Designer une exposition scientifique : entre imaginaire et justesse scientifique

Publié par Claire Lassansaa, le 19 novembre 2018   450

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L’exposition Les Mondes Inconnus a ouvert ses portes le 13 octobre dernier. Dès ce jour-là, à La Casemate, le public a pu découvrir une exposition avec une fusée géante en bois et divers véhicules spatiaux, apprendre à reconnaître des corps célestes ou encore appréhender la manière dont les astronautes vivent dans une station spatiale.

C’était un jour spécial pour l’équipe de La Casemate. C’est avec un peu de stress que j’attendais la réaction des visiteurs. J’étais un peu soulagée quand j’entendais les enfants faire un “Woooaaaww” à leur entrée dans l’exposition. 

Étant assistante communication à La Casemate et ayant une formation en Design graphique, je me suis occupée de la direction artistique et de la production des visuels de l’exposition. Cet article me permet d’expliquer quelles sont les différentes étapes de la création des visuels, mais plus spécifiquement comment fait-on pour créer des visuels scientifiques qui laissent une part à l’imagination ?

Le contexte

Pour cette exposition, je me suis occupée de toute la création graphique. Plusieurs facteurs devaient être pris en compte.

Tout d’abord le contexte. Nous sommes un CCSTI ( Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle ), un lieu où notre première mission est de vulgariser les sciences. Pour cela les visuels de l’exposition ne devaient pas apporter de confusions ou de fausses informations.

D’un autre côté, cette exposition s’adresse aux enfants dès 3 ans. Il faut donc que les visuels leur parlent. Je voulais que les enfants sortent de cet espace avec des étoiles pleins la tête mais pleins les yeux aussi. Pour moi, cette exposition était réussie s’ils sortaient de l’exposition en ayant appris beaucoup de choses mais aussi en s’imaginant un univers, en se racontant des histoires de l’espace !

Mon travail a donc été de trouver un équilibre entre la véracité scientifique et un graphisme onirique, propice à l’imagination. Coup de chance pour moi, les sciences de l’Univers font déjà rêver à elles seules. Deuxième facteur positif : La Casemate possède un Fab Lab avec une équipe motivée. J’avais là de bons ingrédients pour proposer une belle direction artistique.

Choix graphiques

Dans un premier temps, nous devions définir une direction artistique. Pour cela Julie Polge, chef de projet, nous a fait part de sa vision de l’exposition. Pour m’aider, elle a créé une bibliothèque contenant des images pertinentes traduisant une ambiance, un univers qu’elle s’imaginait. À partir de là, j’ai pu concevoir un “Mood Board”. Il s’agit d’un document réunissant des images, des polices de caractère, une palette de couleurs qui donne la ligne directrice pour toutes les créations futures.


Notre choix s’est arrêté sur un mélange de découpe/gravure sur bois et d’éléments dessinés et stickés. Cela nous a permis de créer des reliefs avec les éléments, en les superposant, et en jouant avec la lumière. Le but étant de nous passer de grands panneaux explicatifs, qui n’auraient pas été interactifs.

La conception

Nous avons aussi fait le choix d’avoir une mascotte : notre petit Curio. Curio est inspiré de Curiosity, le rover envoyé sur Mars. Ce petit personnage accompagne le visiteur, le guide et lui explique les éléments présents dans l’exposition. Ce robot et ses amis (autres sondes et véhicules en tous genres) sont la preuve parfaite d’un bon équilibre entre science et imaginaire. En effet, je n’ai pas changé leur aspect, je ne me suis que très peu éloignée de leurs couleurs mais je les ai personnifiés. Ils ont tous des yeux, et transmettent des expressions, des émotions. 

Un exemple pour bien comprendre cette limite entre des visuels servant une exposition et ceux qui pourraient la desservir :

Avant de me lancer dans la production, j’ai fait ce que l’on appelle une “pige”. Il s’agit d’une recherche d’images plus approfondie que celle pour le Mood Board. En effet, le Mood Board donnera une ambiance globale, alors que la pige est plus ciblée et détaillée. Les graphistes s’y référent lorsqu’ils ont des doutes ou n’ont plus d’idées. Dans mes recherches, je suis tombée sur le travail de Nina Geometrieva, What space really looks like

J’ai donc créé des planètes s’inspirant de son travail. Lorsque j’ai montré ma planche à l’équipe, on m’a refusé mes petites planètes. Je ne pouvais rien dire, les arguments étaient bons. “Mais, tes planètes sont toutes découpées. On dirait qu’il en manque un bout. Les enfants vont croirent que les planètes sont mangées par un géant. Et puis Claire, une planète violette ??” Roh cette Julie ! Mais elle avait raison. Me voilà repartie sur d’autres pistes. Petit à petit, je trouve un compromis entre style graphique et fidélité au réel.  


La production

Une fois la direction artistique arrêtée, la production peut commencer. Le travail avec l’équipe du Fab Lab était enrichissant et m’a beaucoup aidé dans la conception. Maîtrisant mieux que moi la découpeuse laser, l’équipe a pu réaliser des pièces d’une finesse que je n’aurais jamais obtenue. En gérant la vitesse et la puissance du laser, ils ont pu produire des pièces avec des ombrages et des nuances de bois rendant les reliefs élégants.

De mon côté, j’ai passé des heures devant l’ordinateur à dessiner tous les éléments visuels qui seraient imprimés à l’extérieur puis stickés. En même temps, j’ai fourni petit à petit les fichiers de découpes de pièces de bois où les stickers prendraient place. L’équipe reprenait mon fichier, simplifiait les contours de la forme pour faciliter la découpe. Petit à petit l’exposition s’est mise en place.

Le 13 octobre arrive, c’est l’heure de l’ouverture. Cette expérience stressante fût néanmoins enrichissante. Avoir carte blanche sur la création graphique pour sa première exposition est un luxe, d’autant plus que le thème était stimulant. Mais l’aventure n’est pas terminée. Nous réfléchissons à l’amélioration de l’exposition après 1 mois de mise à l’épreuve, en traitant les retours des visiteurs. Créer des visuels pour une exposition scientifique n’est pas aussi contraignant qu’on pourrait le penser. Science et créativité peuvent cohabiter, il suffit de trouver un juste milieu. Faire rêver grâce aux sciences était, pour moi, un très bel objectif. J’espère que cette exposition sera aussi une chouette aventure pour tous les visiteurs, les petits comme les grands.


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