Combler la fracture entre ceux qui savent et ceux qui aimeraient savoir

Publié par Reine Paris, le 29 avril 2013   2.1k

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Rencontre avec René Moreau, à l'occasion de la sortie de son livre, "L'air et l'eau", publié par Grenoble Sciences.

Professeur émérite à Grenoble INP, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies, René Moreau est l’auteur de L’air et l’eau : Alizés, cyclones, Gulf Stream, tsunamis et tant d’autres curiosités naturelles publié par Grenoble Sciences (EDP Sciences 2013). Ce livre propose une promenade sur Terre à tous les amoureux de la nature désireux de connaître et de comprendre les phénomènes observables dans l'air et l'eau. René Moreau explique quelle a été sa démarche en l’écrivant.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire sur l’air et l’eau ?

René Moreau : Depuis quarante ans, mes étudiants, mes collègues, mes amis, ma famille me posent de nombreuses questions, parfois autour d’une tasse de café. Dans ces moments-là, on n’a pas de crayon, on n’a pas de papier, on ne peut pas écrire d’équation, il faut expliquer avec des mots du langage courant. Je suis randonneur et lors de mes promenades en montagne, j’ai capté des conversations qui disaient ‘Ces scientifiques, on ne comprend pas ce qu’ils racontent.’ J’ai perçu cette fracture entre ceux qui savent et ceux qui aimeraient savoir. Cette fracture ne me plaît pas et j’ai très tôt développé un désir de la combler.

A qui s’adresse votre ouvrage ?

R. M. La majeure partie est accessible à des gens qui ont un bac scientifique. Il n’y a pas d’équation, mais il y a du vocabulaire. Toute technicité implique de la densité et de la précision. Mon livre est dense. Sa lecture demande un effort. Les amoureux de la nature trouveront probablement dans leur émerveillement, dans leur désir de satisfaire leur curiosité, une motivation suffisante pour fournir cet effort. Je recommande aux non-scientifiques de ne pas lire ce livre comme un roman en commençant par la première phrase et en terminant par la dernière. Ils peuvent entrer dans le livre en choisissant une image qui leur plaît, en lisant sa légende, en regardant le schéma explicatif, puis en lisant le texte. Il y a un deuxième niveau de lecture avec les encarts qui sont plutôt réservés à des personnes ayant une première culture scientifique.

A quel type de questions souhaitiez-vous répondre ?

R. M. Qu’est-ce qu’un arc-en-ciel ? Quand on en parle avec moi, on découvre qu’il y en a deux, mais le deuxième, en général, on ne le voit pas. Les tornades, les orages, pourquoi ça fait tant de bruit ? Les éclairs, d’où vient cette lumière ? Les phénomènes qui existent dans l’air et dans l’eau sont sous nos yeux. Ce n’est pas comme quand on parle des phénomènes qui siègent à l’échelle des atomes. Les photons, les électrons, ne sont pas à l’échelle de nos sens. A l’autre extrémité, les trous noirs des galaxies, eux aussi, sont hors de notre portée. Ce que l’on voit dans l’air et l’eau est à l’échelle de nos sens et si on a un peu de curiosité scientifique on se demande pourquoi il pleut, pourquoi il neige. Derrière l’apparence des choses, il y a des phénomènes que les scientifiques peuvent expliquer. Je distingue voir, regarder et observer. Voir est une attitude relativement passive. Regarder, c’est déjà être actif. Observer, c’est être méthodique.

Comment avez-vous construit votre livre ?

R. M. Je suis allé du plus global aux plus petites échelles. J’ai commencé par l’air au repos et l’air en mouvement parce que nous vivons dans l’air. L’air, c’est l’atmosphère et bien entendu, la basse atmosphère. Le rêve d’Icare dont les ailes brûlent en se rapprochant du soleil est complètement faux : la température baisse quand on va en altitude. Il faut expliquer pourquoi. Même sans prendre en compte les mouvements, il y a des phénomènes importants dans l’air, des propriétés que j’ai essayé d’expliquer. Dans une deuxième partie, je parle de l’eau. Nous ne sommes pas des poissons, mais l’eau nous est extrêmement familière. J’ai commencé par la mer au repos, puis par la mer en mouvement, les marées, les vagues. Ensuite, je décris et j’explique les fleuves et les rivières : la plupart des gens ne savent pas qu’il y a un régime fluvial et un régime torrentiel.

Il s’agit d’un pap-ebook, c’est-à-dire que votre livre est enrichi par un site internet dédié. Quelle est la valeur ajoutée de ce concept ?

R. M. Ce concept est une création de Grenoble Sciences qui a déjà été utilisée pour plusieurs ouvrages. Jean Bornarel, le directeur de la collection, me l’a proposé et l’idée m’a immédiatement plu. Comme je voulais faire un livre de vulgarisation, le site internet me permettait d’introduire des éléments attractifs qu’on ne pouvait pas mettre sur papier, c’est-à-dire des vidéos. Mon carnet d’adresses m’a permis d’en trouver. Il y a par exemple des vidéos reconstituées de tsunamis. A posteriori, à partir des données enregistrées, les gens du centre d’alerte sismique français au CEA reconstruisent numériquement un tsunami. Concernant l’air, il y a sur le site des vidéos faites à partir de photographies réalisées par des satellites géostationnaires, c’est-à-dire des satellites qui ne bougent pas à 32 000 km d’altitude. Pour ces vidéos aussi, plusieurs niveaux de lecture sont possibles. Au premier niveau, on voit des nuages qui passent au-dessus du globe. Et puis, quelqu’un de plus averti reconnaîtra, vus de l’espace, les cellules de Hadley et de Ferrel, le courant d’est équatorial, le jet stream…

>> Pour en savoir plus : Le site compagnon du livre de René Moreau

>> Source : article initialement publié sur le site de l'Université Joseph Fourier sous le titre « Derrière l’apparence des choses, il y des phénomènes que les scientifiques peuvent expliquer. »