Biologie de synthèse : entre promesses et inquiétudes

Publié par Marion Sabourdy, le 9 avril 2012   2.4k

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Fabrication de biocarburants, réparation de l’ADN, création de cellules… La biologie synthétique peut faire rêver, ou faire peur, c’est selon. Mais il s’agit surtout d’un domaine encore peu exploré en France.

La biologie synthétique combine la biologie et des principes d'ingénierie (séquençage de l’ADN, synthèse de gènes, modélisations mathématiques…) dans le but de concevoir et construire de nouveaux systèmes biologiques aux fonctions contrôlées (1). L’émergence de ce nouveau domaine entraîne de nombreuses questions scientifiques, économiques, sociales, éthiques et politiques. Pour y réfléchir, l’Office parlementaire des choix scientifiques et techniques (OPECST) a adopté le 8 février dernier le rapport sur « Les enjeux de la biologie de synthèse » rédigé par Geneviève Fioraso, députée de l’Isère. Le neurologue et neurobiologiste Hervé Chneiweiss, directeur de recherches au CNRS, membre du conseil scientifique de l’OPECST et du CCSTI La Casemate répond à nos questions.

Hervé Chneiweiss et Geneviève Fioraso

Pouvez-vous nous faire un état des lieux de la discipline ?

Connaître et comprendre les constituants élémentaires du vivant pour les réorganiser par l’ingénierie moléculaire : le programme est vaste ! Si on prend uniquement un angle historique, on peut remonter au tournant des années 1980. A cette époque, la biologie a connu une révolution majeure avec l’apparition des techniques à haut débit, liée aux méthodes issues de la biologie moléculaire. Après la conquête de la Lune, la « frontière » suivante à l’époque était le génome humain. Les chercheurs pensaient qu’en le décryptant, ils arriveraient à vaincre des maladies comme le cancer. Le séquençage complet s’est achevé au début des années 2000. Aujourd’hui, de part la proximité des outils, on retrouve dans la biologie de synthèse les mêmes personnes qui avaient participé à cette « course au génome », comme l’américain Craig Venter.

Quelles sont les applications de la biologie de synthèse ?

Il en existe deux principales. Tout d’abord, la fabrication de protéines en utilisant des mécanismes qui interfèrent avec l’ADN afin de corriger certaines maladies liées aux mutations de l’ADN. La seconde application consiste à dévier les voies métaboliques d’une cellule de plante ou d’une levure à d’autres fins que ses fonctions premières, pour produire des biocarburants ou des molécules d’intérêt thérapeutique par exemple.

Qui travaille dans ce domaine en France ?

Environ une centaine de personnes. A Necker, les recherches de Miroslav Radman s’orientent vers l’étude des mécanismes de réparation de l’ADN. Il utilise une bactérie ultra-résistante aux radiations, Deinococcus radiodurans, et a co-fondé la société Deinove. Le Génopole à Evry, tout comme la société Cellectis, travaillent également sur des thèmes liés à la biologie de synthèse. Mais mis à part quelques laboratoires et start-up, il s’agit d’un domaine encore peu développé en France, comme l’ensemble des biotechnologies. Aux Etats-Unis, certaines sociétés ont déjà investi dans ce domaine plusieurs centaines de millions de dollars et les compagnies de biotechnologie font jeu égal avec les grands de la pharmacie, quand ce ne sont pas une seule et même société comme Roche/Genentech.

Comment ce nouveau domaine est-il reçu par la société ?

Quand il touche à la santé, cette stratégie d’innovation est relativement bien acceptée. Pour le reste, à l’image du débat sur les OGM, il faut que le ratio bénéfices / risques soit bien étudié. Par exemple, concernant les biocarburants : est-ce qu’ils contribueront à l’effet de serre, quel est le risque pour l’économie ? A ce titre, le rapport de Geneviève Fioraso, basé sur un travail d’auditions poussé est remarquablement bien réalisé. C’est un premier pas.

>> Note

  1. D’après Wikipédia (article Biologie synthétique)

>> Pour aller plus loin

>> Illustrations : Z33 art centre, Hasselt, Ilan GinzburgBenoît Crouzet pour Knowtex (licence CC)