Cooking Vitruve - La recette des mortiers romains
Publié par Laura Calzolari, le 21 octobre 2026
Visuel principal par ©Baptiste Thirion
Vous êtes-vous déjà demandé comment les Romains de l’Antiquité ont réussi à construire des monuments imposants qui résistent encore aujourd’hui à l’épreuve du temps ?
Désormais, un jeu vous permet de découvrir comment étaient fabriqués les mortiers dans la Rome antique, les ancêtres du ciment moderne !
Tout est parti de l’appel à candidatures lancé par La Casemate de Grenoble pour réaliser « Ma maquette de médiation scientifique » dans le cadre de la Fête de la science 2026. Grâce à cette opportunité, j’ai trouvé une manière ludique d’expliquer mon domaine de recherche en tant que chercheuse postdoctorante à l’ISTerre, à Grenoble.
Comment tout a commencé
Dans le cadre de mon travail, j’étudie les matériaux utilisés par les Romains de l’Antiquité pour fabriquer des mortiers. Je suis chercheuse postdoctorante à l’Université Grenoble Alpes, au sein de l’ISTerre, où je travaille plus particulièrement sur un projet intitulé DAPHNE — Deciphering the Formation of Amorphous Binders in Ancient Roman Mortars for Modern Applications. Il s’agit d’une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie (MSCA), financée par l’Union européenne (Grant Agreement : 101209231).
Mes recherches visent non seulement à comprendre le niveau de maîtrise technologique atteint par les Romains dans la fabrication des mortiers, mais aussi à identifier les processus physico-chimiques qui se sont produits lors de l’interaction entre les matières premières. Mélangées entre elles, celles-ci ont donné naissance à des matériaux de construction qui témoignent encore aujourd’hui de leur durabilité.
Je pense qu’il est très important d’expliquer au grand public en quoi consiste la recherche académique. C’est pourquoi, lorsque mon superviseur, Alejandro Fernández-Martínez, chercheur au CNRS, m’a parlé de l’appel à projets de La Casemate, j’ai décidé de tenter ma chance.
Cette année, le thème de la Fête de la science était « Saveurs savantes ». Après tout, préparer un mortier, c’est un peu comme suivre une recette de cuisine : il faut les bons ingrédients, dans les bonnes proportions !
L’idée
« Cooking Vitruve » s’inspire du nom d’un jeu vidéo qui a connu un grand succès il y a une dizaine d’années : Cooking Mama. Cette référence vise à rendre évident le parallèle entre la préparation d’un mortier et la cuisine.
Le choix de faire référence à Vitruve dans le titre n’est pas anodin : Marcus Vitruvius Pollio, qui a vécu au Ier siècle av. J.-C., fournit dans son traité De Architectura de nombreuses informations sur la manière de fabriquer un bon mortier. Aujourd’hui encore, cet ouvrage constitue une source précieuse pour comprendre comment les Romains de l’Antiquité construisaient leurs bâtiments.
Le jeu poursuit deux objectifs, l’un ludique et l’autre de médiation scientifique, et a été conçu pour les jeunes à partir de 10 ans.
L’objectif ludique est d’aider deux architectes de la Rome antique, Lucretia et Marcus, à retrouver la recette des mortiers romains. Il faut d’abord sélectionner les cartes représentant les ingrédients et vérifier leur compatibilité. Ensuite, il faut déchiffrer où placer correctement les ingrédients dans la liste des quantités. Une fois le tout mélangé, quel type de mortier avons-nous fabriqué ? Et que pouvons-nous construire avec ?
En ce qui concerne la médiation scientifique, « Cooking Vitruve » vise à expliquer au grand public ce qu’est un mortier, quels matériaux les Romains de l’Antiquité utilisaient pour les fabriquer, pourquoi les proportions entre les ingrédients confèrent au mortier différentes propriétés mécaniques et, enfin, quelle est la différence entre les mortiers aériens et les mortiers hydrauliques.
La réalisation du jeu « Cooking Vitruve » avec le Fab Lab de La Casemate
La conception et la réalisation du jeu ont été possibles grâce à l’aide précieuse de Gaétan Bobichon, facilitateur au Fab Lab de La Casemate, à Grenoble. Les idées, à elles seules, ne vont pas très loin : il faut les bonnes compétences et les bons outils pour les transformer en objets concrets. À cet égard, Gaétan a joué un rôle essentiel : il m’a permis de transformer mon idée en un objet réel et fonctionnel, capable de répondre à mes objectifs de médiation scientifique.

Laura Calzolari et Gaétan Bobichon avec le plateau de jeu.
Nous avons commencé par concevoir le plateau de jeu. Le projet a été réalisé avec Illustrator. Pour les textes et les éléments graphiques, nous avons recherché des éléments évoquant la Rome antique. Pour le support, nous avons choisi le bois : un matériau naturel et résistant, qui confère au plateau de jeu une base solide et une texture agréable.
Le plateau a été gravé et découpé dans le bois à l’aide d’une découpeuse laser Trotec SP 500. Dans un premier temps, nous avons réalisé un prototype du plateau à l’échelle afin de vérifier si la disposition des différentes zones de jeu était satisfaisante.


La découpeuse laser Trotec SP 500 et la découpe du plateau de jeu.
Le choix des couleurs a lui aussi été réfléchi. Nous voulions utiliser des couleurs évoquant les différents constituants des mortiers romains, tout en veillant à ce que chaque élément soit facilement identifiable. Nous souhaitions également des couleurs vives, afin de rendre le jeu visuellement attrayant pour les jeunes. Des baguettes de bois ont ainsi été peintes à l’aide de peintures acryliques en aérosol, découpées avec la découpeuse -graveuse laser Trotec Speedy 100, puis placées sur les éléments correspondants du jeu.


Laura Calzolari lors de la réalisation du jeu.
Toutes les cartes de jeu comportent une illustration et un court texte explicatif. Elles sont de couleurs différentes selon leur catégorie : par exemple, les cartes représentant les différents types de granulats sont rouges, celles représentant les types de liants sont orange, tandis que les cartes indiquant les types de constructions réalisables sont vertes.
Le jeu est accompagné d’un livret d’instructions, qui guide les joueurs pas à pas et apporte des explications supplémentaires à celles figurant sur les cartes. Enfin, nous avons également réalisé une boîte pour ranger les cartes à l’aide de la découpeuse laser. Son couvercle comporte toutes les références utiles, notamment les noms des institutions impliquées et celui du projet à l’origine du jeu : DAPHNE.
C’est l’heure de jouer !
Le jeu « Cooking Vitruve » a fait ses débuts à la Fête de la Science, à Valence, le 3 octobre. L’événement était ouvert au grand public, et des personnes de tous âges se sont arrêtées pour jouer et découvrir la recette des mortiers romains.

Un moment de jeu à Valence. ©Baptiste Thirion
Le lundi 5 octobre, le public était différent : il s’agissait d’étudiants universitaires, venus découvrir le jeu à l’occasion de l’événement Éclats de Sciences de l’UGA, à la BU Joseph-Fourier.
Cooking Vitruve à la BU Joseph-Fourier.
Quel que soit leur âge, les participants ont réagi avec curiosité et enthousiasme. Pour moi, c’était très émouvant de voir les gens jouer et apprendre grâce à ce jeu de société. Cette expérience m’a également permis de comprendre quels aspects pourraient être améliorés.
Pour conclure…
La création de ce jeu de société a été une occasion particulière d’apprendre à faire de la médiation scientifique… de manière ludique ! Je tiens à remercier La Casemate de Grenoble pour cette opportunité, ainsi que Gaétan Bobichon pour sa contribution essentielle à la réalisation du projet.
J’ai hâte de pouvoir utiliser à nouveau « Cooking Vitruve » pour expliquer, tout en jouant, comment les Romains de l’Antiquité fabriquaient les mortiers qui ont contribué à préserver les monuments grandioses que nous pouvons encore admirer aujourd’hui.
