« L’invasion » du moustique-tigre - par Virginie Montmartin

Publié par Mathilde Chasseriaud, le 7 juin 2018   2.7k

Xl moustique

- Chronique rédigée et présentée par Virginie Montmartin pour le MagDSciences -
>> Chronique éditée pour Echosciences par Mathilde Chasseriaud <<


Originaire d’Asie du Sud-est, le moustique-tigre est présent en France depuis plusieurs années. Surveillé de près par les autorités françaises, il revient en force pour ce printemps.  

L’ennemi public n°1 est de nouveau visible en Une des médias. Le moustique-tigre ou Aedes Albopictus fait son grand retour. Il a commencé dans le sud de la France dès 2004, puis est remonté le long de la vallée du Rhône et on l’aperçoit depuis l’année dernière autour de Paris. Sa présence est avérée dans 42 départements. Il se reconnait facilement grâce à ses rayures noires et blanches. 

S’il inquiète autant, c’est parce qu’il est un vecteur, c’est-à-dire un organisme capable de transmettre des maladies, comme le Chigungunia, le virus Zika, la dengue, etc ;  les exemples ne manquent pas. 


Un vecteur de maladies

Pour qu’il y ait contamination, il faut d’abord qu’il pique une personne contaminée. Le virus se multiplie en quelques jours dans le corps du moustique. Ensuite, Albopictus n’a plus qu’à piquer une autre personne pour l’infecter à son tour. Mais aujourd’hui, il n’y a aucun cas pour aucune de ces maladies en France ! Pas de personne contaminée, pas de moustique infecté. C’est à cela que sert la surveillance sanitaire : éviter que les gens, notamment lors de retours de vacances, ne reviennent avec les maladies, et donc ne contaminent les moustiques-tigres sur notre territoire. 

Cependant, la crainte d’une piqûre revient au printemps et ce, chaque année. L’Albopictus n’est pas le seul dans cette situation. L’Anophèle, moustique vecteur du paludisme, est présent partout en France, et on ne s’en inquiète pas plus que ça. 


Bien armé et capable d'adaptation

Une femelle moustique-tigre pond entre 50 et 100 œufs en quatre jours. Et elle peut pondre partout : pot de fleur usagé, pneu abandonné, une toute petite flaque d’eau stagnante la satisfait également. C’est pourquoi en ville, la femelle, la seule à piquer, se développe aussi vite. A l’inverse, par exemple, l’Anophèle pond dans de grandes étendues d’eau comme les lacs. 

Si vous tombez sur une flaque d’eau ou un récipient contenant le type de larves ci-dessous, sortes de petits asticots de 5 à 8mm, qui s’agitent en se tortillant, il s’agit très probablement de moustiques. Dans ce cas, videz l’eau si vous pouvez, sur un sol où vous êtes sûrs que les larves vont bien sécher (www.moustique-tigre.info)

Ensuite, les œufs d’Albopictus résistent à la dessication, c’est-à-dire à l’asséchement de leur environnement. Et si le milieu devient très hostile, pas de problème : ils entrent en diapause, une sorte de sommeil, très utile pour l’hiver quand la température chute. 

Quand il est adulte, l’Aedes Albopictus pique de jour et à l’extérieur, comme par hasard exactement où nous sommes durant la majeure partie de l’été ! A l’inverse, l’Anophèle lui, pique la nuit à l’intérieur, lorsque nous dormons. 

Enfin, le moustique-tigre voyage beaucoup. Bien qu'originaire d’Asie du sud-Est, il est aujourd’hui présent dans de nombreux pays du monde en raison des contenaires, des pneus usagés et de tout ce qui se transporte de façon générale. Il est également capable de parcourir près d’une centaine de kilomètres en une journée. L’Anophèle lui, pique sur un rayon de 5 kilomètres seulement. Dernièrement, l’Institut de Recherche et Développement (IRD) à Montpellier ,spécialisé dans les maladies tropicales, a montré que le moustique-tigre était aussi un utilisateur du covoiturage. Il serait présent dans 5 voitures sur 1000.

Côté vecteur, il s’adapte à tout. Côté virus, il n’existe aujourd’hui aucun vaccin pour les maladies qu’il transmet. Cependant, il faut savoir que la plupart des maladies qu’il transmet ne sont pas mortelles pour la majorité des cas


A spray, Jefry Lagrange, 2013

La lutte s'organise 

C'est ce que l'on appelle la lutte antivectorielle. La première option à laquelle on pense, c’est bien sûr les insecticides. Si un cas de transmission arrivait, les autorités ont des produits à diffuser dans les régions touchées. 

Mais c’est en tout dernier recours : les moustiques-tigres deviennent peu à peu résistants aux insecticides. D’autant plus que certains composants de ces produits sont nocifs pour l’environnement et donc interdits aujourd’hui. Par exemple, on a utilisé pendant longtemps le DDT. Très efficace dans la lutte contre les moustiques, il est cependant interdit depuis 1972. 

Deuxième option : s’attaquer à la biologie du vecteur. Et là, les idées ne manquent pas ! En 2014, l’entreprise britannique Oxitec a ajouté un gène à l’ADN du moustique Aedes Aegypti en laboratoire. Il est de la même famille que l’Albopictus. Le but est de le rendre dépendant à un antibiotique : la tétracycline. Le moustique relâché dans la nature va se reproduire avec des femelles sauvages et rendre la descendance également dépendante… sans antibiotique dans la nature, la population devrait rapidement décroître. 

En 2015, une équipe de l’Institut de Recherche et de Développement (IRD) a lancé une expérimentation à la Réunion. Ils ont rendu les mâles stériles par irradiation. Ils les ont ensuite relâchés dans la nature. Sans progéniture possible, le nombre de moustiques devrait chuter rapidement. Dans les deux cas, le but est d’en lâcher un grand nombre afin de voir un effet significatif sur la population. 

Autre solution : infecter le moustique par la bactérie Wolbachia. Elle a pour rôle d’empêcher le mâle infecté de se reproduire. On peut également essayer de modifier le génome du moustique pour qu’il devienne résistant aux agents pathogènes qu’il rencontre. Dans un tout autre secteur, on peut aussi penser à réintroduire des prédateurs des moustiques comme les poissons, insectes et autres bactéries. Mais toutes ces techniques sont au stade de l’expérimentation. 

C’est pourquoi on entend régulièrement dans les campagnes de prévention des conseils pratiques : se couvrir le corps autant que possible, utiliser des répulsifs et éviter les plans d’eau stagnante. On peut également signaler la présence du moustique près de chez soi en ligne sur le site : www.signalement-moustique.fr

Donc en attendant de trouver un vaccin ou un moyen de limiter la présence du vecteur, il faut bien surveiller les abords de sa maison. Et pour stopper les idées reçues, le petit bruit insupportable que vous entendez pendant la nuit au creux de votre oreille, ce n’est ni l’Aedes, ni l’Anophèle, qui volent en silence. C’est Culex, à qui les deux autres essaient de voler la vedette !  Et présent depuis bien longtemps avant la colonisation des autres moustiques ! 



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