Hexagone : l'envers du décor
Publié par Louise Charles, le 11 janvier 2026 31
Résumé :
L’enquêtrice Pasaloma part à la recherche de la fameuse particularité que cache le théâtre l’Hexagone. À première vue, il ressemble à un théâtre comme les autres. Pourtant, ici, l’art et la science se rencontrent, alors qu’on les imagine souvent comme deux mondes séparés.
Armée de son éternel chapeau et de ses lunettes rondes, elle part découvrir l’envers du décor de cette fameuse scène nationale Art-Sciences. Son enquête vise à comprendre quelle place la science peut avoir dans le spectacle vivant. Va-t-elle réussir à percer ce mystère ? Une enquête qui nécessitera de gravir des montagnes.
Personnages :



Décor :
L’envers du décor de l’Hexagone : ses bureaux, couloirs, coulisses et sa salle de spectacle.
ACTE I : DECOUVERTE D' HEXAGONE
SCENE I : Scène nationale
Bureau de l’Hexagone, entouré d’affiches et de programmes de spectacles. Pasaloma arrive, carnet à la main. Ses yeux reflétant son interrogation, elle était bien décidée à découvrir ce qui rend ce lieu particulier.
PASALOMA. Bonjour Cécile ! Vous travaillez ici depuis longtemps, n’est-ce pas ?
CECILE. Oui, vingt-deux ans déjà ! Mais je préfère rester dans l’ombre, derrière la scène, pour que tout fonctionne pour le public.
PASALOMA. Et comment êtes-vous arrivée à Hexagone ?
CECILE. Mon parcours est un peu atypique… Littérature, philosophie, mathématiques, un goût pour le théâtre et le cinéma, puis un Master en administration des arts en Angleterre. Après des stages dans le milieu culturel et un passage au théâtre Orion à Saint Egrève, j’ai rejoint l'Hexagone.
PASALOMA. J’ai entendu dire que l'Hexagone était une scène nationale, est-ce vrai ?
CECILE. Tout à fait ! Depuis 1950, 78 scènes nationales ont été créées pour décentraliser la culture et toucher tout le territoire. Le label nous reconnaît officiellement et permet un financement, mais implique aussi des obligations.
PASALOMA. Quelles obligations ?
CECILE. Une présence active sur le territoire avec des actions pour le public, le soutien à la production contemporaine et une activité pluridisciplinaire ! Nous veillons aussi à ce que les spectacles soient accessibles au plus grand nombre.
PASALOMA. Donc l’Hexagone n’est pas seulement un lieu où l’on montre des spectacles…
CECILE. Non, c’est un lieu qui accompagne leur création et qui les fait grandir. Nous soutenons des projets dès leur naissance, parfois même avant qu’ils n’existent vraiment.
SCENE II : Culture ? Sciences ?
Pasaloma feuillette un programme, intriguée.
PASALOMA. Quand on parle de théâtre, on pense souvent à la culture… Mais pourquoi parle-t-on aussi de sciences ici ?
CECILE. Parce que le théâtre, comme la science, est un lieu de recherche. Les artistes observent le monde, posent leurs questions, testent différentes manières d’y répondre. Les scientifiques font exactement la même chose, mais avec d’autres outils.
PASALOMA. Donc un metteur en scène serait un peu comme un chercheur ?
CECILE. Oui. Tous deux avancent sans certitude, expérimentent, échouent parfois, mais recommencent toujours. Ce qui est commun à l’artiste et au chercheur, c’est l’imaginaire. Tous deux en ont besoin pour créer.
PASALOMA. Quand on parle de sciences, j’imagine des chiffres, des graphiques… Mais ici, je n’en vois aucun.
CECILE, en souriant. Heureusement, on a laissé tout ça pour les experts. Même si le théâtre s’appuie sur des réalités scientifiques, il ne les expose pas brutalement. On les transforme en situations, en personnages, en récits émotionnels.
PASALOMA. Sans chercher à donner une leçon comme à l’école ?
CECILE. Exactement. On n’a pas pour but de moraliser, mais plutôt de sensibiliser et de permettre au public de ressentir les enjeux. La scène devient un lieu où l’on partage une question, pas une réponse.
Surprise et fascinée, Pasaloma baisse les yeux et note fébrilement quelques mots dans son carnet : “ le but n’est pas d’apprendre mais de questionner”
Une fois sorti de la salle Pasaloma se dirige vers les toilettes mais une conversation lointaine l’interrompt.
ACTE II : UNE SALLE ? HORS LES MURS ?
SCENE I : Objectif de diversité du public
Dans une salle des coulisses de la scène, Pasaloma retrouve un groupe de personnes. Ce sont des artistes et des scientifiques qui discutent. Elle entre dans cette salle où sont étalés des croquis, des ordinateurs, des schémas, des costumes … Un mélange de désordre créatif et d’outils scientifiques.
PASALOMA, s’approchant du groupe. Alors… vous aimez le théâtre monsieur ?
JEROME. Oui, énormément.
PASALOMA. Et pourquoi ici, précisément ?
JEROME. Parce que c’est un lieu vivant. Les artistes, les scientifiques, le public… tout le monde se croise et collabore ici.
PASALOMA. Mais certains publics restent à l’écart… ceux qui n’ont jamais osé pousser la porte d’un théâtre, ceux qui n’y connaissent rien ou ceux qui viennent de loin, par exemple.
JEROME, pensif. Exact. Alors on va à leur rencontre. Le théâtre doit sortir pour exister, aller à la rencontre du public hors les murs. Être dans les quartiers, dans la rue, partout où il peut toucher les gens.
PASALOMA. Une scène nationale… sans frontières, alors ?
JEROME, souriant. C’est tout à fait ça. si vous êtes curieuse posez donc vos question aux autres.
SCENE II : Un projet concret : Expérimenta
PASALOMA. Bonjour à tous ! Jerome m’envoie, alors c’est ici que la science rencontre l’art ?
UN ARTISTE. Oui … Enfin, c’est un peu plus subtil que ça ! On échange des idées, on teste des manières de faire. On vient souvent avec une idée artistique mais on n’a pas toutes les clefs en main pour la réaliser ou la comprendre.
UN SCIENTIFIQUE. C’est là qu’on entre en scène ! Nous apportons les données scientifiques pour que le projet se développe. Il arrive aussi que ce soit nous, les scientifiques, qui venions avec une idée. C’est ce qui a donné lieu au projet Expérimenta.
UN ARTISTE. Et oui ! La science inspire mais c’est l’imagination qui dirige.
Pasaloma se promène dans cette grande salle, elle entend des conversations animées, de la musique. Quelqu’un l’interpelle, c’est le scientifique de tout à l’heure.
UN SCIENTIFIQUE. Vous savez ce projet Expérimenta, ça vient d’une collaboration entre le CEA et la scène Art-sciences. Le CEA c’est le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives. L’artiste est mis en relation avec des spécialistes ou des données si le projet à besoin d’un éclairage technique. Mais nous n'imposons rien, l’artiste garde sa liberté. C’est une collaboration.
UN ARTISTE. Moi, par exemple, j’ai un projet sur la mort, et j’avais besoin d’en savoir plus
UN AUTRE ARTISTE. Moi, je suis beatmaker, j’avais besoin d’un outil pour pouvoir composer un morceau en direct sur scène sans avoir besoin de mon téléphone en permanence.
Pasaloma continue sa promenade, elle tombe sur Léa.
PASALOMA. J’ai appris que vous organisez Expériementa, un événement qui combine parfaitement Art et Sciences !
LEA, riant. Parfaitement je ne sais pas mais nous essayons ! Expérimenta est un événement qui dure un mois en biennal. Nous essayons de l’adapter aux différentes envies de nos publics. Pour le public qui vient rarement, on propose des ateliers pratiques comme du jonglage, des impros. On fait aussi des événements hors des murs de l’Hexagone. On amène le théâtre au public.
PASALOMA. Donc Expérimenta ce n'est pas seulement montrer des œuvres, c’est aussi aller vers ceux qui ne viennent pas spontanément ici.
LEA. C’est ça, c’est aussi la volonté d’Hexagone en général. Il y a le public qui a besoin d’être encouragé, celui qui veut juste connaître le programme, ceux que ça n’intéresse pas… On adapte les formes artistiques et la science est parfois la matière de départ. Nous n’avons pas vocation à faire de la médiation scientifique mais plutôt à faire vivre une expérience.
Pasaloma sort son carnet et note : “ Un regard artistique nourri par la science. Pas de vulgarisation mais une expérience à vivre . “
ACTE III : INFILTRATION ET ANALYSE D'UN SPECTACLE
SCENE I : Le bonheur d’être spectatrice
Pasaloma passe dans un couloir et elle entend un bruit au loin. Elle s’approche, colle son oreille à la porte, hésite un peu puis entre très discrètement. Elle se trouve alors dans une salle de spectacle. Sur scène, une pièce de théâtre est en train d’être jouée. Elle s’assoit sur un fauteuil à côté d’une vieille dame.
PASALOMA, chuchotant. Excusez-moi, je viens d’arriver, de quoi parle cette pièce de théâtre ?
LA VIELLE DAME, à l’oreille de Passaloma. Ça s'appelle “Mort d’une montagne”. C’est une histoire sur les dangers de la montagne, racontée à travers plusieurs personnages. Je suis persuadée que vous allez aimer, ça vient de commencer !
PASALOMA, en souriant. Merci !
Pasaloma s’installe confortablement et regarde la pièce de théâtre.
La dernière scène se termine, dans les applaudissements du public.
LA VIELLE DAME. Alors, vous avez aimé ?
PASALOMA. Oui beaucoup, je ne pensais pas être autant absorbée. L’histoire m’a complètement emportée. La pièce était très narrative et je m’imaginais tout ce qui se déroulait. Le temps est passé sans que je m’en rende compte. J’ai vraiment adoré.
LA VIELLE DAME, en souriant. La première fois que j’ai assisté à une pièce ici, j’ai été vraiment surprise. Pour moi, faire ressentir, c’est la meilleure façon de transmettre un message.
PASALOMA, songeuse. Oui … On ne m’a rien expliqué et pourtant j’ai compris ! *Après un moment* Comme quoi ressentir, ça nous fait réfléchir.
SCENE II : Observations, analyse de terrain et conclusion
De retour à son bureau, Pasaloma remplit son carnet de laboratoire. Elle fait ce qu'elle sait faire de mieux en tant que chercheuse : utiliser la démarche scientifique. À partir de ses observations de terrain, elle formule des hypothèses, analyse ses données et tente de répondre à sa problématique.
Titre de l’affaire : Hexagone, scène nationale
Date : Mardi 25 novembre 2025
Hypothèse : La scène Hexagone a une certaine particularité, elle allie art et science. La science y est utilisée comme un outil de création, mais sans pour autant en faire de la vulgarisation.
Matériel : Carnet, stylo, lunettes rondes et chapeau.
Méthode :
- Rencontre du personnel d’Hexagone : noter leur nom, interrogation sur leur métiers, parcours
- Exploration des lieux : identifier d’autres acteurs, metteurs en scène et scientifiques.
- Observation d’un spectacle : assister à la représentation pour analyser comment l’art et la science se rejoignent.
Discussion :
Hexagone est une scène nationale qui à la particularité d’avoir un axe de programmation dédié au dialogue entre art et science. Le théâtre ne se limite pas seulement à sa salle de spectacle et vise à faire du théâtre hors les murs et d’aller à la rencontre de publics qui ne vont pas forcément au théâtre. C’est un lieu qui à plusieurs projets, notamment Expérimenta. Organisé tous les deux ans pendant un mois, il réunit des spectacles et des expositions pour explorer les liens entre l’art et la science. C’est un événement ouvert à tous, aussi bien aux personnes habituées au théâtre et aux sciences qu’à celles qui ne le sont pas du tout.
L’observation de la pièce de théâtre “Mort d’une montagne” m’a permis de me rendre compte de la difficulté de la vie en montagne, surtout aujourd’hui avec le réchauffement climatique, qui rend ces paysages encore plus dangereux. Mettre en lumière des vérités, sans morale, juste en mettant en faisant part de faits réels à travers des histoires. La pièce ne cherche pas à expliquer ou à moraliser, mais à mettre en lumière des réalités scientifiques à travers des récits et des émotions. On comprend par ce que l’on ressent.
Conclusion :
Les observations que j’ai menées tout au long de cette enquête confirment mon hypothèse de départ. Hexagone propose une manière différente de faire se rencontrer l’art et la science, mais également de les allier.
La science n’y est pas transmise comme un savoir, mais utilisée comme un outil pour créer. Comme dit Cécile Gauthier : “L’association art/science se fait au moment de la recherche. C’est un regard artistique nourrit d’un apport scientifique. Cela fonctionne car rien ne peut être vrai ou faux sur scène.“
Ainsi, le spectacle vivant trouve sa place dans les sciences, non pas en expliquant, mais en racontant et en faisant ressentir.
À travers sa programmation et ses projets, comme Expérimenta, Hexagone propose des spectacles autour des sciences qui touchent des publics variés et font réfléchir aux enjeux actuels.
En tant que spectatrice, j’ai adoré cette enquête, qui m’a émue et fait réfléchir. Et en tant que scientifique, j’ai réalisé que la science peut aussi être transmise autrement et notamment par les émotions et l’imaginaire. De beaux outils pour essayer de comprendre le monde.
