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Le risque volcanique au Pérou : Perception des habitants et campagne de communication

Publié par Victor Seck, le 30 novembre 2021   600

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Le risque volcanique au Pérou : Perception des habitants et campagne de communication 

Depuis plusieurs années, le séminaire d’études “Sciences, société et communication” réunit des chercheurs et chercheuses en Sciences Humaines et Sociales (SHS) à la Maison des Sciences de l’Homme Alpes (MSH-Alpes). L’édition 2021, centrée sur la notion de risque, est organisée et animée par Mikaël Chambru, maître de conférence à l'UGA.

Le 8 novembre 2021, se déroulait la quatrième séance du séminaire, à cette occasion, Lise Jacquez et Sébastien Rouquette (ComSocs, Université Clermont Auvergne) étaient invités pour une intervention :  “Le risque volcanique au Pérou : perception des habitants et campagne de communication”. 

Comment analyser la perception du risque volcanique par les habitants tout en étudiant la communication qui en est faite ? La gestion des risques est appréhendée à travers les catastrophes naturelles. En situation de catastrophe, les choses ne se déroulent pas souvent comme prévu. Nos deux intervenants ont remarqué une absence d’étude des comportements humains. 

Objectif Info-communicationnel : 

L’objectif de ce projet, conduit par le laboratoire ComSocs de l’Université Clermont Auvergne,  est de mieux comprendre les campagnes de communication et de les améliorer. Une des études porte sur la communication publique et institutionnelle des risques à la lumière de leur appréhension par les habitants. 

Le lieu de cette étude : Arequipa, la deuxième ville du Pérou en nombre d’habitants. Cette ville se situe à proximité d’un volcan actif, le Misti. 

Plusieurs éléments ont justifié le choix de cette situation géographique. En premier lieu, le Misti présente des risques par sa proximité avec la ville et son activité volcanique. De plus, un rapport sur des thématiques similaires avait déjà été écrit sur le territoire par K. Martelli.

La ville d'Arequipa se prête bien à l’étude car au sein de celle-ci, les habitants ne sont pas totalement préparés aux risques volcaniques. Le territoire ayant une urbanisation croissante, il est d’autant plus exposé aux risques (coulées pyroclastiques, lahars, pluies de cendres). Par ailleurs, il existe déjà des campagnes de communications sur la thématique, produites par les instituts locaux  (Instituto Geofísico del Perú par exemple).

Quelle méthodologie d’enquête mettre en place ? 

Une fois le questionnement et le terrain choisis, les chercheurs ont dû répondre à des questions de méthodologie. 

Pour réaliser l’enquête auprès d’une population locale, une approche qualitative par entretiens approfondis dans deux quartiers populaires de la ville à été sélectionnée. Des étudiants de l’UTP: Universidad Tecnológica del Perú, ont été recrutés par l’intermédiaire de l’IGP et formés pour réaliser les entretiens.  

Les entretiens pouvaient être menés en face à face et par téléphone. Il s’agissait alors d’obtenir un ensemble de réflexions exploratoires, induites par des questions ouvertes ou via des affiches issues des campagnes de communication. Les 38 questions étaient répertoriées sous forme d’entonnoir. 

Plusieurs grandes thématiques ont été abordés : 

  • Perception de leur quartier, principaux problèmes rencontrés au quotidien, principaux risques naturels 
  • Qualification et connaissance du risque volcanique
  •  Évaluation d’un message de prévention du risque volcanique par les habitants. 

 Le constat d'une faible perception du risque volcanique ?

Il existe une différence entre le risque objectivé et le risque perçu. Le risque objectivé, conçu par les experts scientifiques, est le fruit d’un travail d’objectivation par l’évaluation conjointe de sa probabilité de sa survenue, en prenant en compte les dommages potentiels. (Hervé Flanquart, 2016)

C’est un risque assez méconnu, un quart des personnes interrogées minimisent les risques (ils pensent que le volcan est éteint, pas de fumée, etc.) ou bien se sentent protégés et n’ont rien à dire sur le risque.

“Réponses très courtes sur le risque volcaniques avec quelques mots clés du type : lava y cenizas, solo temblores, sismos, cenizas gases tóxicos.”

Un autre élément observé suite à l’analyse des entretiens consiste en un constat géographique : la perception du risque n’est pas similaire selon le quartier de résidence des personnes interrogées. Néanmoins, les interrogés semblent être en capacité d’exprimer quel quartier est exposé aux dangers. Pour ceux vivant au pied du volcan, il y a une conscience du risque mais pas de mesure précise, on remarque notamment une incapacité à décrire et lister les différents risques liés à l’activité volcanique. 

Cette mise à distance notable du risque volcanique de la part des habitants peut résulter d’un ensemble de facteurs empiriques. En effet, sans expertise scientifique, les habitants, conscient de l’inactivité prolongée du volcan se sentent relativement en sécurité. Le volcan faisant partie intégrante du paysage urbain d’Arequipa, le sentiment de sécurité vis-à-vis des risques volcaniques semble tenir une place importante au vu des réponses apportés par les interrogés. Pour autant, l’enquête qualitative a pu faire transparaître de nettes différences d’appréhension des riverains, en fonction de leurs connaissances, spécifiquement au sujet des conséquences directes de l’activité volcanique. Ainsi, au-delà des éruptions (conséquences les plus spectaculaires), les habitants précisent leur appréhension des retombés de cendres, des coulées de lave, des séismes, etc.

Méconnaissance des comportements à adopter en cas d’éruption 

Autre constat de l’enquête, les habitants n’ont pas nécessairement connaissance de la marche à suivre en cas d'activité volcanique. Si les mesures d’évacuation, l’écoute des consignes à la radio ou le déplacement vers les hauteurs sont des éléments qui apparaissent dans les réponses des habitants, il n’y a pas vraiment de connaissance du protocole établi en cas d’incident. Les habitants semblent encore une fois éloignés de ces préoccupations, n’ayant une connaissance que partielle (souvent liée au bon sens) des mesures à prendre en cas d’éruption. Cette méconnaissance pourrait s’expliquer par les problèmes adjacents et quotidiens auxquels font face les habitants, s’agissant de difficultés plus concrètes comme les fortes pluies ou l'insécurité importante dans l’agglomération. A cet égard, le risque volcanique se rapproche du risque lié à la pollution, dans son caractère faiblement perceptible et intangible. 

Comment expliquer cette méconnaissance ? 

Plusieurs facteurs sont exposés pour expliquer la faible considération des risques volcaniques et surtout la méconnaissance des protocoles en cas d’éruptions. En premier lieu, un morcellement de l’information existe sur cette thématique, les informations sont diffusées par deux ministères et d'autres structures.L’interlocuteur n’est pas clair. En second lieu, l’absence d'expérience du risque peut expliquer en partie cette méconnaissance. La dernière éruption la plus catastrophique ayant eu lieu il y a 2000 ans, mesurer le risque d'accidents en lien avec le risque volcanique est compliqué. Les seuls éléments en lien son vécu de manière indirecte via les médias ou d’histoire sur d’autre territoire. 

Sur quels ressorts communicationnels jouer ? 

Le constat est simple :  le message ne passe pas. Comment faire face à ce problème de communication. Les solutions doivent répondre aux besoins psychologiques et sociologiques des habitants pour mieux les informer. 

Quels contenus privilégier pour résoudre les multiples problématiques communes mises en lumière par cette étude ? 

Dans cette optique, plusieurs pistes doivent être creusées. 

  • Choisir des images de faits réels. Montrer ce qui est déjà arrivé. Le problème avec cette option : l’aspect choquant des images. La dimension cognitive d’une image permettrait de générer des réactions.
  • Le choix chromatique pour la communication. L’utilisation du rouge dans les affiches est mal employée car le risque de confondre les zones de danger et la lave est très élevé.
  • Le vocabulaire employé : comment adapter et vulgariser le propos scientifique.
  • Quel contenu privilégier ? Quels arguments sont à déployer ? Une communication familiale, hiérarchisée et territorialisée serait peut être bénéfique. Les informations sont utilisées selon un prisme individuel, à partir du contexte personnel de chacun, quartier par quartier. Il s’agirait donc de spécifier les risques pour chaque territoire. 

En définitive, toute la population n’est pas nécessairement convaincue du risque volcanique, ou en tout cas de son échelle de probabilité et d’intensité. Phénomène auquel s’ajoute un manque d’adaptabilité des campagnes de communication destinées à la population.

L’idée d’une éventuelle stratégie de communication ne serait pas de demander à la population de déménager, mais pourrait correspondre à lui proposer des contenus de sensibilisation aux problématiques de gestion du risque volcanique. Car à cet égard, les influences sociales, culturelles et environnementales influencent fortement la perception du message. 


Article corédigé par Nevenig Robert et Victor Seck, étudiants en Master 2 Communication et culture scientifiques et techniques (CCST) à l'Université Grenoble Alpes.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, vous pouvez retrouver la première séance de ce séminaire sur Twitter (#SSCgre