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Le Master CCST

Les acteurs de la CST face aux croyances : des biais cognitifs

Publié par Matthieu Martin, le 10 décembre 2018   990

Xl cerveau

Science contre croyances ?

A l’ère du soupçon, où la science est remise en question dans l’espace public et médiatique, comment réagir en tant que communicant scientifique et technique (CST) ? Certes, sur de nombreux sujets à controverse, l’état des connaissances scientifiques n’est pas toujours suffisant pour parvenir à un consensus. Mais les acteurs de la CST observent une tendance croissante de certains publics à opposer leurs croyances aux faits scientifiques présentés. Avec parfois des réactions violentes au-delà du scepticisme. «Il faut désormais composer avec un rejet verbalisé une agressivité affirmée, une attaque du médiateur et de son discours de la part de [certains jeunes et adultes] » lit-on dans le compte-rendu de l’AMSTI sur la journée « Science, culture, opinion. Comment en parler ?».

Alors comment faire face en tant que médiateur scientifique ? Quel posture adopter ? Dans cet article, nous allons chercher des éléments de réponse du côté des neurosciences. En effet, s’il est parfois très difficile de convaincre de la véracité de certains faits scientifiques, peut être est-ce parce qu’il est illusoire de penser que l’énoncé rationnel des preuves est suffisant pour effacer une croyance. Intéressons nous pour cela à deux théories de psychologie sociale : la dissonance cognitive et l’effet rebond.


                                                        


Un roseau pensant, mais pas que...

La première est proposée par le psychologue américain Leon Festinger et ses co-auteurs en 1956. Il s’intéresse à cette époque aux médias de masse et la question des rumeurs : comment celles-ci peuvent parfois acquérir le statut de « vérité » en si peu de temps. Selon sa théorie, lorsqu’une personne est amenée à agir en désaccord avec ses croyances, elle se retrouve dans un état inconfortable appelé dissonance cognitive. Pour réduire cette tension, l’individu procéderait à un ajustement de ses croyances a posteriori dans le sens de l’action (mais l’ajustement de l’action elle-même est également possible). Autrement dit, lorsqu’une personne fait face à des informations qui vont à l’encontre de son système de croyances, d’un point de vue cognitif, elle peut avoir tendance à « résister » à l’information, à la rejeter, pour éviter un état de tension inconfortable.


                   


Le deuxième biais cognitif, l’effet rebond, a été introduit par Daniel Wegner et ses co-auteurs en 1994. Imaginez un ours blanc. Maintenant, essayez de ne pas penser à cet ours blanc. Cela a peu de chances de marcher. Des expériences réalisées par Brendan Nyhan et Jason Reifler tendent à montrer que corriger les erreurs factuelles ou les croyances peut avoir des effets contre-productifs, pouvant se traduire par un renforcement de la croyance en question.

Un autre rapport science et croyance ?

Ainsi, l’étude de biais cognitifs nous montre que la communication interpersonnelle ne peut pas être envisagées comme une interaction purement rationnelle. La qualité intrinsèque d’une information n’a pas valeur d’autorité en soi. Dès lors, comment le communicant doit-il se positionner pour déconstruire certaines croyances face à la science ?

L’élaboration de nos systèmes de croyances ne peut être réduite à des processus cognitifs, mais cette approche par les neurosciences peut contribuer à mieux appréhender les mécanismes qui forgent nos croyances, et nous amener à prendre du recul sur nos propres affirmations. C’est peut être aussi le rapport que nous entretenons à la science, comme activité purement rationnelle, que nous devons repenser. S’il apparaît nécessaire de distinguer science et croyance dans les espaces de débats publics, l’affirmation de la supériorité de la science sur la croyance, que l’on peut retrouver dans certains discours, ne s’avérerait-elle pas contre-productive ?