Retour sur le café sur les perturbateurs endocriniens

Publié par Oriane Bo, le 9 mars 2014   2.4k

Xl bebe biberon

Une étudiante en master de communication scientifique, reporter d’un soir, nous raconte ce qu’elle a retenu du café consacré aux perturbateurs endocriniens.

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans notre vie quotidienne : depuis le bisphénol-A dans les conserves et les biberons, jusqu’aux dioxines présentes dans l’atmosphère, en passant par les produits organochlorés tels que le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane), un insecticide cancérigène affectant la fertilité, présent dans l’eau et les sols. Nous sommes tous exposés à des niveaux variables, donc tous concernés.

Que sont les perturbateurs endocriniens ? Comment agissent-ils et quels sont leurs effets ? Peut-on les remplacer ? Ce sont les questions auxquels le Docteur Muller, endocrinologue, et Remy Slama, Epidémiologiste spécialiste des perturbateurs endocriniens, ont tenté de répondre dans ce café sciences et citoyens. Voici donc un résumé de cette soirée dont vous pouvez retrouver l’enregistrement et les présentations des intervenants ici .

Pour bien comprendre le débat, rappelons que les hormones sont des messagers chimiques fabriquées par les glandes endocrines (pancréas, thyroïde, ovaires, testicules…) qui agissent sur le fonctionnement du corps en se fixant à des récepteurs spécifiques situés sur des cellules cibles. Les hormones régulent de nombreux processus biologiques tels que la reproduction ou la croissance.

On appelle perturbateurs endocriniens (PE) des substances chimiques qui peuvent interférer avec le système hormonal et induire des effets délétères sur notre organisme voire celui de nos descendants. Il peut s’agir de produits pharmaceutiques, de produits à usage industriel ou domestiques (exemple produits d’entretien, cosmétiques…). Il peut s’agir de produits phytosanitaires tel le pesticide DDT, ou encore de produits de combustion tels que les dioxines ou la fumée de tabac…

Ces perturbateurs endocriniens modifient une ou plusieurs fonction(s) du système endocrinien en perturbant la synthèse, la sécrétion et/ou l’action des hormones. Les effets sur l’animal sont avérés. On peut citer l’exemple de la féminisation des truites de la Tamise attribuée à la présence d’effluents d’œstrogènes présents dans les urines des femmes utilisant la pilule contraceptive.

Chez l’humain, l’influence de certaines substances telles que la dioxine a été remarquée lors de la catastrophe de Séveso en 1976. La présence de ce produit très persistant, suivie par des prélèvements sanguins sur plusieurs générations est corrélée avec une augmentation de la proportion de nouveaux nés de sexe féminin dans la région, ainsi qu’une baisse de la production de spermatozoïdes chez les hommes.

Des substances comme le DDT sont très persistantes : elles sont stockées dans les graisses puis relarguées lentement dans l’organisme. Ainsi, on peut être exposé à de faibles doses de DDT toute sa vie, alors même que celui-ci ne se trouve plus dans notre environnement direct. D’autres substances telles que le bisphénol A, sont non-persistantes et disparaissent de l’organisme rapidement. Mais attention ! Une substance disparue de l’organisme peut avoir des effets à retardement ! Le Distilbène, un médicament prescrit aux femmes enceintes entre les années 1950 et 1970, semble entre autres, accroitre le risque de contracter un cancer du vagin chez les jeunes filles dont les mères ont reçu le traitement. L’organisme garde semble capable de garder une « mémoire » de l’exposition à certains PE, entrainant une modification durable de l’expression des gènes par des mécanismes dits épigénétiques.

Se protéger des effets des PE est une question délicate pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est très difficile de déterminer une dose maximale autorisée, notamment parce qu’il est compliqué d’établir un lien de cause à effet entre une substance susceptible d’agir sur notre système hormonal et une maladie. Les expériences de recherche sont compliquées à mettre en places à cause du caractère ubiquitaires des PE c’est-à-dire quelles sont diffusées tout autour du globe. Nous sommes donc exposés (même si les doses peuvent varier), et l’on ne peut pas trouver de témoins non exposé à des PE. D’un point de vue expérimental, on comparera donc des personnes très exposées à des personnes moins exposées.

Ensuite, la gestion des risques en matière de PE est compliquée car ces composés agissent à de très faibles doses. Contrairement à certains produits dont l’effet est proportionnel à la dose, les hormones et les PE fonctionnent à de très faibles concentrations et mais aussi à de fortes concentrations. La courbe de réponse à des doses de PE croissantes ne ressemble donc plus à une ligne droite mais à un U. Pour mieux comprendre ce que cela veut dire, on peut comparer l’effet de ces perturbateurs endocrinien à celui de la température. Des températures extrêmes vont toutes deux avoir des conséquences pour l’homme (brûlure ou congélation) alors que dans un environnement à 20 °C environ, on n’observera pas d’effet délétère de la température. C’est pour cela que l’on ne peut pas définir la mise en place de doses journalières à respecter et c’est l’une des raisons qui a poussé la France à interdire le bisphénol A, afin d’éviter toute exposition à ce produit.

Enfin, on découvre tous les jours des produits susceptibles de perturber nos hormones et on manque de tests pour les détecter de manière fiable, notamment à faible dose. L’Union Européenne tente de clarifier la situation pour certains produits circulant en en grosse quantité via la règlementation REACH (Enregistrement, Evaluation, Autorisation et Restrictions des produits chimiques) en imposant aux fabricants de tester leurs produits d’un point de vue écotoxicologique.

Restent les substances à faible tonnage et celles déjà présentes dans notre quotidien pour lesquelles la solution est moins évidente et préoccupe toujours. Plutôt que de règlementer substance par substance, certaines associations préconisent l’application d’une règlementation globale interdisant tous les PE. Cela conduira-t-il à une révolution faisant la part belle à la chimie et l’ingénierie verte ?

En attendant, politiques, industriels, consommateurs et chercheurs continuent à se creuser la tête pour traiter le dossier des perturbateurs endocriniens.

>> Illustrations : parenting healthy babies (flickr licence cc), Photo-libre.fr