Demain, l’énergie : paroles de chercheurs rhônalpins

Publié par Marion Sabourdy, le 8 septembre 2015   1.6k

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Dans un livre richement illustré, les PUG nous proposent d’aborder les enjeux et résultats de recherches sur l’énergie à travers plusieurs témoignages de scientifiques locaux. Morceaux choisis.

A quelques mois de la 21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques organisée (COP21) à Paris, les PUG nous proposent avec « Demain, l’énergie » un livre clair et intéressant sur des questions parfois difficile à appréhender.

Et plutôt que d’en rester à des considérations générales – souvent anxiogènes – ce livre, écrit par Béatrice Méténier, propose de très nombreux témoignages ou citations concrets de scientifiques locaux (grenoblois mais aussi lyonnais, annéciens, chambériens et stéphanois) réunis dans la Communauté Académique de Recherche Energies Rhône-Alpes (ARC-4). En effet, "plus de 60 laboratoires de recherche [sur] les 4 sites universitaires de Rhône-Alpes, rassemblent près de 2500 chercheurs impliqués dans la thématique des énergies nouvelles et renouvelables".

Le regard de ces scientifiques (19 hommes et 8 femmes) est enrichi d’illustrations claires et modernes et de photo de lieux symboliques des énergies dans notre région (l’éco-quartier de Bonne et le module Canopéa à Grenoble, les barrages de Cottepens, Aigueblanche ou la retenue du Verney près de Grenoble, le glacier des Bossons et le refuge du Goûter à Chamonix, la vallée de la chimie à Feyzin près de Lyon, etc.). Si on peut regretter qu'il n'aborde pas avec équilibre tout le prisme des énergies - s'attardant davantage sur les recherches locales - il constitue un excellent point de départ, notamment pour les lecteurs de Rhône-Alpes.

Nous vous proposons ici quelques morceaux choisis, avec, réseau social local oblige, des extraits de témoignages de scientifiques grenoblois :

Nayla Farouki

"L’inégalité énorme entre les riches et les pauvres à l’échelle du globe est génératrice de conflits, de précarité et d’un sentiment d’injustice. La distribution de l’énergie ne passe toutefois pas nécessairement par une quantité d’énergie équivalente pour chacun (…) Les besoins sont différents selon les contextes. La justice n’équivaut pas à l’égalité dans ce domaine. Il faut privilégier l’équité".

Nayla Farouki est philosophe et historienne des sciences. Elle est conseillère scientifique au CEA de Grenoble.

Jérôme Chappellaz

"Pour stabiliser le climat à + 2°C à la fin du XXIème siècle, il ne faut pas émettre plus de 800 milliards de tonnes d’équivalent carbone en plus dans l’atmosphère par rapport à la situation d’il y a deux siècles. Or nous en avons déjà émis 530 milliards. D’ici la fin du siècle, on n’a plus le « droit » d’émettre que trois milliards de tonnes d’équivalent carbone par an dans l’atmosphère, alors que nous en émettons dix milliards aujourd’hui".

Jérôme Chappellaz est directeur de recherche au CNRS et membre du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE) de Grenoble. Lire aussi "Antarctique : à la recherche de la glace « fossile »" et "Les détectives du changement climatique"

Patrick Criqui

"Les principales options [pour réduire les émissions de gaz à effet de serre] sont au nombre de quatre : l’efficacité et la sobriété énergétiques, le recours aux énergies renouvelables, le nucléaire – si l’on considère que les risques sont maîtrisables – et la capture et le stockage de CO2. Les modèles nous disent aussi que les sociétés ne sont pas dotées d’un système économique idéal et que pour changer les choses, il faut des signaux forts en termes de normes et/ou d’incitations économiques".

Patrick Criqui est directeur de recherche au CNRS. Il dirige l’équipe Edden, Economie du développement durable et de l’énergie (laboratoire Pacte). Lire aussi "Facturer les impacts sur l’environnement ?"

Daniel Quenard

"[La maison du futur] sera différente selon sa situation géographique. Une maison idéale en Bretagne, ce n’est pas la même qu’en Savoie. Elle va dépendre de la bonne exposition, du bon emplacement, d’une isolation et d’un éclairage adaptés. Grâce à une bonne étanchéité, isolation et ventilation, son besoin en chauffage sera limité sur une durée limitée. La maison du futur aura soit des capteurs solaires thermiques qui produiront de l’eau chaude, soit une installation photovoltaïque associée à une pompe à chaleur (…) Enfin, [elle] sera celle où l’on adaptera sa consommation à la production d’énergie"

Daniel Quenard est responsable de la division Enveloppe et Matériaux innovants au sein de la direction Energie et Environnement du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) de Grenoble.

Thierry Priem

"Le premier challenge est d’augmenter les performances des composants et des systèmes : comment mettre le maximum d’énergie dans un minimum de volume ? Parallèlement, il faut augmenter la durée de vie des batteries comme de la pile à hydrogène : 5 000 heures de fonctionnement sont requises, or les piles à combustible actuelle ne peuvent en assurer que la moitié. Le coûts doivent être réduits grâce à des matériaux innovants, une simplification des systèmes (…) Les infrastructures de rechargement en milieu urbain sont inexistantes (…) La réglementation est trop contraignante"

Thierry Priem est ingénieur au CEA, au sein de la direction scientifique du Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles (Liten). Lire aussi "Paxitech : piles à hydrogène pour nomades connectés"

Christian Lallement

"Un des objectifs principaux du projet de modernisation Renouveau mis en œuvre par EDF vise à augmenter la souplesse des installations hydrauliques grâce à la rénovation des systèmes et à un plus grand recours à l’intelligence artificielle dans leur fonctionnement, leur exploitation et leur maintenance. Ce projet, qui fait largement appel aux nouvelles technologies, est piloté depuis Grenoble dans une structure qui associe près de 200 personnes (…) Au final, entre 2012 et 2018 (…) EDF aura développé en Rhône-Alpes une capacité de production supplémentaire pour un investissement de l’ordre de 600 millions d’euros"

Christian Lallement est ingénieur et directeur Eau, Titres et Environnement à l’unité de production Alpes au sein d’EDF. Lire aussi "Cent ans après, sur la basse Romanche…" et "Retour sur la visite de la centrale hydroélectrique du Cheylas"

Florence Lambert

"Je crois beaucoup à la distribution de l’énergie avec une convergence entre l’habitat et la mobilité. Les maisons ou groupes d’immeubles seront aussi des stations locales de production d’énergie grâce à de nombreuses technologies. Et ce, dans un mix énergétique où l’on sera capables de passer des électrons à l’hydrogène, à la chaleur, par l’intermédiaire de réseaux pilotables facilement grâce [par ex. à] des tablettes. Cette énergie sera en convergence avec celle qui va servir à nous transporter"

Florence Lambert est directrice du Liten et chef de projet du plan industriel Autonomie et Puissance des batteries, validé en mars 2014 par le gouvernement français.

Nouredine Hadjsaid

"Les smart grids sont les premiers facilitateurs de la transition énergétique. Il s’agit d’un ensemble de technologies qui se proposent de répondre à la question posée : comment aller plus loin dans l’intelligence des réseaux, à tous les niveaux ? Cela implique de disposer de capteurs intelligents, aux bons endroits, capables de restituer une visibilité parfaite en permanence, pour mieux piloter le réseau. Cela suppose que l’information rapatriée en masse soit traitée automatiquement. Cela demande d’installer des protections intelligentes contre les défauts ou incidents qui peuvent survenir"

Nouredine Hadjsaid est professeur des universités à Grenoble INP – Ense3, au sein du laboratoire G2ELab. Il est en charge de la chaire d’excellence ERDF Smart Grids et président du comité scientifique Smart Grids France. Lire aussi "Une boîte qui rend les bâtiments intelligents"

>> Crédits : Aurélie Bordenave pour les PUG, AMCSTI, CNRS, Echosciences Grenoble, Christophe Huret pour les PUG , Hannover Messe 2009, Christophe Huret pour les PUG, L'Usine nouvelle, vidéo de Michel Deprost