Vivre dans une grande ville peut-il déclencher l’asthme ? Une étude européenne révèle les dangers

Publié par Varenza Ghaisandra, le 24 février 2026

L'asthme n'est pas une maladie nouvelle. Cependant, à mesure que les grandes villes se développent et que les environnements urbains deviennent de plus en plus denses, le nombre de personnes asthmatiques ne cesse d'augmenter. Pourquoi ? Une vaste étude menée dans 14 pays européens répond scientifiquement à cette question.

Dans le cadre d'un projet de grande envergure nommé EXPANSE (Ecosystem for Sharing and EXchange of Advanced Networked Services and Solutions), des chercheurs de diverses institutions européennes ont exploré le lien entre l'environnement résidentiel et l'incidence de l'asthme tout au long de la vie. Les résultats montrent que vivre dans une ville polluée, manquant d'espaces verts et soumise à des températures extrêmes peut augmenter le risque de développer de l'asthme, tant chez les enfants que chez les adultes.


Qu'est-ce que le projet EXPANSE ?

EXPANSE est un projet de recherche financé par l'Union européenne pour étudier comment l'« exposome »  le total de toutes les expositions environnementales que nous subissons au cours de notre vie  affecte la santé humaine. Dans cette étude, les scientifiques ont analysé les données de 349 037 participants issus de 14 cohortes (groupes d'étude) différentes réparties dans plusieurs pays, dont la Suède, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Espagne et la Pologne.

L'équipe de recherche a utilisé une approche sophistiquée : elle n'a pas analysé un seul type d'exposition (comme la pollution de l'air), mais a combiné l'ensemble des expositions de l'environnement urbain simultanément, telles que la température, la pollution, la lumière artificielle et la disponibilité d'espaces verts. Cette approche est appelée analyse exposomique multi-exposition.

Principales conclusions : l'environnement urbain peut causer l'asthme

L'équipe de recherche a identifié 7 428 nouveaux cas d'asthme parmi les participants. Ces cas sont apparus non seulement chez les enfants, mais aussi chez les adultes et les personnes âgées.

Distribution initiale des expositions environnementales dans toutes les cohortes. (A) Pollution de l’air ; (B) Environnement bâti ; (C) Température ambiante.

Les cohortes sont classées du nord au sud ; les points rouges correspondent aux cohortes de naissance et les carrés bleus aux cohortes d’adultes. Les boîtes indiquent Q1–Q3 et les moustaches représentent les valeurs comprises dans 1,5 × l’écart interquartile (IQR).

Les facteurs environnementaux ayant contribué de manière significative au risque d'asthme sont :

  1. Une forte pollution de l'air : Les particules fines (PM2.5 et PM10) ainsi que le dioxyde d'azote (NO₂). Ces substances sont omniprésentes en ville à cause des véhicules, de l'industrie et du chauffage. Les adultes vivant dans des zones très polluées présentent un risque d'asthme 13 % plus élevé.
  2. Le manque d'espaces verts : Les zones avec peu d'arbres ou de parcs sont associées à un risque accru. À l'inverse, une végétation dense (mesurée par l'indice NDVI) protège les poumons. Les enfants vivant dans des zones bétonnées et sans verdure ont un risque 36 % plus élevé de souffrir d'asthme.
  3. La lumière artificielle nocturne : Les zones très éclairées la nuit, comme les centres-villes, augmentent le risque. Cette lumière perturbe le rythme circadien (horloge biologique) et réduit la qualité du sommeil, affectant ainsi le système immunitaire.
  4. La densité et les surfaces imperméables : Les zones dominées par le béton et l'asphalte sont moins idéales pour la respiration, car il y a moins de végétation pour filtrer la pollution ou rafraîchir l'air.

Le score de risque environnemental (ERS)

Les chercheurs ont développé un Score de Risque Environnemental (ERS) représentant le niveau total d'exposition à un environnement dégradé. Chaque augmentation de 20 % de ce score est associée à :

  • Une augmentation de 13 % du risque d'asthme chez les enfants.
  • Une augmentation de 15 % du risque chez les adultes.

Les scientifiques estiment qu'environ 11,6 % des nouveaux cas d'asthme pourraient être évités si les gens vivaient dans un environnement avec un score ERS inférieur à la moyenne.

Qui est le plus vulnérable ?

  • Les femmes sont plus sensibles aux impacts environnementaux sur l'asthme que les hommes (possiblement pour des raisons hormonales ou physiologiques).
  • Tous les groupes d'âge sont à risque.
  • Les personnes qui ne déménagent pas ont un risque plus élevé car leur exposition est constante sur le long terme.

Pourquoi les espaces verts sont-ils essentiels ?

Les espaces verts ne servent pas qu'à l'esthétique urbaine. Leurs bienfaits sont multiples :

  • Filtration des polluants (ozone, NO₂, particules fines).
  • Baisse de la température urbaine (lutte contre les îlots de chaleur).
  • Amélioration de la santé mentale et du sommeil.
  • Promotion de l'activité physique et de l'interaction sociale.

Implications politiques : la ville saine doit être une priorité

La santé publique ne peut pas dépendre uniquement des médicaments. L'environnement est un "médicament" en soi. L'étude recommande aux décideurs et urbanistes de :

  • Augmenter les espaces verts en centre-ville.
  • Réduire la pollution automobile (transports en commun, vélos).
  • Gérer l'éclairage nocturne pour respecter le sommeil des citadins.

Conclusion : Ville saine, poumons sains

Alors que plus de 50 % de la population mondiale vit en ville (70 % d'ici 2050), il est crucial de s'assurer que nos cités ne soient pas seulement des centres économiques, mais des lieux de vie sûrs pour nos poumons.

Si vous avez de jeunes enfants ou des proches souffrant d'asthme, soyez attentifs à votre environnement. Et si vous travaillez dans l'urbanisme ou la politique, rappelez-vous que vos décisions façonnent l'avenir respiratoire de milliers de personnes.

Article rédigé par Varenza Ghaisandra


Référence : Zhebin Yu et al. External exposome and incident asthma across the life course in 14 European cohorts: a prospective analysis within the EXPANSE project. The Lancet Regional Health – Europe, 2025.