Comment le gène CBF protège les plantes contre le gel

Publié par Varenza Ghaisandra, le 24 février 2026

Imaginez un matin d'hiver sur les hauts plateaux du Tibet. Le givre recouvre les feuilles et l'air est si froid qu'il pique la peau. Pourtant, au milieu de ces conditions extrêmes, certaines plantes restent vertes, défiant toute logique. Comment est-il possible que des êtres aussi fragiles puissent survivre à des températures capables de tuer la plupart des autres formes de vie ?

C'est à cette question qu'une équipe de scientifiques chinois a tenté de répondre dans une étude récente intitulée « Advances in Plant Response to Low-Temperature Stress ». Ils y révèlent que derrière le calme apparent du monde végétal se cache un système de défense biologique extrêmement complexe et intelligent.

Le froid : un ennemi redoutable

Les basses températures sont l'un des plus grands ennemis des plantes, car elles perturbent les processus cellulaires fondamentaux. Lorsque la température chute brusquement, les fluides à l'intérieur des cellules peuvent geler, provoquant la rupture des structures cellulaires. Les conséquences sont souvent fatales : feuilles flétries, fleurs qui ne se développent pas ou mort de la plante.

De plus, le froid ralentit la photosynthèse et réduit les rendements agricoles. Selon les chercheurs, le froid extrême est l'un des principaux facteurs limitant la répartition géographique des cultures dans le monde, représentant un défi majeur pour la sécurité alimentaire mondiale.

Les niveaux d'adaptation des plantes

Face à cette menace, les plantes ne restent pas passives. Elles disposent d'une capacité d'adaptation remarquable en modifiant activement leur fonctionnement à plusieurs niveaux :

  • Le phénotype (apparence externe) : comme l'enroulement des feuilles ou le ralentissement de la croissance pour économiser l'énergie.
  • La physiologie : comme la modification de la composition des graisses dans les membranes cellulaires pour éviter qu'elles ne gèlent.
  • Les hormones : comme l'augmentation du taux d'acide abscissique (ABA) pour déclencher le mode de survie.
  • Les signaux moléculaires et génétiques : qui constituent le centre de commande de tout ce système de défense.

Le gène CBF/DREB1 : le commandant de la résistance

L'une des découvertes les plus importantes de cette recherche est le rôle du gène CBF/DREB1 (C-repeat Binding Factor/Dehydration-Responsive Element Binding Protein 1). Ce gène agit comme un « interrupteur moléculaire » qui s'active dès que la plante ressent le froid.

Ce gène coordonne la réponse de centaines d'autres gènes pour aider la plante à survivre. Une fois activé, il :

  1. Ordonne aux cellules de produire des protéines protectrices qui empêchent le gel.
  2. Modifie la manière dont la plante stocke l'énergie et l'eau.
  3. Active des enzymes chargées de réparer les dommages causés par les basses températures.

En résumé, le gène CBF/DREB1 agit comme un commandant militaire coordonnant ses troupes cellulaires contre l'attaque de l'hiver.

La voie de régulation en amont du gène CBF, impliquant la signalisation calcique ainsi que la phosphorylation par OST1 et CRPK1, intervient dans la réponse des plantes au stress dû au froid via la régulation des protéines ICE et HOS1.

La mémoire biologique des plantes

Certaines plantes possèdent une capacité appelée « acclimatation au froid » (cold acclimation). Si elles ont déjà été exposées à des températures fraîches, leur système génétique se prépare mieux aux gelées futures. C'est pourquoi le blé des hautes altitudes peut survivre à des températures négatives, alors que des plantes tropicales comme la banane atau la tomate meurent rapidement dans les mêmes conditions.

Impact sur l'agriculture et la sécurité alimentaire

Cette compréhension des mécanismes génétiques offre des perspectives immenses pour l'agriculture. Les scientifiques espèrent utiliser ces connaissances pour développer des variétés de cultures plus résistantes au froid. Cela permettrait, par exemple, de cultiver du riz dans des régions froides comme le Tibet ou du maïs pendant les hivers canadiens. À l'ère du changement climatique, ces recherches sont essentielles pour garantir la stabilité du système alimentaire mondial.

Une leçon de résilience

Au-delà de l'aspect scientifique, les plantes nous enseignent la résilience. Face à l'adversité, elles ne paniquent pas : elles s'adaptent, ralentissent leur rythme, protègent l'essentiel et attendent le moment propice pour s'épanouir à nouveau. C'est une stratégie naturelle de survie dont nous pouvons nous inspirer pour affronter nos propres périodes difficiles.

Article rédigé par Varenza Ghaisandra


RÉFÉRENCE : Yu, Mingzhai et al. 2025. Advances in plant response to low-temperature stress. Plant Growth Regulation 105 (1), 167-185.