Etre une femme ou un homme a t-il un effet sur notre état de santé ? - par Laura Gonzalez Tapia

Publié par Mathilde Chasseriaud, le 19 avril 2018   1.4k

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- Chronique rédigée et présentée par Laura Gonzalez Tapia pour le MagDSciences -

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Féminité ou masculinité ? 

S’interroger sur le genre, c’est tenter de comprendre la manière dont chacun d’entre nous s’approprie sa masculinité et sa féminité. 

Ceci est un extrait de l'ouvrage Le nouvel ordre sexuel  de Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste de renom. Si en sociologie, l'étude sur le genre existe depuis les années 1890, en santé humaine et en recherche c'est une autre chose. 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il faut tout d’abord comprendre ce qu'est le sexe et ce qu'est le genre.
Selon l’Inserm, le sexe désigne les déterminants biologiques qui sont : les chromosomes, les organes génitaux, les hormones et les fonctions reproductives qui caractérisent et différencient les mâles des femelles.
Quant au genre, il désigne les identités féminines et masculines bâties suite à l’appropriation par la population de codes culturels et sociaux. En ce sens, Catherine Vidal, du groupe de travail Genre et Recherche en Santé au sein du Comité d’éthique de l’Inserm explique :

Pour améliorer la santé des femmes et des hommes, il faut donc tenir compte deces deux aspects, qui sont intriqués.


Un lien entre les codes sociaux et les risques sur la santé ?

La prise en compte du genre permet de mieux comprendre l’impact de l’environnement social sur les maladies et les risques que subissent les hommes et les femmes. En effet, il existe une forte influence des codes sociaux de la féminité et de la masculinité sur les relations au corps, aux symptômes et même sur les comportements des patients face à une pathologie.

Pour vous donner un exemple, je vous dis « masculinité », la plupart d'entre nous ferons le lien avec virilité, force, endurance. Ainsi une personne de genre masculin aura tendance à refuser la consultation, à endurer plus le mal ou encore à prendre plus de risques. De la même façon, les stéréotypes du genre auront des influences sur la prise en charge des patients (détection de pathologies, prévention) par les professionnels de santé.


Des spécialistes tirent la sonnette d'alarme

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes en Europe et dans les pays industrialisés. Elles tuent sept fois plus que le cancer du sein.  Pourtant, elles sont perçues comme des pathologies de l’homme.

indique Claire Mounier-Véhier, cardiologue au CHRU de Lille et présidente de la Fédération Française de Cardiologie (FFC).

Et à l'inverse, il n'existe pas de valeur seuil pour indiquer aux médecins si leur patient homme est victime d'ostéoporose, considérée comme maladie exclusivement « féminine ». 

Conséquence : il n’y a aucune recommandation pour les hommes.

 regrette la rhumatologue Karine Briot de l’hôpital Cochin à Paris.

En effet, l’absence de prise en compte de l’impact des représentations des genres sur la prise en charge soignante engendre bien un risque pour la santé des hommes et des femmes. Il est ainsi essentiel que les professionnels de santé et les chercheurs incorporent avec une juste mesure l’articulation du sexe et du genre dans leurs travaux.

Fort heureusement, en 1993, grâce à la mobilisation des américaines Pat Schroeder, dirigeante des représentantes démocrates au congrès américain, Olympia Snowe, sénatrice républicaine et Florence Haseltine chercheuse, une nouvelle loi voit le jour aux États-Unis, obligeant le NIH (centre biomédical ayant le plus de budget au monde) à inclure les femmes et les personnes issues des minorités dans les projets de recherche. Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour la santé publique.

Aujourd'hui les États Unis comptent plusieurs centres de recherche uniquement consacrés aux enjeux liés à la place des femmes dans le monde de la santé et de la recherche. Le Canada, quant à lui, utilise depuis 2009 l'analyse comparative fondée sur le sexe et le genre pour élaborer, mettre en œuvre et évaluer la recherche, les programmes et les politiques de la santé visant à examiner les besoins différents des hommes et des femmes.


Les lignes bougent en France 

En 2013, le Comité d’éthique de l’Inserm instaure un groupe de travail intitulé Genre et recherche en santé. En 2015, un rapport concernant l'accès aux soins, la prise en charge des femmes, mais aussi sur la santé sexuelle et reproductive, voit le jour et cela grâces aux députées Catherine Coutelle et Catherine Quéré.

 Même si ça évolue dans le bon sens chez les jeunes médecins, la majorité des cardiologues, par exemple, n’est pas encore convaincue de la nécessité de travailler avec tous les interlocuteurs des femmes, plus nombreux que ceux des hommes, afin d’avoir une vision globale des patientes. 

comme l'explique Claire Mounier- Véhier

Elle n'est pas la seule : Karine Briot est confrontée à une réticence similaire 

Ni les orthopédistes, ni mes collègues rhumatologues ne sont sensibilisés à l’ostéoporose masculine.

Cependant la publication du Vade-mecum sur l'égalité des genres dans Horizon 2020 nous donne un peu d’espoir car ce guide européen vise trois objectifs :
-  favoriser la parité entre les équipes de recherche,
intégrer le genre dans le contenu de la recherche
- assurer un équilibre de genre dans la prise de décision d’au moins 40% de femmes (d’après l’objectif de la commission).



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