Les jeunes & les écrans : retour sur les premiers RDV de l’image

Publié par Marion Sabourdy, le 17 juin 2013   1.4k

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Le 29 mai dernier, la Maison de l’Image organisait ses premiers Rendez-vous de l’image. Le thème : Les jeunes et les écrans : comment éduquer à l’image aujourd’hui.

Depuis 1972, le Centre AudioVisuel Grenoble œuvre pour la diffusion artistique, l’éducation, la formation et la réalisation autour de la photographie, de la vidéo et du multimédia. En 2013, le centre devient La Maison de l’Image et lance un événement annuel afin de réfléchir à ce que doit être l’éducation à l’image et aux médias aujourd’hui, d’informer les enseignants, animateurs, éducateurs, médiateurs, parents et enfin d’inventer des actions adaptées à l’évolution de la technologie et des usages. Le 29 mai dernier, les premiers Rendez-vous de l’image se tenaient au CRDP de Grenoble sur le thème : « Les jeunes et les écrans : créateurs, spectateurs… Comment éduquer à l’image aujourd’hui ? ». Au programme : des conférences, une table-ronde et des ateliers, dont un sur la prise en main de notre cartographie et de ses futures fonctionnalités animé en avant-première par Lise Marcel. Retour sur les interventions de la matinée.

Culture numérique et école en tension ?

Françoise Poyet et Isabelle Tourron-Bertrand, de l’IUFM de l’Académie de Lyon ont mené un travail autour de la question de l’intégration des technologies numériques dans les pratiques enseignantes. Selon Françoise, « l’objectif est de mieux cerner la culture numérique des futurs professeurs pour mettre en relief les articulations à mettre en place avec leurs élèves ». Sans entrer dans les détails de leur enquête, menée sur 64 étudiants de l’IUFM (notamment sur leur utilisation d’outils basiques et leur veille), notons le décalage entre le milieu éducatif (cours magistraux, tableau, papier, etc.) et le milieu dans lequel les jeunes évoluent (informatique, internet, films, etc.), source d’incompréhensions et de tensions entre les professeurs et les élèves. « Les rapports de force évoluent, les enseignants sont d’avantage questionnés ». Selon les deux femmes, l’arrivée de jeunes professeurs, plus aguerris aux outils de l’informatique et du web, pourrait contribuer à articuler ces deux mondes, pour peu qu’ils mettent les élèves en situation de production de contenus.

Eduquer aux médias : pourquoi, comment ?

Divina Frau-Meigs, sociologue des médias spécialiste des contenus et comportements à risque arrive à la même conclusion. Elle souligne d’abord cette tension entre les jeunes, qui tissent leurs connaissances numériques à l’extérieur de l’école, sans références ni éducation aux médias et les enseignants qui se sentent menacés par la création d’un « marché de la connaissance et de l’enseignement numérique » (portails comme iTunes, MOOCS, communautés de pratiques, etc.). Elle prône ensuite une pédagogie « axée sur le savoir-devenir et un développement numérique durable : accès, appropriation, création ». Elle introduit également le terme « d’affordance » comme la mise à jour de soi, la capacité à se projeter ou encore l’engagement civique. Et propose de créer des cadres conceptuels autour de ce savoir-devenir, avec le développement de compétences opérationnelles, éditoriales et stratégiques (pédagogie de projet). Selon elle, une équipe pédagogique de base devrait comprendre un info-documentaliste, le professeur d’une discipline (français, mathématiques, histoire, etc.) et un designer des usages.

La médiation en question

En fin de matinée, Marine Elek est revenue sur l’histoire et les objectifs de Cap Canal, chaîne de télévision éducative, dont elle est la directrice. Créée dans les années 1990 à Lyon, la chaîne est au départ accessible seulement par les écoles câblées ; l’arrivée de Philippe Meirieu a permis son développement en média dont le but est d’éduquer le regard du téléspectateur, sans violence et sans pub. La chaîne diffuse des films d’art et d’essai, des documentaires sur les métiers du cinéma, l’utilisation d’internet au secondaire, la musique numérique, etc. Selon Marine, les parents doivent être des acteurs vigilants de la protection de leurs enfants, en lien avec les préconisations du CSA et grâce à des guides comme celui-ci. Elle n’oublie pas non plus l’auto-critique : « une étude menée sur des enfants montrait que ceux qui passaient 4 à 5 heures devant la télévision produisaient des dessins moins détaillés que leurs camarades. Un enfant qui ne regarde pas la télévision avant d’aller à l’école est en bonnes conditions d’apprentissage ».

Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI Grenoble, a ensuite présenté les résultats d’une enquête menée sur 4 groupes de 10 jeunes grenoblois, parisiens et bordelais de toutes provenances, dans le cadre du programme Inmédiats. « L’objectif était d’explorer leurs pratiques et leur maîtrise du numérique, ainsi que leur rapport à la culture scientifique. Pour eux, le téléphone portable est l’outil emblématique du numérique ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les jeunes créent très peu de contenus, ce qui ne les empêche pas d’avoir une large culture visuelle. Pour eux, « la communauté est vue comme quelque chose de positif et ils ont peu de recul sur les notions de vie privée ». Autant d’éléments qui permettront aux centres de sciences d’Inmédiats de proposer des nouvelles approches des médiations culturelles et scientifiques comme fabriquer des images à partir de controverses ou de sujets sensibles (ex : Pocket films sur les nanotechnologies), raconter avec des images numériques (ex : Alpha ne répond plus), expérimenter l’image numérique (ex : expositions Tous connectés, XYZT), relier le numérique et le tangible (ex : FabLab)…

Exposition XYZT au CCSTI Grenoble

Mehdi Derfoufi, ATER Genre et Médias à l’IUFM de l’Académie de Lyon est revenu sur la notion, injustifiée selon lui, de méfiance envers les images (romans feuilletons, cinéma, bande dessinée, jeux de rôle, télévision, etc.). La jeunesse (tout comme les femmes ou les classes populaires à certaines époques), serait un sanctuaire à protéger des images dont seuls quelques privilégiés seraient les juges. Allant à contre-courant d’une partie des intervenants précédents, Mehdi affirme qu’un trop grand contrôle des images à montrer aux jeunes leur enlèverait leur capacité critique. Il plaide pour « prendre en compte les valeurs positives et encapacitantes des médiacultures comme ses dimensions transgressive, cathartique et socialisatrice ».

Enfin, Fanny Lignon, spécialiste des jeux vidéo et maître de conférence en études cinématographiques et audiovisuelles à l’IUFM de Lyon propose une manière originale d’aborder le respect des autres et de l’autre sexe en classe : en utilisant les jeux vidéo. Elle a notamment travaillé sur les jeux de combat, pourtant connus pour leurs stéréotypes sur les genres. « Le jeu vidéo permet d’essayer des choses, comme faire rentrer un garçon dans un stéréotype de fille et inversement. Pour gagner, il ou elle doit apprendre à connaître son personnage, savoir exploiter ses ressources et sortir du stéréotype ».

>> Illustrations : Andréa Portilla, Jean-Pierre Dalbéra, CCSTI Grenoble (Flickr, licence cc)