Les Organismes génétiquement modifiés (OGM)

Publié par Mathilde Chasseriaud, le 16 février 2017   300

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Un OGM (ou Organisme génétiquement modifié) est un organisme vivant (animal ou végétal) dont le patrimoine génétique a été modifié par l’Homme, de par des techniques de génie génétique ou de sélection artificielle.


LA TRANSGENESE

Pour modifier génétiquement un organisme, il faut avoir accès à son ADN. Car c’est dans son ADN que l’on va trouver les gènes qui contiennent les informations sur les caractères des organismes vivants (la couleur des yeux, des cheveux, la production de racines, la production de molécules pour réaliser la photosynthèse, etc..).

La technique employée pour obtenir des OGM se nomme la transgénèse. Cela consiste à introduire un gène étranger (que l’on nomme transgène) dans le génome d’un organisme.

Il faut cependant faire attention à ne pas confondre cette technique avec celle de la mutagénèse, qui consiste à générer des mutations au sein d’un génome. Elle modifie l’information génétique mais sans rajouter de gène(s), contrairement à la transgénèse.

Les étapes de la transgénèse

Illustration de la technique de transgénèse (un exemple est décrit dans le lien de l'illustration)


TOUJOURS MIEUX, TOUJOURS PLUS FORT

Pourquoi vouloir insérer des gènes étrangers dans le génome d’un organisme ? Pour le rendre meilleur, plus performant. La transgénèse, c’est un petit peu comme quand vous achetez une voiture et que le modèle de base ne vous satisfait pas. Vous voulez rajouter des jantes pour protéger les roues ou ajouter la climatisation pour être au frais l’été. Et bien la transgénèse c’est ça mais avec des gènes. Elle permet aux organismes chez qui elle est appliquée d’obtenir des caractéristiques qu’ils n’avaient pas à la base afin de les rendre « meilleurs » si je puis dire ainsi.

La culture transgénique s’est développée depuis les années 1980. Ce sont les Etats-Unis qui ont mis sur le marché le premier organisme génétiquement modifié. Il s’agissait d’une tomate, la tomate Flavr Savr, le but étant de ralentir l’amollissement des tomates, qu’elles restent fermes plus longtemps. Mais ce fut malheureusement un échec, cette variété de tomate ayant entraîné des surcoûts au niveau de leur production et de leur transport.


UNE PRESENCE TRES MARQUEE DANS L’AGRICULTURE

Les OGM sont utilisés dans l’agriculture, pour leur résistance à certains parasites, champignons, maladies mais également pour leur résistance aux pesticides. Les OGM actuellement disponibles permettent ainsi d’avoir des champs de maïs et de coton résistants aux insectes, ce qui permet de réduire les dégâts causés par ces derniers, ou encore d’avoir des plantations de soja résistantes aux herbicides, permettant d’éliminer les mauvaises herbes sans porter atteinte aux cultures.

Ce dernier aspect (la résistance aux herbicides) est intéressant dans le sens où pour des cultures non transgéniques, un agriculteur doit diffuser plusieurs herbicides : un premier qui est dit « total », afin d’éliminer toutes les mauvaises herbes avant d’ensemencer puis un second une fois que les pousses ont commencé à pousser. De plus, les herbicides à utiliser sont spécifiques aux cultures : un herbicide pour par exemple les céréales, un autre pour le tournesol, un autre pour le colza…

Or, changer d’herbicide pour chaque culture, en plus d’être contraignant pose également le problème de contamination des cuves servant à disperser ces substances. Si celles-ci ne sont pas suffisamment nettoyées, il peut rester des traces d’herbicides qui peuvent endommager les autres cultures. Avec les OGM, il suffit alors d’1 ou 2 produits pour toutes les cultures et même de traiter une fois que les cultures seront levées.


UNE BACTERIE POUR LUTTER CONTRE LES INSECTES RAVAGEURS

Plusieurs cultures comme celles du riz et du maïs, ainsi que des plantes cultivées (tournesol, le houblon ou aussi bien la pomme de terre) ont des risques élevés d’être attaquées par une larve, la larve de Pyrale. Celle-ci s’installe au cœur de la tige de la plante et la dévore de l’intérieur, ce qui aboutit à des destructions massives de plantes et donc à des récoltes mauvaises.

La Pyrale de maisLa Pyrale du maïs


Il fallait donc trouver un moyen pour lutter contre cette larve, autre que les insecticides, très onéreux. Pour cela, le point faible de la larve a été exploité : il s’agit d’une bactérie produisant une toxine, Bacillus thuringiensis, (nommé toxine Bt) qui a comme effet de tuer la larve.

Des chercheurs ont donc manipulé l’ADN de la bactérie de manière à isoler le gène produisant la toxine. Une fois le gène repéré, ils l’ont intégré dans le génome des plantes en culture. Celles-ci pouvaient dont produire la toxine pour lutter contre la larve et résister à ses attaques.


UNE TECHNIQUE CONTROVERSEE

Cependant, malgré les prouesses de génomique dont sont issus les OGM, la technique elle-même ne fait pas l'unanimité.

Lorsque les scientifiques insèrent le gène produisant la toxine bactérienne dans le génome de la plante, ils insèrent aussi un second gène, que l’on appelle « un gène marqueur », qui servira à repérer que le gène bactérien a bien été transmis à la plante. C’est un petit peu comme un signal qui dira que le transfert s’est bien passé.

Or, il se trouve que ce gène marqueur est un gène de résistance à un antibiotique et un bon nombre de consommateurs ont développé une crainte de devenir à leur tour résistant aux antibiotiques s’ils consommaient des aliments transgéniques. La crainte est parfaitement légitime mais la probabilité que ce risque survienne est très très faible. Une élimination progressive des gènes de résistance aux antibiotiques dans les OGM est par ailleurs stipulée dans une directive de 2001 de la Commission Européenne.

A la recherche des OGM

UN RETOUR A L’ENVOYEUR ?

Une autre crainte liée aux organismes génétiquement modifiés est celle concernant les insectes contre qui ces OGM sont censés résister. Pourraient-ils un jour devenir eux-aussi résistants ?

Il est en effet probable qu’avec une évolution du patrimoine génétique des Pyrales (pour s’adapter à leur environnement) que celles-ci développent de nouveaux caractères dont celui de la résistance à cette toxine Bt. Il suffirait qu’une larve développe cette résistance et qu’en se reproduisant, elle transmette cette capacité à ses descendants, qui seraient eux aussi résistants à la toxine et pourraient alors sans mal attaquer de nouveau ces cultures.


LES OGM : QUELS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT ?

Les écologistes et les agriculteurs prônant une agriculture sans OGM reprochent un manque de contrôle en ce qui concerne la dissémination des OGM, qui serait à l’origine d’une contamination des autres cultures.

En effet, le pollen issu de plantes transgéniques peut se disséminer jusqu’à plus de 10 km et pourrait ainsi aller féconder des plantes se trouvant dans des champs non OGM, ce qui donnerait des plantes transgéniques, sans que l’agriculteur ne le sache. Et cela poserait un vrai problème au niveau de l’étiquetage de produits dits « SANS OGM », rendant celui-ci erroné.


UN ETAT ACTUEL MITIGE

Un seul OGM est actuellement cultivé en Europe depuis 1998 : il s’agit du maïs MON180, produit par la société Monsanto (dont nous avions parlé dans un précédent dossier, à propos du glyphosate, un herbicide commercialisé par cette même entreprise).

Des tentatives afin d’utiliser d’autres organismes génétiquement modifiés avaient été essayées mais n’ont mené à rien.

Le 27 janvier dernier, les Etats membres de l’Union Européenne devaient se prononcer sur la poursuite d’utilisation de ce maïs transgénique de l’entreprise Monsanto ainsi que sur l’introduction de 2 autres maïs génétiquement modifiés. Les Etats membres, partagés entre les pro OGM que représentent l’Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni et les anti-OGM, dont la France ne sont pas parvenus à se mettre d’accord et un second vote sera organisé au niveau du printemps. Si aucune décision n’est alors prise, il reviendra à la Commission européenne de trancher sur le sujet.

Preuve que le débat sur les OGM ne se joue pas que dans les champs de coton, mais également dans les hautes sphères européennes.


Retrouvez l'émission en podcast ici : Emission sur les OGM


Visuel principal : Les OGM, Notre planète.info

SOURCES