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Conservation de la nature : entre enjeux écologiques, humains, politiques et économiques

Publié par Eléonore Pérès, le 12 novembre 2018   840

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Le 12 novembre dernier, Ian Florin, assistant-doctorant à l’Institut des Sciences de l’Environnement de Genève, est intervenu autour de la conservation de la nature dans le cadre des séminaires Sciences, société et communication de la MSH-Alpes.  


Cadre historique de la conservation de la nature et modèles des aires protégées  

Les débuts de la conservation de la nature sont nés de l’idée que la modernité et le progrès peuvent aboutir à l’exploitation de la nature. Il faudrait alors mener des actions visant à maintenir voire améliorer notre lien à la nature. Ainsi, les premières aires protégées sont créées dès 1872 avec le parc national du Yellowstone, aux USA. Puis le concept s’étend, notamment en Europe en 1909 en Scandinavie.  

Parmi les différents modèles de protection d’aires naturelles, celui de la forteresse est le plus ancien. Il découle du concept de « wilderness » (H.D. Thoreau) et prône l’idée d’une nature « sous cloche », qui doit être inaccessible à l’homme. Ce modèle est aujourd’hui le plus critiqué pour des raisons de dérive autoritaire et d’exclusion des populations indigènes. De même, ce modèle laissait penser que la nature peut être dégradée à l’extérieur de ces aires protégées sans que ce ne soit un souci. 

Le monopole du concept de « wilderness » arrive à son terme vers les années 1980 alors que diverses organisations politiques comme les Nations Unies ou l’UNESCO s’engagent pour une stratégie mondiale de la conservation de la nature et une prise en compte des facteurs sociaux. La nature n’est alors plus obligatoirement extérieure aux activités humaines.  

Aujourd’hui, le modèle principal est celui des aires protégées transfrontalières : les frontières – arbitraires – ne peuvent rendre compte des flux, des relations et des dynamiques naturelles. La coopération politique entre pays est en jeu, de même que le tourisme. Depuis les années 2000, ces parcs transfrontaliers s’organisent en reliant des parcs naturels nationaux existant. Par exemple, l’initiative de conservation Yellowstone (USA)-Yukon (Canada) vise à connecter ces deux parcs pour « harmoniser les besoins des personnes et ceux de la nature ».

 

Critiques sociales de la néo-libéralisation de la conservation de la nature  

Malgré les enjeux actuels très forts autour de la protection de la nature, de vives critiques se sont élaborées contre les politiques de néo-libéralisation de cette conservation. Ces critiques viennent principalement de l’approche de Political Ecology, composée de disciplines diverses (géographie, économie, sociologie, etc.), qui s’intéresse aux acteurs du secteur de la conservation de la nature et à leur appropriation des ressources à leur propre avantage. Ces pratiques peuvent se traduire notamment par de la corruption, par la marginalisation des populations locales et par l’occultation de certains acteurs.  

Diverses visions de la nature participent à cette néo-libéralisation comme par exemple celle de la « nature spectacle » où elle devient objet de consommation via la production de produits dérivés, via le concept d’écotourisme, etc.

 

En conclusion, l’homme a conscience depuis longtemps que la nature et la diversité ont besoin d’être protégées. Le rapport de l’homme à la nature – et à ces aires protégées - a évolué grâce aux apports des sciences sociales. Il faut garder à l’esprit que les stratégies de la conservation de la nature font partie intégrante de la société de consommation et des politiques nationales et internationales.