La Fête de la Science : "un bol de fraîcheur dans le monde parfois aride du laboratoire"

Publié par Julien Delahaye, le 5 septembre 2016   2.9k

Rencontre avec Julien Delahaye, chercheur au CNRS, dans l'équipe "Magnétisme et Supraconductivité" de l'Institut Néel, qui "participe à la Fête de la science tous les ans depuis presque 20 ans et ma première année de doctorat".

En quoi consiste votre travail ?

Je suis chercheur dans un laboratoire du CNRS. Mon travail consiste à comprendre le comportement des électrons dans des matériaux qui sont de mauvais conducteurs électriques et où les atomes sont en désordre. Je dois pour cela émettre des hypothèses, réaliser des expériences, les interpréter, valider ou non les hypothèses de départ et essayer d’avancer tant bien que mal dans la compréhension des phénomènes observés. En plus de mes activités de recherche, je consacre une part importante de mon temps de travail à l’enseignement de la physique et à des actions de vulgarisation scientifique, comme la Fête de la science.

Organisez-vous régulièrement des actions de médiation culturelle dans le domaine des sciences et des techniques ?

Je participe très régulièrement à de telles actions car les sollicitations ne manquent pas ! Cela va de l’animation d’ateliers pour enfants dans des festivals scientifiques comme Remue Méninges à des formations pour professeurs des écoles avec la Maison pour la Science, en passant par l’accueil de lycéens au laboratoire. Je participe également à la Fête de la Science tous les ans depuis presque 20 ans et ma première année de doctorat. C’est un peu comme un rituel, un rendez-vous annuel très attendu par le grand public et qu’il ne faut pas manquer.

Quels aspects de la médiation scientifique et technique trouvez-vous les plus intéressants d’un point de vue personnel et professionnel ?

Ce que j’apprécie particulièrement dans ces actions, c’est qu’elles se déroulent dans un cadre qui n’est ni celui du travail, ni celui de l’enseignement et que les échanges que l’on peut avoir sont beaucoup plus libres et détendus. C’est souvent un bol de fraîcheur dans le monde parfois aride du laboratoire… La vie au laboratoire est par contre indispensable pour nous rappeler ce que sont les fondamentaux de la science, avec ses expériences qui mettent parfois des mois à se faire, ses nombreuses questions auxquelles on ne sait souvent pas répondre, ses errements et ses erreurs. Autant de choses qui ne s’apprennent pas ou peu pendant les études, et qu’il faut aussi essayer de faire passer à travers les actions de vulgarisation scientifique.

Par ailleurs, j’apprends également beaucoup de choses scientifiquement parlant en préparant et en menant ces actions. On pourrait penser qu’un chercheur qui fait de la physique depuis son bac (et même un peu avant) n’apprend rien en expliquant des phénomènes comme l’arc-en-ciel ou la température à des enfants. Mais c’est tout le contraire ! A travers les actions de vulgarisation, nous nous confrontons à la réalité de l’expérience et aux questions du public, y compris celles que l’on ne s’est jamais posé (souvent à tort) ! Je développe actuellement avec une collègue de l’université un site internet accessible à tous sur la lumière et la couleur. Et même sur ce sujet sur lequel nous intervenons depuis plus de 10 ans, il nous arrive souvent de prendre conscience au détour d’une expérience que ce que nous avons lu dans des ouvrages ou des sites internet, que nous avons parfois même appris et enseigné nous-même, ne tient pas la route et doit être remis en cause.

Découvrez le site internet "Couleurs et Lumière" conçu par Julien et sa collègue

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Je ne rencontre pas vraiment de difficultés de « contact » avec le public et les jeunes. Bien sûr, ça se passe plus ou moins bien suivant les fois, et toutes les interventions ne sont pas des réussites absolues. Mais en étant à l’écoute, en acceptant de se remettre en cause et en n’hésitant pas à tenter des choses nouvelles, je crois qu’on finit par s’améliorer.

Les vraies difficultés sont très souvent d’ordre matériel, en particulier quand les actions sont modestes et peu « visibles ». C’est difficile à croire, mais trouver quelques dizaines d’euros pour acheter du matériel demande beaucoup d’énergie, et pouvoir le dépenser simplement , administrativement parlant, encore plus ! Il y a parfois vraiment de quoi décourager les personnes les plus motivées. Or je pense que les actions de vulgarisation ne doivent pas se limiter à quelques actions de prestige coûteuses et sans suite, mais laisser une large part aux actions de terrain qui se font sur la durée.

Selon vous des manifestations comme la Fête de la science qui fête ses 25 ans cette année, contribuent-elles à donner une plus large place aux questions de science dans notre société ?

Je ne sais pas. Les scientifiques sont-ils d’ailleurs toujours les mieux placés pour répondre aux questions de science qui se posent dans notre société ? Je conçois mon rôle plus modestement : donner le goût aux gens, et aux jeunes en particulier, de s’émerveiller et de comprendre le monde qui nous entoure.

Retrouvez Julien Delahaye au village des sciences Physique en Fête sur le campus CNRS le 15 octobre.


>> Crédits images : Patrick Arnaud / Maison pour La Science, Ilan Ginzburg pour La Casemate