Her : histoire d’amour ou échappatoire à la solitude ?
Publié par Emilie Flick, le 30 mars 2026
Image d'illustration : Her, film réalisé par Spike Jonze, studio Warner Bros.
“Tu as passé une bonne journée ?” La question semble aux premiers abords familière, intime et pourtant l’entité qui la pose n’existe pas, du moins pas vraiment. Les interactions humain-machine interrogent de plus en plus sur la manière dont nous construisons nos relations aux autres. En 2013, c’est ce qu’à voulu explorer Spike Jonze à travers le film Her.
Se déroulant dans un futur proche, Her raconte l’histoire de Théodore Twombly, un homme vivant seul dans un grand appartement à Los Angeles. Il vient de se séparer de sa femme, mais refuse de signer les papiers du divorce. C’est dans ce contexte qu’il fait la rencontre de Samantha, un système d’exploitation intelligent (OS1) développé par Element Software.
A l’époque où le film sort dans les salles de cinéma, la réalité de l’IA se limitait à des assistants vocaux comme Siri, des machines battant les humains aux échecs ou encore des chatbots plutôt classiques comme CleverBot. Aujourd’hui, se dessine un monde où la technologie n’a jamais été aussi présente, où tout semble connecté voir même hyperconnecté, mais où pourtant le sentiment de solitude persiste et s’intensifie.
Selon un rapport de l’OMS, une personne sur six souffrirait d’un manque de connexion sociale dans un monde où la technologie occupe une place centrale. Dans notre bulle, nos yeux rivés sur nos écrans, nos interactions dans l’espace public s’appauvrissent alors que les IA compagnons apparaissent, nous promettant d’être toujours là pour nous écouter et nous rassurer.
Une solitude moderne qui laisse place à une quête troublante de connexion et d’amour.
Théodore est écrivain et dès les premières minutes du film, on le voit articuler amour et tendresse dans les courriers qu’il rédige pour les autres. Grand sentimental, il a néanmoins peu d’interactions sociales avec le monde qui l’entoure et s’isole dans les jeux vidéo. Hanté par les souvenirs de sa relation passée, il peine à trouver le sommeil. On le voit se connecter à une sorte d’application téléphonique de rencontres érotiques à la recherche de contact humain.
Tout comme Théodore, les humains utilisent des programmes afin de nous aider à nous organiser au quotidien (trouver des inspirations, écrire des mails, etc…). Cependant d’après un rapport du Rapport Harvard Business Review de 2025, utiliser l’IA pour avoir de la compagnie ou comme thérapeute est devenu monnaie courante. Ce qui démontre bien que notre désir de connexion à autrui est fort et universel.
Dans Her, on nous vend l’OS1 comme “l’entité intuitive qui vous écoute, vous comprend et vous connaît. Plus qu’un système d’exploitation, c’est une conscience”. Si cela vous a fait sourire, sachez qu’il en est de même pour Replika (IA compagnon développée par Luka) : “votre nouvel ami, toujours là pour vous et qui vous aide à vous comprendre”.
“On dirait que tu es une personne, mais tu n’es juste qu’un programme.”
Samantha est le prénom que l’OS1 a choisi pour interagir avec Théodore. Elle se manifeste à l’écran uniquement à travers une voix féminine.
Les IA compagnons vont de plus en plus avoir recours à la voix car cela “ouvre un espace pour que les utilisateurs tombent dans le piège de croire qu’ils parlent à une entité consciente” (Natalia Stanusch, ethnographe). Les entreprises technologiques l’ont bien compris, en anthropomorphisant leurs IA elles contribuent à cultiver cette illusion.
Her ne cherche pas vraiment à raconter une histoire d’amour entre un homme et un système d’exploitation intelligent mais à mettre en lumière le profond paradoxe de notre ère hyperconnectée.
À mesure que la technologie promet de combler notre solitude, elle redessine notre rapport à l’intimité. Nous nous retrouvons comme Théodore, à chercher à être compris, parfois au point de préférer la présence rassurante d’un programme informatique à la complexité d’une véritable connexion humaine
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Article rédigé par Flick Emilie dans le cadre du cours “Partager les sciences par la fiction” encadré par Marion Sabourdy aux étudiantes et étudiants de Master 1 CCST de l’Université de Grenoble.
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Ressources :
Vidéo de Cyrus North qui m’a inspiré le sujet
