Freins buccaux comprendre les bases.

Publié par Charlotte Yonge, le 4 avril 2020   310

Xl frein classe 2

Plaidoirie pour une approche physiologique.

Un frein de langue et/ou un frein de lèvre est une membrane qui ressemble à un fil, sans innervation qui n’a pas dégénéré dans la vie intra-utérine. Tout le monde a un frein. La seule question à se poser est de savoir si le frein est suffisamment serré pour empêcher une mobilité linguale ou labiale, inhibant ainsi les capacités naturelles du bébé de s’alimenter normalement.

Les premières signes de dysfonction peuvent paraitre avec l’allaitement. Si le frein n’est pas sectionné, des problèmes au niveau de l’alimentation peuvent se manifester, notamment dans la mastication, mais cela peut également affecter la digestion, ou provoquer des tensions au niveau du thorax, des cervicales, du dos, de la respiration, de la concentration ou encore du système ORL.

Le terme en latin est ankyloglossie (glossie = la langue et ankylo = courbée mais on peut penser « ancrée » aussi). Libérer la tension crée par ce tissu connectif faisait partie intégrale des pratiques traditionnelles des sages-femmes au moins depuis que Moïse a marché sur la terre.

 

Aujourd’hui nous savons que la langue est le chef architecte de la bouche (Dr Dan Hanson de Melbourne) et que le développement maxillo-facial dépend en grand partie de comment la langue va sculpter la mâchoire et le palais. La langue est responsable du bon drainage de la trompe d’Eustache à chaque déglutition et de l’élargissement du palais avec la croissance crânienne. Nous savons également que les cervicales 0 à cervicale 3 sont connectés à la mâchoire et à la langue.

Ce qui expliquerais que beaucoup d’individus souffrent de maux de têtes inexplicables, de migraines, bruxisme, apnée du sommeil, ronflement, troubles de la digestion, reflux, mal de dos, malocclusion, avec des aspects du visage asymétriques y compris des yeux, simplement parce qu’on n’a pas évalué la mobilité de la langue à la naissance.

En outre, les signes visibles comme les asymétries dans la boite crânienne et le visage sont des signes clairs de tensions intérieures.

La médecine n’enseigne pas les praticiens à reconnaitre ces signes pourtant clairs lorsqu’on sait quoi chercher. Selon le Docteur Kaplan de Boston, (formateur spécialiste dans l’évaluation et traitement des freins buccaux chez les nourrissons) toutes les fentes palatines et labiales impliquent systématiquement des freins linguaux, mais à la naissance, personne ne pense à regarder sous la langue lorsqu’une fente palatine ou labiale se présente. Il faut savoir qu' une fente peut cacher un frein !

Ce n’est que des années plus tard que les dentistes pédiatriques spécialisés dans les freins buccaux ont pu faire le lien entre l’état de la mâchoire due à un frein non détecté et une fente palatine ou labiale à la naissance.

Aujourd'hui, plus les études sur les freins buccaux sont menées et des répercussions sont notées, plus les praticiens ont accès à des conférences, des recherches publiées et des formations, plus les freins les plus sévères sont sectionnés à la naissance.

 

La frenotomie est la section d’un frein, aux ciseaux tandis que la frenectomie est l’ablation d’un frein, au laser de nos jours.

Les freins postérieurs, les moins visibles, seront mise en évidence au travers d'une évaluation de fond, généralement si la maman constate des difficultés d’allaitement qui ne sont pas de l’ordre de la position, de la prise du sein ou de la gérance de l’allaitement.

La question qui se pose, vue que tout le monde a un frein, est de savoir comment évaluer si oui ou non un frein est suffisamment serré pour avoir un impact sur les fonctions normales de la langue, de la mâchoire, du processus d'alimentation, sur la fonction respiratoire, et sur la croissance.

Le corps va compenser pour les tensions non résolues. Ce qui devient problématique, en grandissant, pour les individus concernés. Il est important de traiter les tensions, s’il s’agit d’un frein ou simplement de la colonne vertébrale ou de structures mal alignées, le plus tôt possible afin d’éviter les effets au long terme et les nombreuses souffrances associées. En effet, il est toujours plus agréable de grandir libre de tension !

 

Deux outils d’évaluation de mobilité linguale ont été approuvés. Ces deux outils servent à évaluer la mobilité linguale et l’aspect des freins, même si la mobilité reste prioritaire dans une évaluation.

Ces deux outils d’évaluation sont le ATLFF de Dr Alison Hazelbaker créé en 1993 et mis à jour en 2010 (traduit en français) et le « Protocol d’évaluation des Frenums Lingual Pour Nourrissons » de Roberta Martinelli qualifié en 2016.

Ces outils affectent un score. Combiné avec l’historique de la mère, l’évaluation de la gérance de l’allaitement et du déroulement de l’allaitement, le score de mobilité et l'aspect permettent une évaluation fiable de l’impact des freins sur le processus de l’alimentation.

L’utilisation de ces outils est très simple, ne prend qu’une ou deux minutes, et les mouvements sont souvent pris pour un jeu par le nourrisson.

Ces outils sont accessibles à tous, en ligne. (N’hésitez pas à demander une évaluation complète de la mobilité linguale et des freins avec l’un de ces outils avant de décider si oui ou non un frein affecte la mobilité de la langue et mâchoire).

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, jeter un coup d’œil sous la langue ne suffit pas pour évaluer si oui ou non un frein affecte les fonctions normales de la langue et/ou de la mâchoire. Toutefois, il existe quelques aspects des freins qui sont flagrants :

 

            En stimulant l’ouverture de la mâchoire, observez si la langue sort ou se rétracte. Lorsque le bébé ouvre grand sa mâchoire, la langue doit sortir de la bouche et s’étendre au-delà de la lèvre inférieure.

Ce qu'il faut comprendre c'est que pour téter le bébé doit sortir sa langue. Si la langue est ancrée au plancher buccal, la langue va se rétracter à chaque fois que le bébé baisse sa mâchoire et donc pour pouvoir sortir sa langue, il serait obligé de fermer au moins partiellement sa mâchoire.

C'est pourquoi, lever la langue au palais avec la mâchoire grande ouverte lorsqu’un enfant déglutit ne serait pas possible pour un bébé dont les tissus connectifs empêchent ces mouvements.

Ce qui nous amène à observer un problème fréquent chez ces bébés : ils avalent de l’air pendant la déglutition car l’effet ventouse est cassé . D'ailleurs le bruit peut être audible, « tchk, tchk ».

D'où l’importance et la nécessité d’observer une tétée lorsqu’une mère consulte pour les problèmes de digestion chez son bébé. Si un bébé doit entrefermer sa mâchoire pour téter, il va pincer le bout du sein et va se fatiguer vite, luttant contre la tension, sans parler de la maman qui souffrira. Plus tard pour mastiquer correctement, la langue aura besoin d’une grande mobilité pour travailler les aliments dans la bouche.

           

            Un autre signe est un sillon dans le bout de la langue lorsque la mâchoire est grande ouverte ou lorsque le bébé tente de sortir sa langue. Cela montre que quelque chose tire ou ancre la langue vers le plancher buccal. Souvent le bruit de cassure de l’étanchéité est audible.

Si l’effet ventouse, que la langue est censée effectuer sur le sein, est cassé à chaque fois que le bébé baisse sa mâchoire pour téter, c'est qu’il y a de la tension. Si la tension est dans les cervicales ou due à un frein de langue, une classification unifiée existe, divisant la position du frein sous la langue en classe 1, 2, 3 ou 4 en partant du bout de la langue (la classe 1 étant le plus grave).

 

Cependant la classification du frein n’est pas la plus importante, il faut d'abord savoir déterminer si le frein est antérieur ou postérieur.

            De nos jours, les freins antérieurs, les plus flagrants, ceux qui crèvent les yeux, seront dans le meilleur des cas, identifiés à la naissance et sectionnés toute de suite. Du moment que la membrane est sectionnée jusqu’à ce qu’une grande forme de losange paraisse et que les tétées sont suffisamment fréquentes, la langue développera très vite la mobilité qu'elle est censée avoir.

           

 

            Ce sont les freins postérieurs, les classes 3 et 4 qui posent un problème :

Lorsqu’on se retrouve avec un frein postérieur, il faut savoir si l’immobilité de la langue et de la mâchoire est vraiment due à ce frein ou si c’est simplement les structures qui peuvent être mal alignées, coincées ou un nerf crânienne comprimé, par exemple, etc...

On ne peut pas savoir si oui ou non ces freins postérieurs affectent le bon fonctionnement des structures sans relâcher des tensions par une chiropracteur pédiatrique d’abord !

 

Un facteur qui contribue à la mobilité optimale, assurée par l’absence des tensions chez le bébé à la naissance, est le non interruption du contact peau à peau avec la mère les premiers 8 – 24h.

Un projet de naissance peut assurer la non séparation jusqu’au lendemain pour la prise des mesures et pesé du bébé. Tous les autres soins peuvent toujours être faits sur le corps de la mère.  Les chances qu’un bébé tète fréquemment et efficacement sont nettement plus élevés si le contact peau à peau n’est pas interrompu. Une mère sera nettement plus consciente des besoins de son bébé si elle le garde en peau à peau sans interruption les premiers 8 – 24h. Un bandeau à l’élasthanne porté par la mère, par exemple, assurera que le bébé reste en sécurité sur le corps de la mère durant ces premières heures.

 

Un outil développé par les chiropracteurs soucieux de la mobilité linguale et des structures responsables dans le processus d'alimentation existe : Il revient à des jeux de langue pour le bébé.

Ces exercices qui entrainent une meilleure mobilité linguale, et une musculation de la langue, sont à pratiquer deux minutes ou moins, à chaque change de couche, environ 6 fois par jour.

Ces exercices sont agréables pour les deux parties, le bébé et ses parents. Ils peuvent être appris facilement par un certain nombre de consultantes en lactation formatrice ou formées dans la question des freins buccaux des nourrissons.

Attention : ces exercices adaptés remplacent le fâcheux conseil que de nombreuses mamans reçoivent et qui consiste à frotter ou appuyer sur la plaie à vif. Ces recommandations erronées laissent les bébés et mamans traumatisés !

Les sites web de La Leche League France et Allaitement Pour Tous sont les deux sites francophones qui proposent les informations les plus étendues sur la question des freins buccaux des nourrissons. Environ 50% de la réussite d’une frenotomie ou frenectomie est réalisée lorsque les bébés bénéficient de ces exercices pré-frenectomie. 

 

Charlotte Yonge, consultante en lactation IBCLC. Formatrice en freins buccaux des nourrissons.

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Funding The author(s) received no financial support for the research, authorship, and/or publication of this article