

Penser « autistic-friendly »

Être neurotypique, c’est s’inscrire dans ce qui serait la « normalité » (définit par les groupes sociaux dominants). Une personne autiste est donc une personne non neurotypique. L’autisme est une condition neuro-développementale qui se traduit par des troubles de la communication, des difficultés d’interaction sociale et des intérêts spécifiques pour certains sujets (on parle de triade autistique). Des troubles de la motricité plus ou moins invalidants se manifestent parfois.

Assister à un événement public est une épreuve pour une personne autiste du fait d’une prolifération de stimuli sensoriels. Il est difficile de gérer plusieurs sources d’information en même temps : les couleurs, le bruit, les mouvements, les conversations, etc. La confusion et le stress engendrent une surcharge, voire un meltdown (un effondrement émotionnel). Les personnes autistes s’interrogent alors : avons-nous notre place à de tels événements où l’interaction sociale est de mise ?

À celles et ceux qui souhaitent organiser un événement autistic-firendly, AnneJea propose des mesures pour prendre en compte les particularités cognitives, sensorielles et sociales de la diversité des profils autistiques.

  • Donner des informations très complètes en amont de l’événement

Une personne autiste rencontre des difficultés pour gérer les situations nouvelles et ressent le besoin d’anticiper. Apporter le plus d’informations possibles sur les lieux et les temps de l’événement est utile : le plan d’accès, la disposition des salles, l’organisation du temps du repas (repas servi sur place, à apporter, avec un déplacement nécessaire, etc.) Dans cette social story, chaque étape de la journée est décrite (si possible, au moins un mois en amont).

  • Préciser les contacts des personnes sur place

Ces personnes doivent être réceptives et bienveillantes. Le numéro de téléphone ne suffit pas puisqu’il s'agit d’être aussi disponible par écrit : l’adresse mail est essentielle.

  • Aménager un environnement bienveillant et sans stimuli superflus

Il est mieux de privilégier une décoration sobre, des tons pastels. Les pièces avec une forte résonnance sont à éviter mais elles doivent être grandes pour moins de promiscuité et pallier la stagnation des groupes. Les bruits d’ambiance, comme une musique de fond, peuvent être perturbants et des bouchons d’oreilles sont à prévoir. Pour les applaudissements, il est possible de mettre un place un système de flappause (des applaudissements silencieux). Concernant la luminosité, les néons sont agressifs à cause des clignotements. Mieux vaut des lumières douces et chaudes. L’olfactif est également un sens à prendre en compte car des personnes peuvent être hypersensibles aux odeurs (de cuisine par exemple) et aux parfums trop forts.

  • Proposer une salle calme pour des temps de pause et le repas

S’il faut choisir l’élément le plus important pour un événement autistic-friendly, c’est une pièce d’hypostimulation où le silence est strictement appliqué afin de permettre un break sensoriel. Sans cette pièce, il est fréquent que les personnes autistes restent dans les toilettes pour permettre cet isolement. Cette salle de repos doit être disponible en permanence et non à la demande (car la demande implique une interaction sociale que la personne autiste ne souhaite peut-être pas). L’accès à cette pièce doit être tel que la personne puisse s’isoler sans se sentir pour autant exclue.

  • Anticiper les temps d’interaction sociale

On précise la durée des pauses entre des conférences ainsi que le format des interventions et des périodes de questions. Ces temps d’échanges doivent laisser le choix et ne jamais contraindre l’implication. On peut aussi imaginer des alternatives écrites aux échanges oraux.

  • Mettre en place une friendly space policy

Il s’agit là de préciser les actions et les comportements attendus au cours de l’événement et de diffuser l’information auprès des publics. Les intervenants, les bénévoles et les visiteurs doivent être amenés à penser ces questions d’inclusivité. Un système de badge coloré porté par tous (personnes neurotypiques ou non) peut être mis en place : rouge pour signaler sa non disponibilité à l’échange, vert pour exprimer son intérêt, orange pour souligner vouloir a priori rester tranquille mais indiquer la possibilité d’être sollicité si nécessaire, etc.

  • Limiter le contact physique

On évite de toucher ou de serrer la main lorsqu’on se présente ou lorsqu’on donne des goodies. Surtout, il s’agit de ne pas toucher les objets des autres personnes (un crayon ou tout objet personnel).

Les événements publics sont des situations sociales énergétiquement coûteuses, sources de stress et de fatigue pour les personnes non neurotypiques. Si vous imaginez et aménagez des alternatives, le fil directeur est de ne pas forcer le social sans pour autant donner l’impression d’exclure ou de stigmatiser.