APHID : 20 ans de belles histoires autour du patrimoine de l‘industrie

Publié par Association Aphid, le 24 septembre 2012   3.6k

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Depuis 20 ans, l’Association pour le Patrimoine et l'Histoire de l'Industrie en Dauphiné contribue à enrichir et faire connaître la culture industrielle.

Dans un contexte de désindustrialisation généralisée, l’Isère conserve un secteur de production actif. Le dynamisme d’entreprises qui s’adaptent en continu aux changements économiques et sociaux maintient un tissu industriel dense mais en permanente évolution. Au fil du temps, le paysage de ce territoire de tradition industrielle ancestrale se transforme. Depuis 20 ans, à l’APHID, un groupe d’amateurs et de professionnels d’horizons variés tente de capturer ces changements et de les faire connaitre à un large public. Panorama.

Visite du site de la mine de Brandes à Huez

Au gré des publications ou des conférences de l’association (1), on découvre ainsi les virages que la Plate-forme chimique du Pont-de-Claix, née des besoins de la guerre de 1914-18, a fait prendre à ses fabrications, pour traverser près d’un siècle d’activité en restant basées sur le chlore. On est impressionné par la série de produits électro-métallurgiques que le site centenaire des Clavaux, inséré entre Taillefer et Belledonne, a fabriqué avant de s’affirmer, depuis les années 1980, comme un spécialiste du silicium qui tente de s’introduire actuellement dans le photovoltaïque.

On apprend comment l’usine métallurgique des Eaux-Claires, à Grenoble est devenue la florissante PME Eurotungstène d’aujourd’hui ; un rétablissement de justesse après la chute spectaculaire des années 1970. Et bien des entreprises actuelles sont bâties sur un socle qui mérite qu’on ne l’oublie pas : Alstom hydro Grenoble sur Neyrpic, Schneider electric sur Merlin-Gerin, Ahlström Brignoud sur Papeterie de Brignoud ….

Couverture du n°2 de la revue Industries en Dauphiné, d’hier à aujourd’hui

Un patrimoine technique, économique et social se révèle

En allant sur le terrain, on prend conscience de la variété d’entreprises qui toutes mènent le même combat : mettre en place la stratégie qui leur permet de rester vivante. Ce sont des univers différents dans lesquels on pénètre quand on grimpe sur les plates-formes monumentales de traitement de la chaux extraite à Poliénas par Balthazard et Cotte ou quand on suit les tapis roulants qui véhiculent délicatement les chocolats De Marlieu, à Chimilin. On plonge encore dans un autre monde à l’usine Sandvik d’Epinouze où les pistons de presses tonitruantes puis les 1500° des fours transforment de petits tas de poudre de carbure de tungstène en couteaux acérés. Des univers qui tous, ont une longue histoire ! Pour la carrière de chaux de Poliénas, elle commence au début du XXe, comme pour la chocolaterie née en 1906 au hameau de Marlieu, près de la Tour du Pin ; quant à l’usine d’Epinouze, construite en 1934 pour faire de la céramique, son propriétaire et ses fabrications ont changé en 1940, pour les besoins de la 2ème guerre mondiale.

Finition des chocolats à l’usine de Marlieu, à Chimilin

Si la région est riche d’entreprises actives, elle l’est aussi de sites d’anciennes exploitations. Un peu d’imagination et les commentaires des spécialistes nous plongent dans le quotidien des mineurs ou des ouvriers qui les ont fait vivre. Ainsi, sur le site de Brandes, on se représente comment la communauté installée à Huez, extrayait l’argent de la mine au moyen-âge, mais aussi comment elle partageait sa vie entre labeur et loisir dans le rude climat de ce village d’altitude.

Musées et produits high-tech

Ce patrimoine édifié par l’industrie, une vingtaine de musées régionaux mettent en valeur ses aspects techniques, sociaux et aussi artistiques. Ainsi, à Saint Michel de Maurienne, EspaceAlu nous rappelle que les premières applications de l’aluminium, métal alors rare et fort cher, furent des pièces de monnaies et des objets décoratifs dont certains sont d’une grande beauté.

Une des œuvres d’art en aluminium des premières décennies du XXème siècle, exposées à Espace Alu, Saint Michel de Maurienne

Bien des produits high-tech d’aujourd’hui sont le résultat de mutations successives. Les jeunes grenoblois savent-ils que la ganterie a engendré la construction mécanique qui a évolué vers des systèmes plus complexes ? Le passage du célèbre bouton-pression, que Raymond Boutons a inventé pour fermer les gants, au raccord rapide, dont le groupe international ARaymond équipe l’automobile, est emblématique de telle mutation.

>> Notes :

  1. Les exemples présentés dans ce texte sont issus des articles que des historiens, le plus souvent amateurs, publient dans le périodique Lettre de l’Aphid, devenu récemment Industries en Dauphiné, d’hier à aujourd’hui, ou des conférences que ces historiens ou des dirigeants d’entreprises viennent présenter.

>> Pour aller plus loin :

>> Illustrations : N. Valignat, R. Alleyrac, M. Allibert (APHID)