Atelier MPLS / Le super pouvoir du langage !
Publié par Maison pour la science en Alpes-Dauphiné, le 19 mars 2026
mercredi 18 mars après-midi, une trentaine d’enseignants se sont réunis autour d’un sujet encore trop peu connu et pourtant très présent dans les classes : les troubles développementaux du langage (TDL). L’intervention était animée par Estelle Gillet-Perret, orthophoniste, illustratrice et chercheuse, qui a su rendre concrets des enjeux souvent difficiles à percevoir.
Les TDL concernent environ 7 à 8 % des enfants, soit en moyenne un élève par classe. Ils se traduisent par des difficultés durables à comprendre ce qui est dit, à s’exprimer ou à organiser sa pensée à l’oral. Contrairement à certaines idées reçues, ces troubles ne sont ni liés à un manque d’intelligence ni à un manque de volonté. Ils relèvent du neurodéveloppement et ont un impact réel sur les apprentissages comme sur les relations aux autres.
Ce qui marque d’abord, c’est le décalage entre ce que l’on voit et ce que vit réellement l’enfant. Derrière une lenteur à répondre, un silence ou une agitation, il peut y avoir une difficulté à traiter le langage. Comprendre une consigne, trouver ses mots, construire une phrase demande un effort constant.
Ce manque de compréhension peut entraîner des erreurs d’interprétation. Un élève discret peut être vu comme timide, alors qu’il évite simplement une situation difficile. Un autre, plus agité, peut être perçu comme perturbateur alors qu’il n’a pas compris ce qui était attendu. Changer de regard est donc une première étape essentielle.
L’atelier a également rappelé le rôle central de l’environnement. Les enseignants sont souvent les premiers à repérer ces difficultés, les parents apportent un cadre sécurisant, et les professionnels de santé accompagnent après un bilan. Cette coopération est déterminante. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé insistent d’ailleurs sur l’importance d’un repérage précoce et d’un travail coordonné.
Concrètement, des adaptations simples peuvent déjà faire une différence en classe. Utiliser des supports visuels, reformuler les consignes, laisser plus de temps pour répondre ou proposer d’autres façons de s’exprimer permet de réduire la charge liée au langage. Ce ne sont pas des « facilités », mais des moyens de rendre les apprentissages accessibles.
Autre point important : le multilinguisme. Contrairement à une idée encore répandue, parler plusieurs langues ne provoque pas de trouble du langage. Les institutions comme UNESCO rappellent qu’il est même préférable de parler à l’enfant dans sa langue maternelle. Un enfant avec TDL aura des difficultés dans toutes ses langues, mais le bilinguisme n’en est pas la cause.
Les TDL font partie des troubles du neurodéveloppement, au même titre que le TDAH ou les troubles du spectre de l’autisme. Ce qui les caractérise, c’est que le langage est au cœur des difficultés. Cela n’empêche pas qu’ils puissent coexister avec d’autres troubles, ce que l’on appelle la comorbidité. D’où l’importance de bilans complets et d’un accompagnement adapté.
Au-delà des aspects scolaires, un message ressort particulièrement : l’importance de l’estime de soi. Les enfants concernés sont souvent confrontés à l’échec ou à l’incompréhension. Les aider à identifier leurs forces, valoriser leurs réussites et adapter les situations d’apprentissage est essentiel pour qu’ils puissent continuer à s’engager. Les travaux de Albert Bandura montrent combien le sentiment de compétence influence la réussite, on peut également citer l’effet Pygmalion, qui nous rappelle l’importance de croire aux capacités des enfants en tant qu’enseignant, parent et proche.
Enfin, cet atelier rappelle un enjeu majeur : malgré leur fréquence, les TDL restent encore peu connus. Des structures comme RADLD contribuent à faire évoluer les connaissances et à proposer des ressources accessibles aux enseignants comme aux familles.
Pour aller plus loin :
Un temps d’échange a permis d’aborder des questions très concrètes : comment en parler aux parents, comment mieux repérer, quelles adaptations mettre en place. Une vidéo de l’intervention sera prochainement disponible sur la chaine Youtube du Laboratoire de Psychologie et de NeuroCognition (LPNC) > https://www.youtube.com/@LPNC....
