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Le Master CCST

La communication scientifique et l’inclusion sociale pour les enfants

Publié par Marie Frécon, le 7 décembre 2018   150

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En 2011, l’Europe finance le projet Sis Catalyst, pour une durée de quatre ans, dans le cadre du volet Science et Société de son programme cadre de la Recherche et du Développement. Constitué d’un consortium d’experts, l’objectif était alors de questionner le lien science-société-enfants. Ce projet aboutit à la production d’un livre intitulé Listening & Empowering - Crossing the social inclusion and science in society agendas. Ce dernier regroupe une série d’articles qui abordent l’inclusion sociale pour les enfants dans la communication scientifique. La suite de cet article en retire quelques points intéressants.

 

Si l’expression d’inclusion sociale apparaît depuis peu dans les politiques publiques de la culture scientifique, technique et industrielle, le phénomène est loin d’être nouveau. Les professionnels sont conscients du puissant facteur d’inclusion qu’est la culture scientifique puisqu’elle peut paraître plus attractive et accessible que d’autres formes de culture. Cependant elle n'empêche pas une certaine forme d’exclusion, par la nature des connaissances scientifiques et l’impression d’un monde trop différent qu’elle diffuse. 

La communication scientifique, représentant plus d’enjeux que le simple transfert de savoirs, travaille aujourd’hui à apporter des solutions concrètes et se place désormais dans une approche participative à l’égard de ses publics, de manière à les inclure dans leur diversité. Selon les auteurs des différentes études présentées dans le livre, il s’agit alors d’intégrer les publics dans toutes les phases d’une initiative de communication scientifique, qu’ils définissent eux-mêmes la pertinence des savoirs scientifiques selon un contexte qui leur paraît intéressant, qu’ils puissent les exploiter pour s’engager dans les débats sciences-société. 

Frank Oppenheimer, fondateur de l’Exploratorium de San Francisco disait “Si les gens ont l’impression de comprendre le monde qui les entoure, voire s’ils ont la conviction de pouvoir le comprendre s’ils le souhaitent, alors et alors seulement, ils seront également en mesure de sentir qu’ils peuvent faire la différence par leurs décisions et leurs activités”.

 

Ainsi la communication scientifique aiderait-elle à ce processus d’empowerment, c’est à dire développer le pouvoir d’agir des individus ? Pour explorer cette interrogation, les auteurs se sont concentrés particulièrement sur un public très sollicité dans la culture scientifique, les enfants. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les enfants constituent une cible très privilégiée des sciences. Effectivement, elles sont un sujet idéal dans des activités de médiation, par l’aspect fascinant qui ressort de certains phénomènes scientifiques. Par leur capacité d’observation instinctive du monde qui les entoure, les enfants sont aussi considérés comme des scientifiques “naturels”.  A de multiples autres raisons, s’ajoute celle que les enfants représentent potentiellement les scientifiques de demain et les citoyens d’une société dominée par les sciences et les techniques.   

Les auteurs du livre constatent que s’il y a eu un profond bouleversement  ces dernières années dans la manière de communiquer les sciences en développant une approche participative des publics, les enfants restent toujours dans la position du spectateur et sont très peu inclus dans les discussions qui concernent les sujets controversés liés à la sciences et à la technologie.  De nombreuses questions se posent alors lorsqu’on veut développer des dispositifs où les enfants sont considérés comme des individus avec des objectifs, des opinions et inclus dans le débat science-société. Certaines initiatives lancés dans plusieurs pays ont permis d’explorer des approches et des méthodes permettant aux enfants d’être écoutés, d’exprimer leurs points de vue et de renforcer leur relation à la science. 

 

Dans leur commentaire A children’s rights-based approach to involving children in decision making, Laura Lundry et Elizabeth Welty exposent les implications de l’article 12 de la Convention relative aux droits de l’ enfant adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Ce dernier stipule que  “Les États parties garantissent à l'enfant qui est capable de se forger sa propre opinion le droit d'exprimer librement ses vues sur tout ce qui touche l'enfant, les vues de l'enfant étant dûment prises en compte en fonction de l'âge et de la maturité du enfant.” Ainsi chaque pays signataire doit veiller à ce que les personnels travaillant avec les enfants respectent l’obligation de les faire participer aux décisions les concernant. Dans ce sens, Lundy a mis au point un modèle pour aider les responsables à inclure les enfants dans la prise de décisions. Quatre facteurs se distinguent :

  • Espace :  créer une opportunité de participation - un espace dans lequel les enfants sont encouragés à exprimer leurs points de vue;
  • Voix : laisser les enfants le droit d’exprimer librement leurs opinions, sous divers formats;
  • Public : veiller à ce que l’avis des enfants soit dûment pris en compte, qu’ils aient un “droit d’audience”;
  • Influence : faire en sorte que les adultes écoutent les enfants et prennent au sérieux leur point de vue.

Dans une vision plus large, l’application de l’article 12 permet de concrétiser d’autres droits pour les enfants tels que celui d’accéder à une éducation de qualité, car la participation des enfants à la prise de décisions améliore la qualité des décisions prises. 

   

Un exemple de dispositif d’inclusion sociale pour les enfants dans la communication scientifique est l’université pour enfants, Children’s University en anglais. Le concept initié en 2002 en Allemagne s’est très vite répandu dans plusieurs autres pays, particulièrement en Europe. Le principe est le suivant : faire venir les enfants dans les universités. Les programmes conçus par des universitaires contiennent des conférences, des ateliers, des travaux pratiques dans le cadre scolaire et parascolaire. Les universités pour enfants ont de novateur le fait qu’elles permettent une rencontre personnelle directe entre deux groupes, les universitaires et les enfants, qui n'étaient pas destinés à se rencontrer dans ce lieu en particulier. 

Les objectifs généraux sont de susciter un intérêt précoce pour la science et la recherche, donner un premier aperçu du monde universitaire et éventuellement de susciter l’intérêt des carrières scientifiques ultérieures. Mais d’autres enjeux sont à prendre en considération, aider les organismes d’enseignement supérieur à considérer les enfants en tant que groupe de dialogue pertinent et à être plus réactif et inclusif à l’égard des groupes défavorisés.  

Chris Gary and Cyril Dworsky, auteurs de Children’s Universities - a “leading the way” approach to support the engagement of higher education institutions with and for children souligne la tendance encore trop présente de traduire les sujets en question simplifiée comme “pourquoi le ciel est-il bleu?”, et d’ ignorer les questions complexes et controversées. Pourtant la conception du monde vu par un enfant ne serait pas moins complexe que celle d’un adulte. Il s’agirait alors pour les universités pour enfants de prendre la responsabilité d’aborder les sujets un peu plus difficiles des sciences et techniques. Considérer sérieusement les enfants en tant qu’ interlocuteurs dans le débat, nécessite de leur donner une vision réaliste du système scientifique. A terme, cette interaction mutuelle apporte des bénéfices pour toutes les parties. Les universités pour enfants observent un réel impact de la participation des enfants sur la perception des scientifiques dans leur domaine de recherche. 


L’objectif est clair pour la communication scientifique : favoriser les rencontres inclusives entre la sphère scientifique et les enfants en prenant soin de mettre en place un dialogue où leur parole est écoutée et considérée sérieusement.


Pour en savoir plus : Listening and empowering. Crossing the social inclusion and the science in society agendas, edited by Matteo Merzagora, Vanessa Mignan and Paola Rodari.