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Le Master CCST

Comment les enfants racontent-ils la science ?

Publié par Léa Lahmar, le 1 décembre 2019   300

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Retour sur l'étude d'un Experimentarium Hybride 

« Être chercheur, c'est faire découvrir de nouvelles choses aux gens » Des élèves d'une classe de CM2 en Bourgogne se sont mis dans la peau de chercheurs-médiateurs pour nous expliquer la science.

A l'issue de l'initiative unique des Experimentarium, programmes de vulgarisation scientifique lancés en 2001 par l'Université de Bourgogne, des rencontres entre des jeunes chercheurs et le public sont organisées.

Une étude de l'OCIM met en lumière un Experimentarium dit hybride, en écho à ce programme culturel innovant. Une classe de CM2 s'est donc rendue au centre des sciences du goût de Dijon, pour assister à des ateliers animés par des doctorants. Le but étant, à posteriori, de former quatre groupes d'élèves qui se sont mis à la place des chercheurs et ont présenté vulgairement un sujet scientifique, en collaboration avec de « vrais » scientifiques.

Une initiative qui porte une réflexion sur nos propres démarches de médiation

Une médiatrice-formatrice et l'enseignante de la classe, porteuses du projet , soulignent la posture active des élèves, qui ont appréhendé de manière directe les étapes de la démarche scientifique : une question, une bibliographie, des hypothèses et résultats puis des interprétations.

Afin de concevoir leur présentation, les enfants ont procédé à un brainstorming pour former les différents groupes de travail, avant de s'approprier leur sujet scientifique en l'expérimentant. La dernière phase du processus a été l'élaboration de leur stratégie de médiation, pour leur présentation orale. Des étapes que l'on peut alors comparer avec nos propres démarches de recherche.

Après avoir conceptualisé leurs résultats d'expériences, les enfants étaient capables de formuler un message clair à transmettre lors de leur présentation. Ainsi, un travail d'écriture à la manière d'un « scénario de médiation » s'est naturellement réalisé dans chaque groupe. Les enfants, qui ont compris comment capter et impliquer leur public, alternent l'utilisation du « je » et du « nous » dans leur discours. De plus, ils sont capables d'adapter leurs propos en fonction de leur auditoire.

Principalement, les élèves ont choisi des outils de médiation qui s'ancrent dans une démarche cognitive et créative. Avec par exemple, beaucoup d'illustrations visuelles comme des maquettes, vidéos... qui ont rythmé leurs explications. Leur vision de la médiation nous apprend comment les enfants perçoivent une présentation réussie.

Des enfants qui nous éclairent sur les techniques de médiation actuelles

Il est intéressant d'observer que, comme de vrais médiateurs, les élèves ont été force d'auto-réflexion et de beaucoup de recul sur leur travail.

Tout un volet de l'étude expose les remises en question des enfants face à leur expérience.

Tout d'abord, la plupart des élèves distinguent nettement la différence entre la phase de recherche et celle de vulgarisation, en mettant en évidence la rigueur et la durée qu'exige la recherche scientifique. Ils soulèvent les limites de leurs outils de médiation, par observation directe des réactions de leur public. La plupart des questionnements des primaires découlent d'un effet miroir face aux « vrais » scientifiques qu'ils ont côtoyés. En effet, les enfants ont tendance à comparer leur travail avec celui des professionnels.

L'apprentissage le plus profond qu'ont expérimenté les enfants est celui du travail de groupe au sein duquel l'individu a dû se situer et trouver sa place. La collaboration a été l'occasion d'apprendre de soi mais aussi des autres, de développer l'entraide et la bienveillance.

Cet Experimentarium hybride amène aussi à réfléchir sur la posture de l'adulte. En effet beaucoup d'enfants se disent craintifs à l'égard de leurs professeurs ou des scientifiques, qui leur apparaissent comme des « sachants » en raison de leur bagage intellectuel, contrairement à leurs camarades de classe qui eux sont perçus à leur niveau.

Une critique émerge finalement de cette étude. La majorité des enfants ont eu tendance à se comparer les uns les autres, un comportement qui pourrait refléter l'aspect de compétition présent dans le monde de la recherche.

Par le biais du processus de médiation qu'ont suivi les enfants, on peut alors mettre en relation leur vécu et leurs pratiques avec les techniques de communication-médiation utilisées par les spécialistes.

Cette initiative permet alors de rendre l'enfant acteur de son propre apprentissage, et lui démontre que l'on peut expliquer quelque chose de compliqué simplement.

LAHMAR Léa


Source principale : Dossier "L'enfant apprenti chercheur-médiateur - Etude d'un Experimentarium hybride"