La révolution des Bactéries - par Laura Gonzalez Tapia

Publié par Mathilde Chasseriaud, le 29 mars 2018   1.3k

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- Chronique rédigée et présentée par Laura Gonzalez Tapia pour le MagDSciences -

>> Chronique ré-éditée pour Echosciences par Mathilde Chasseriaud <<


L'antibiorésistance

1928 : une année cruciale pour la médecine, car Alexander Fleming fait une découverte de taille :  la pénicilline, le premier antibiotique de l'histoire. À partir de là et jusqu'à la fin des années 80, c'est le boom des antibiotiques et une centaine d'entre-eux voit le jour.

Conséquence : des antibiorésistances ont été identifiées dans les années 40, mais comme à cette époque la découverte des antibiotiques tournait en plein régime, l'antibiorésistance n'a pas attiré l'attention des experts. Mais avant de parler d’antibiorésistance il faut comprendre le mode d'action des antibiotiques et leur cible.

Ceux sont des substances naturelles ou synthétiques fabriquées par des micro-organismes comme les champignons, les végétaux ou encore certaines bactéries. Leur rôle : détruire ou bloquer la croissance des bactéries. Pour cela, les antibiotiques vont intervenir à différents niveaux de leur métabolisme. Pour vous donner quelques exemples :

  • l'inhibition de la production de la paroi bactérienne, une sorte d'armure qui protège la bactérie de l'environnement extérieur,

  • il y a aussi la destruction de la membrane cellulaire, cette dernière est primordiale pour la survie de la bactérie et nécessaire à un bon équilibre entre la bactérie et son milieu,

  • il y a l'inhibition de la synthèse de l'ADN, ceci est un coup dur pour la bactérie ! Car c'est un processus vital pour toute cellule,

  • ou encore l'inhibition de la synthèse des protéines, et oui ! Sans la production des protéines, aucune cellule ne serait pas capable de survivre.


Des bactéries qui s'accrochent et qui ne lâchent rien

Une cause évidente pour les experts et qui a permis à l'antibiorésistance de gagner du terrain est l'utilisation massive et peu réglementée des antibiotiques. En effet, ces derniers sont employés dans des traitements préventifs, curatifs dans l'alimentation animale comme compléments alimentaires, dans la pisciculture, en médecine vétérinaire et humaine, mais aussi comme pesticides !

On trouve donc des antibiotiques partout, même dans les eaux des nappes phréatiques !

Les chercheurs s'intéressent de plus en plus aux antibiorésistances et à leurs impacts néfastes sur l'homme. En ce sens, une étude coordonnée par l'économiste britannique Jim O'Neill en 2016 montre des chiffres alarmants : 700 000 personnes meurent chaque année à cause de l'antibiorésistance. Si rien n'est fait pour tenter de l'arrêter, ce chiffre s’élèvera à 10 millions de victimes en 2050, dépassant ainsi le cancer responsable de 8,2 millions de morts, et coûtera 1000 milliards de dollars à l'économie mondiale !

Face à cette réalité, les scientifiques se sont penchés sur le sujet afin de comprendre les mécanismes de contre-attaque des bactéries :

  • elles vont par exemple muter l'endroit où l'antibiotique se fixe, cela va modifier la paroi, la membrane ou toute autre partie de la bactérie, ce qui empêchera les antibiotiques de reconnaître la bactérie et de la combattre ;

  • elles peuvent être capables d'une sur-expression de la cible, ici les bactéries vont produire beaucoup de la molécule ciblée par l'antibiotique et ainsi, même en présence de ce dernier, la bactérie poursuivra son activité sans problème ;

  • certaines bactéries vont littéralement « recracher » l'antibiotique en dehors de la cellule, grâce à un mécanisme de pompage, vu notamment dans la bactérie Pseudomonas aeruginosa, responsable de nombreuses infections nosocomiales.

Les bactéries ne manquent pas de créativité pour multiplier leur arsenal et déclarer la guerre aux antibiotiques.

Et comme si cela n'était pas suffisant, elles se propagent très facilement comme l'explique le chercheur Jean-Yves Madec, du laboratoire Antibiorésistance et virulence bactérienne de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) à Lyon : 

les Hommes et les animaux partagent le même environnement, les mêmes bactéries, les mêmes antibiotiques, et donc les mêmes bactéries devenues résistantes.


Ainsi, les échanges des bactéries résistantes entre l'homme et l'animal passent par :

  • des contacts physiques,

  • les excréments animaux et humains qui se trouvent ensuite dans les eaux usées et les voies d'eau, contaminant ainsi des aliments d'origine végétale et animale,

  • à l'hôpital, entre patients, personnel soignant, appareils,

  • par les mouvements de population.


La riposte humaine s'organise

Il n'y a sûrement pas qu'une seule solution, mais pourquoi pas commencer par une utilisation plus raisonnée des antibiotiques ? Selon Jean-Yves Madec, 

En France, le plan national Eco-antibio 2012-2017 qui vise à réduire l’utilisation des antibiotiques vétérinaires, avait engendré en 2015, une diminution de 20 % de l’exposition des animaux à ces traitements .

Quant à l'homme, il y a du travail à faire concernant la santé humaine. En effet, en 2015, la France se situait en 4e position des pays européens les plus forts consommateurs d'antibiotiques, selon le Réseau de Surveillance Européen de Consommation d’Antimicrobiens.

Une autre arme d'attaque pourrait se trouver au sein même de notre organisme d'après le chercheur Etienne Ruppé du laboratoire IAME (Inserm) : 

Le microbiote est un club très fermé qui est la première barrière aux bactéries extérieures. Pour limiter l’installation de ces dernières, les bactéries commensales les empêchent de se nourrir correctement, produisent naturellement des antibiotiques et, enfin, stimulent le système immunitaire. Or, les traitements antibiotiques tendent à détruire aussi les espèces commensales. 

La recherche pour combattre les bactéries résistantes s’accélère, et de plus en plus d'initiatives voient le jour. Des experts s'intéressent par exemple aux probiotiques, un cocktail de bactéries reconnues pour leurs bienfaits dans l’organisme, mais aussi à la « greffe fécale », des bactéries prélevées dans les excréments de donneurs. Le but : développer un microbiote  saint capable de combattre et prévenir des infections. Enfin, n'oublions pas les bactériophages : des virus qui ne s'attaquent qu'aux bactéries, longtemps oubliés en Occident, sont  à nouveau sous les microscopes des chercheurs.




Sources

>> Antibiorésistance, la guerre est déclarée, Science et Santé, le magazine de l'Inserm, n°37, septembre-octobre 2017

>> https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_aux_antibiotiques

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