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A la croisée des controverses : les modifications ciblées du génome appliquées aux animaux d'élevage

Publié par Samia Rebaa, le 5 novembre 2021   1.8k

Pour la 3e conférence du séminaire d'études "Sciences, société et communication" , Raphaëlle DUCLOS, chargée d'étude pour GIS Avenir élevage, nous emmène A la croisée des controverses : les modifications ciblées du génome appliquées aux animaux d'élevage.

Depuis les années 2000, les scientifiques travaillent sur la modification génique portant sur le ciblage de gènes d'intérêts. Ces recherches ont largement fait parler d’elles à travers les célèbres OGM utilisés dans l’agriculture, mais leur domaine d’action ne s'arrête pas là. La modification génique s’applique également aux animaux d'élevage. L’objectif étant de cibler des gènes comprenant un avantage pour les animaux afin de les introduire dans le génome de ces animaux d’élevage. 

Raphaëlle nous en offre un exemple marquant: les scientifiques ont trouvé chez le poulpe un gène le rendant fluorescent, une possibilité serait de l’introduire chez les coqs au niveau de leur chromosome Z. Cette manipulation génique permettrait de repérer plus facilement  dans les œufs si le sexe des futurs poussins et d’éviter ainsi les méthodes invasives utilisées actuellement pour identifier le sexe de ceux-ci.

Une autre méthode, notamment très prisée par les chercheurs depuis quelques années, est la technologie CRISPR/cas9. Celle-ci s’appuie sur les mécanismes de défense de certaines bactéries afin de se défendre contre les virus. Cette méthode permet de couper un gène d'intérêt de façon précise et de l’insérer dans au sein d’un autre organisme de façon relativement simple, révolutionnant ainsi les techniques d'édition du génome.

Comme tout sujet portant sur la modification de gènes, la controverse est fortement présente. De nombreuses questions se posent. Quel est le danger pour l'être humain ? Peut-on considérer ces modifications comme naturelles ? Quels en sont les conséquences pour les animaux concernés ? Et quelles sont les motivations derrières ces recherches: le bien-être animal ou les profits économiques ?

Une première controverse est leur proximité avec les OGM. Un OGM étant défini comme “un organisme, à l'exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle.” Il existe toutefois deux types de modifications du génome: la transgénèse et l'intragénèse. La transgénèse porte sur l’introduction de gènes provenant d’une espèce différente à une autre, alors que l'intragénèse est le processus d’introduction de gènes entre deux individus d’une même espèce. Par définition, les deux semblent rentrer dans la description d’un OGM, mais même si les réglementations officielles appliquées ne semblent pas discerner la différence entre les deux, la communauté scientifique, elle, fait la différence. Bien que la transgénèse semble provoquer des polémiques plus vastes, l'intragénèse, elle, poserait moins de problèmes.

Deux visions s’affrontent, mais chacun semble relativement souple sur ses positions. Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord, les inquiétudes liées aux conséquences sur l'être humain ne sont pas aux premières loges des controverses. 

En effet, d’une part certains acteurs exposent une continuité naturelle dans ce processus d'avancée technologique. L'être humain ayant toujours cherché à améliorer ses rendements et ses conditions de production, la modification du génome n’en serait que la suite logique ne posant pas nécessairement de problème. Quelle est au final la différence entre l’insertion ou la modification d'un gène en laboratoire, comparée à une mutation naturelle ? L’ADN dans le cas de l’intragénèse restant toujours au sein d'une même espèce. Celle-ci ne serait donc qu’une façon plus rapide et moins coûteuse de faire ce qui a toujours été fait à travers les nombreux croisements d’individus effectués dans l'élevage.

D’une autre part, de nombreux protagonistes se posent toutefois la question de la pertinence d’une telle pratique, quand on sait déjà faire la même chose avec une autre technique. Car même si la technique en elle-même est moins coûteuse, les moyens déployés pour la recherche autour de ces méthodes de modifications du génome restent conséquentes. 

De plus, certains organismes mettent également en lumière l’importance de l’intention qui se trouve derrière ces nouvelles avancées. Dans quel but souhaite-on utiliser ces technologies ? Un argument ressortant régulièrement est que ces méthodes sont acceptables et souhaitables tant qu’elles sont explorées dans le cadre d’une amélioration du bien-être animal. Cependant, elles perdent toute leur humanité et deviennent néfastes si elles sont utilisées dans un but d’amélioration de la rentabilité des productions et que les profits sociaux-économiques pouvant être obtenus prennent le dessus.

Finalement, les réponses à cette problématique diffèrent à travers le monde, faisant face à des restrictions plus ou moins claires et restrictives. En France a l’heure actuelle, ces éditions du génome sont soumis aux réglementations OGM datant de 2001, époque à laquelle la grande majorité des technologies géniques actuelles  n’existaient pas. Un premier pas sembleraient alors de mettre à jour ces règlementations, de les clarifier et de les personnaliser aux différentes méthodes.

Crédit image : Photo par Braño sur Unsplash

Cet article a été écrit par Roxanne GILLON, Julie LEMOINE et Samia REBAA,  étudiantes en Master 2 "Communication et Culture Scientifiques et Techniques" de l'université Grenoble Alpes (#CCST).