Le rôle du communicant scientifique dans les controverses

Publié par Camille Sicot, le 5 janvier 2019   440

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Si pendant longtemps, la communication scientifique a été pensée pour “éduquer” les non-savants et “réduire l’écart” de connaissances entre le monde de la recherche et la société, nous nous en éloignons de plus en plus aujourd’hui.

En effet, c’est la société qui cherche avant tout à ouvrir la “boîte noire” que représente la recherche, dont les enjeux concernent voire impactent directement les citoyens. Cet intérêt relance beaucoup de débats entre sciences et société, et nourrit les controverses. Le citoyen devient dans certains cas un amateur, spécialisé dans un domaine dans lequel il s’est renseigné, documenté et pour lequel il émet un avis. Cet avis pourra prendre une place dans un débat sur des sujets de sciences et société, ou de controverse, comme par exemple la vaccination. La science est désormais pensée comme partie intégrante de la société. Les différentes controverses scientifiques des dernières décennies (nucléaire, vache folle, sang contaminé), ont dépassé le cadre scientifique en raison de leur multiples enjeux  qui sont technologiques, éthiques, économiques, sociétaux et politiques. Il faut également constater que le champ politique essaie de prendre en compte l’avis sociétal en plus de celui d’experts dans ces controverses. Ainsi, le communicant scientifique peut avoir un rôle important à jouer dans la construction d’une opinion, sur un sujet donné.

Ce rôle s'apparente à celui de médiateur, pour faire le lien entre la recherche et la société, non plus dans une volonté descendante mais horizontale. De part sa formation pluridisciplinaire, il est capable de comprendre la démarche scientifique, de connaître les aspects positifs et/ou négatifs d’une découverte, innovation scientifique. Ainsi, dans le cadre d’un échange, il peut remettre les choses dans leur contexte, entendre et comprendre les interrogations et les inquiétudes de chacun, tout en essayant d’apporter un chemin de réflexion aux citoyens. Il ne se positionne pas comme une personne détenant la solution mais bien comme celui qui va informer, dans un objectif de tempérer les débats.

Le véritable enjeu est qu’une controverse scientifique ne se transforme pas en polémique. Pendant très longtemps le manque de connaissances scientifiques a été associé au rejet à la peurs des citoyens à propos d’innovations technoscientifiques. Autrement dit, une vision science-société qui se rattache au fait qu’un citoyen “qui sait” est un citoyen qui sera en accord avec ces innovations. Cette vision est désormais désuète et les politiques publiques, y compris les communicants,  ne s’orientent plus vers un modèle de compréhension mais bien vers un modèle de sensibilisation et d’engagement de la population.

C’est pourquoi il est important de centrer la communication autour de la démarche scientifique et non pas vulgariser à l’extrême, qui reviendrait à simplifier des problèmes qui au contraire sont complexes. Dans le cas d’une controverse, trop simplifier certains faits, notamment ayant attrait à la science, ne fait qu’aggraver les conflits socio-scientifiques. L’essentiel est avant tout de développer l’esprit critique des gens, ce qui leur permettra de faire le tri parmi les informations qu’ils reçoivent aussi bien du monde scientifique, que des politiques ou lobbies. Il faut avoir en tête que la recherche scientifique prend du temps. Ainsi, le communicant doit souvent rapporter des résultats intermédiaires issus de ces recherches. C’est pourquoi, il doit souvent nuancer certains propos dans des controverses qui n’ont pas encore de solution.