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Mettre « Les Pieds dans la Tête » des chercheurs

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Afin de comprendre ce qui s’agite dans la tête des chercheurs, la troupe n+1 entame une résidence en partenariat avec l’Atelier Arts-Sciences. Au programme : trois bivouacs et un spectacle en 2013.

Qu’est-ce qui se passe dans ma tête quand je gamberge sur le théorème de Goldbach, quand j’anticipe mes gestes pendant l’escalade, quand je fais mes comptes, quand je reconnais mes torts, quand j’ai un pressentiment ? Ces questionnements sont ceux de chercheurs du CEA-Leti, du GIN ou encore du GIPSA-Lab invités en juin dernier à se creuser la tête lors d’un petit exercice proposé par la troupe n+1.

Issue de la compagnie Les Ateliers du spectacle, cette troupe est composée de Léo Larroche, Mickaël Chouquet, Balthazar Daninos et Clémence Gandillot, des artistes qui s’intéressent de près ou de loin au fonctionnement de la pensée. Guidé par le directeur de la compagnie et amateur de sciences, Jean Pierre Larroche, le groupe a lancé sa réflexion courant 2009 à partir du livre de Clémence : De l’origine des mathématiques. « La jeune femme, qui vient des Beaux-Arts, a réinventé les mathématiques en mettant en question des concepts de manière ludique, explique Eliane Sausse, directrice de l’Atelier Arts-Sciences (AAS), suite à ses travaux, elle a intégré la compagnie ».

Un extrait du livre de Clémence Gandillot

S’ensuivent deux spectacles (le t de n-1 et le t-gricole), un spectacle déambulatoire, l’apéro mathématiques, créé à partir de rencontres avec des mathématiciens et Chose, un essai cinématographique sur les mouvements de la pensée. En guise de fil rouge, les mathématiques et les pensées des chercheurs, dont la troupe filme les réflexions et conserve les brouillons, pêché mignon de Léo, qui y trouve beaucoup d’idées en germe [ndlr : voir par ex ce brouillon du mathématicien Cédric Villani publié sur le blog de la troupe].

Cette année, la troupe – sans Clémence mais avec Cécile Coustillac - débute la résidence Les Pieds dans la Tête au sein de l’AAS. Elle sera composée de trois séances d’expérimentation, ou bivouacs, au GIN à Saint-Martin d’Hères (du 4 au 8 février 2013), au GIPSA-Lab à La Tronche (du 2 au 5 avril 2013) et sous une yourte au CEA à Grenoble (juin 2013). Le but de ces bivouacs : « accueillir tous les personnels qui voudront bien se prêter au jeu » et appliquer le protocole mis en place par la troupe et testé en juin dernier. Ce protocole est nommé CCMdlT (Comment Ça Marche dans la Tête ?).

La troupe va installer trois bivouacs dans des lieux de recherche scientifique

Mickaël Chouquet nous le décrit : « il s’agit d’une mise en jeu légère et ludique, un protocole d’invention autour des mécanismes de la pensée. Nous proposons à des petits groupes de chercheurs de réfléchir à une idée pendant trois fois sept minutes, selon des angles d’attaque personnels. [ndlr : les participants à la séance test ont par exemple réfléchi sur le thème de « choisir parmi »]. Pendant la première période de sept minutes, on leur demande d’associer des idées, ensuite d’en choisir une et de la développer puis dans le troisième temps, de préparer un petit exposé à faire aux autres participants ». Ces exercices permettront à la troupe d’obtenir « une collection de mécanismes de pensée, des représentations de fonctionnement de l’espace mental ». Cette recherche artistique en immersion dans un lieu de recherche scientifique donnera lieu à une création théâtrale appelée la n+1 forme (en cours) lors des Rencontres-i en 2013.

Pour Eliane Sausse, cette résidence vient à point nommé pour l’AAS, qui s’ouvre ainsi au GIN et au GIPSA-Lab, après cinq ans d’existence (1). Une ouverture thématique également inédite pour la troupe des n+1 : « ils ne travaillaient qu’avec des mathématiciens et s’ouvrent maintenant à des scientifiques qui travaillent sur le cerveau et qui ont souvent eux-mêmes des protocoles liés… à la pensée ! » indique Eliane Sausse. Mickaël renchérit : « avec les maths, nous étions dans un rapport d’observateur / objet d’étude. Avec cette résidence, nous nous inscrivons plutôt dans un rapport de partenaires de jeu ».

Pendant la visite de l'Institut des Neurosciences de Grenoble (GIN)

La séance de test qui s’est tenue au GIN, s’est accompagnée d’une visite des locaux. « Cela nous a donné envie d’utiliser les lieux et les outils comme la microscopie. Les résidences dans des laboratoires sont précieuses pour réussir à s’immiscer dans l’univers des chercheurs ». Et Eliane de conclure : « la troupe se met en danger : elle associe étroitement les chercheurs à la conception de son spectacle, tout en se basant sur un protocole – le CCMdlT – susceptible d’évoluer en cours de route ».

>> Illustrations : troupe n+1