Dérive de l'ancien monde

Publié par Jeremie Roger, le 29 décembre 2021   560

Carte du monde ancienne - Voyages - Cartes
source : reflectim.fr

2021. Article de SF écrit par Jérémie Roger , Étudiant
M2BEE.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous sommes en 2350 et deux catégories d’humains répartis inégalement sur la planète : une caste dominante privilégiée évoluant dans un environnement écologiquement stable qui vit sur le labeur d’une population productrice et nourricière assujettie ?

Au 20ième siècle, toute la société reposait sur des énergies produites grâce à des combustibles issus d’hydrocarbures provenant de la décomposition de matière organique existant depuis des millions d’années. Ce fluide, appelé pétrole, était transformé et utilisé pour tous les déplacements des personnes et des marchandises. Il servait également à la composition de matériaux synthétiques comparables à nos bioplasts. Ces matériaux s’érodaient comme la roche en sable et en poussière. Ils s’insinuaient dans tout ce qui existe ; des nuages aux cellules composant tous les êtres vivants. Ce liquide fut le premier facteur de la réaction en chaine qui fit ce que nous sommes. Par la production de méthane et de dioxyde de carbone, il fut le principal déclencheur des changements climatiques globaux dont l’humanité prit réellement conscience au 21ième siècle. Sa disparition, après leur surexploitation, ne changea rien au cycle déjà amorcé.

Des scientifiques s’étaient pourtant réunis à maintes reprises en groupe d’étude afin de prévenir et de réduire ces changements, avec des solutions sociales acceptables et au bénéfice de la biodiversité, alors en fort déclin. Ce groupe d’étude publia plusieurs rapports jusqu’en 2025. Il proposait des voies politico-sociales à l’échelle mondial avec différents scénarii de déclin qui engendreraient ou non des améliorations environnementales. La solution la plus résiliente était une entraide totale entre les pays, un partage collectif et solidaire des ressources minérales, alimentaires et médicales, une utopie bien sûr ! Les états qui en avaient les moyens mettaient des mesures en places pour contenter l’opinion public, sans consultation et cohérence mondiale. Ils contribuèrent largement à ce que l’on nomma à l’époque le « greenwashing » qui ne servit que les bonimenteurs.

Les pays avec le plus de moyens arrivaient à modifier leurs infrastructures afin de diminuer localement leurs émissions et préserver leurs ressources, en sus de leur patrimoine naturel. Bien qu’ils aient interdit l’utilisation des combustibles fossiles, la culture du déplacement ne changea pas, et les véhicules à combustible furent remplacés par des transports électriques avec batteries ce qui devint la norme dans les pays les plus riches. La production des batteries nécessitait une grande quantité de de métaux rares dont l’extraction était très polluante. Leurs gisements étaient pour la plupart localisés dans des pays pauvres, endettés et souvent gérés par des gouvernements corrompus. Ces pays étaient incapables de les exploiter par eux-mêmes et préféraient vendre les concessions à des consortiums étrangers qui prélevaient leurs ressources sans recevoir la moindre contrepartie. Ils furent un à un rachetés par ces consortiums et forment nos actuelles terres privées, terres de ressources mondiales.

La gestion des médicaments et des soins médicaux devint de plus en plus dépendante des groupes pharmaceutiques qui fusionnèrent au fil des années en trois groupes mondiaux. Ces groupes ont anéantis ce qu’ils appelaient à l’époque l’organisation mondiale de la santé qui veillait à ce que la population mondiale bénéficie d’un minimum de soins médicaux. Le résultat de cette hégémonie par ces sociétés se développa en deux phases. La première débuta bien avant cette fusion : l’économie de marché faisant foi, la recherche scientifique et la production ciblaient les pays dont les malades avaient les moyens de payer. Puis, les trois groupes décidèrent ensemble de créer de fausses pénuries de médicaments pour ces pays et ne fournissaient que ceux qui payaient le prix fort. Au fil des années sous couvert de chantage, ils réussirent à supprimer les impositions tarifaires et à détruire toute sécurité sociale. Le coût général de la vie augment. Une vague d’émigration sans précédent débuta : les citoyens voulant garantir par eux- même leurs soins de santé quittèrent ces pays où le taux d’imposition des citoyens restait trop élevé après le démantèlement des assurances maladies d’état.

La croyance des peuples que l’appauvrissement de leurs pays été lié à l’immigration s’intensifia partout dans les pays dit riches. Cela provoqua une fermeture des frontières à l’échelle de consensus continentaux de pays développés. Ce cercle vicieux nationaliste s’accentua avec le manque de ressources alimentaires et d’eau liés à l’intensification des changements climatiques

Le déclin de la biodiversité et de ses équilibres dynamiques entraina la grande épidémie tsétsé qui apparut en 2105. Comme la recherche d’un traitement était jugée non rentable dans les critères des grands groupes pharmaceutiques, cette maladie du sommeil n’a jamais été réellement pris en compte. Le réchauffement climatique entraîna une surpopulation de mouches Tsétsé et une transmission record de cette maladie : 65% de la population africaine fut touchée provoquant de nombreux morts dans une population déjà affaiblie. L’épidémie se propagea également rapidement par le réseau de transport international : toutes les régions productrices de ressources matérielles furent touchées entrainant une grande pénurie de main d’œuvre

Les consortiums souhaitaient récupérer cette main d’œuvre peu onéreuse et firent alors appel aux dirigeants des états. Les états riches décidèrent d’envoyer toutes les personnes sans travail dans les terres privées. La Chine ouvra le bal en envoyant une grande partie de sa population inactive dans les zones de productions minières africaines et aquaponiques de l’océan Indien. En échange, les consortiums privés fournissaient des matières premières à moindre coût pour les usines produisant matériaux et nourriture. L’Amérique du nord envoya les ressources dans ses usines de transformations délocalisées dans la partie sud du continent. L’Europe, ne disposant plus de secteurs primaires et secondaires depuis plusieurs décennies, ne pouvait plus subvenir au besoin de ses citoyens : elle fut obligée d’envoyer toute sa population considérée comme sous qualifiée pour continuer à bénéficier de l’apport de ressources.

L’enjeu des pays était maintenant de maintenir une main d’œuvre permanente sur les terres privées pour continuer l’approvisionnement mondial en ressources. Dans un premier temps juste pensé pour les populations riches, il a été décidé par les dirigeants des pays d’instaurer l’obligation d’un port d’implant citoyen à l’échelle mondiale pour la contrôler. Très performants, ils permettent d’élaborer des analyses complètes de l’organisme (substances toxiques, plastiques, virus, maladies, …). Pour permettre l’éradication de certains facteurs, la recherche génétique aboutit à la synthobiogenèse induite par la recherche génétique. Certains éléments de l’organisme purent être totalement recyclés ou créés. C’est comme ça que la synthobiogenèse humaine est née. Grâce à elle, nos corps fabriquent eux même leur nanobots par auto-recyclage et peuvent, grâce aux nanophotosynthétibot, produire leur propre énergie. Cette biogenèse, liée à un contrôle biocybernétique, induit notre position sociale imposée par les guides et les consortiums mais aussi nos facultés cognitives.

En sus de ces biotechnologies capables de contrôler les états de santé de chaque citoyen, les pays les plus riches soutenus par les consortiums prirent la mesure des enjeux de préserver la biodiversité, notamment, suite à la grande épidémie tsétsé. Au-delà, la dégradation des terres privées était décriée par l’opinion public et limitait la confiance des peuples envers les états et les consortiums. Des mesures de conservation et compensatoires furent mises en place. Elles furent sans surprise réalisées au détriment des occupants des terres privées. En effet, Les espaces non occupé par l’exploitation étaient alors consacrés à l’habitat et aux loisirs. Ces zones furent réhabilitées en zones sauvages exempte d’activité et de présence humaines. Les travailleurs furent obligés d’habiter sur les zones d’exploitations, conséquences profitables aux consortiums.

Le monde se décompose depuis en 3 zones : les pays avec leurs citoyens, les terres privées avec leur travailleurs et les réserves. Une situation avantageuse pour les élites : une population dans les terres privées plus productive, résistante, moins onéreuse en ressources et dépourvue de libre-arbitre. Un parfait maintien du clivage sociétal : les anciens pays riches où les gens vivent dans une bulle aseptisée écologique et les terres privées où les masses triment pour maintenir à l’équilibre ces régions réhabilitées ou préservées. Y aura-t-il un jour une réelle prise de conscience ? Ce système perdurera-t -il indéfiniment ?

Webographie

https://www.lemonde.fr/planete/article/2010/10/20/ces-multinationales-europeennes-qui-pillent-les-ressources-des-pays-du-sud_5977068_3244.html

https://lejournal.cnrs.fr/billets/transhumanisme-de-lillusion-a-limposture

https://dailygeekshow.com/pays-biocapacite-monde/

http://thomasta.com/soutien%20scolaire/sante/Les%20inegalites%20dacces%20aux%20traitements%20dans%20le%20monde.html

https://www.ladissertation.com/Histoire-et-G%C3%A9ographie/Histoire-Antique/Les-in%C3%A9galit%C3%A9s-face-aux-soins-pour-la-sant%C3%A9-207994.html

https://climate.selectra.com/fr/actualites/rapport-giec-2021

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/21144_GIEC-2.pdf