L‘incroyable enquête pour retrouver « Le Mystérieux Volcan du Moyen-Âge »

Publié par Aphélie Savarino, le 8 novembre 2018   360

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L’histoire de l’humanité est marquée par les éruptions de multiples volcans. Comme celle du Santorin vers 1600 avant notre ère, qui serait à l’origine du mythe de l’Atlantide, ou celle du Vésuve en 79 qui a enseveli la ville de Pompéi. Mais aussi l’éruption du volcan Tambora en 1815 qui fût l’une des plus dévastatrices de l’Histoire ou encore la plus récente du Pinatubo aux Philippines, dont les rejets atmosphériques firent chuter la température sur Terre de 0,6 °C entre 1991 et 1993.

 Vers la fin du Moyen-Âge, au milieu du XIIIe siècle, une énorme explosion volcanique a engendré une ère glaciaire sur la planète entière. Le volcan qui aurait provoqué cette explosion est resté un mystère pendant de nombreuses années jusqu'à ce que dans les années 1970, une étude de carottes de glace prélevées au Groenland, puis en Antarctique révèle cette incroyable éruption.  « L’analyse de ces échantillons de glace polaire révéla que le plus important pic de concentration en aérosols sulfatés de ces 2 300 dernières années avait eu lieu autour de 1259. Or, ce type de dépôts est caractéristique du dégazage qui accompagne une éruption explosive de grande ampleur », explique Jean-Christophe Komorowski, volcanologue à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP).

Les scientifiques du monde entier ont alors essayé d’élucider le mystère du volcan ayant causé cette ère glaciaire en se penchant sur les enregistrements climatiques. Ils  découvrent que les minuscules particules de cendre associées aux dépôts sulfatés trouvés dans les carottes glaciaires montrent que le magma est composé à 70% de silice. Cette haute concentration en silice correspond à un volcan de type explosif et non effusif, ce qui entraîne une éjection dans la stratosphère d’une grande quantité de magma sous forme de pierres ponces, de cendres et d’un mélange à haute température de gaz, de vapeur d’eau et de petites particules solides. Par ailleurs, le fait que des données aient pu être collectées aux deux pôles implique que l'événement s’est déroulé dans la région intertropicale.

Plusieurs volcans ont été suspectés d’être à l’origine de l’éruption : El Chichón au Mexique, le Quilotoa en Équateur ou le Mont Tarawera en Nouvelle-Zélande. « Bien que ces volcans étaient connus pour avoir engendré une grande éruption autour du XIIIe siècle, la composition chimique des matériaux éjectés n’était pas compatible avec celle de l’éruption mystérieuse. Le volume de matériaux éjectés dans la haute atmosphère s’avérait quant à lui insuffisant au regard de l’importance du pic de sulfates de 1259 », détaille le volcanologue de l’IPGP.

C’est alors qu’au début des années 2010 Jean-Christophe Komorowski et Franck Lavigne décident de repartir de zéro pour relancer l’enquête. Grâce à une modélisation océanigraphique et climatique, les chercheurs déterminent que l’éruption a eu lieu en 1257. Et c’est en comparant leur modélisation avec l’éruption violente du Pinatubo en 1991 qu’ils ont pu extraire encore plus d’informations sur les retombées ainsi que sur les quantités de cendres rejetées par le volcan. « Compte tenu de la quantité colossale de matière éjectée par le volcan, la chambre magmatique a dû se vider totalement, fragilisant ainsi l’édifice qui a fini par s’effondrer sur lui-même,» explique Franck Lavigne. « L’environnement actuel de notre mystérieux volcan s’apparente donc à une caldeira de plusieurs kilomètres de diamètre aux abords de laquelle se sont accumulées les pierres ponces projetées par l’explosion. » C’est ainsi qu’un portrait-robot d’un suspect idéal se dessine et s’affine.

Les chercheurs sont alors en capacité d’éliminer beaucoup de zones d’investigation, comme le continent africain qui ne contient aucun volcan de type explosif. Ils finissent par se recentrer sur l’Indonésie. C’est avec des images satellites, que chaque île indonésienne est passée en revue afin de trouver une caldeira de cette envergure. Sept édifices volcaniques sont listés comme potentiel coupable. Finalement, sur l'île de Lombok, située à quelques kilomètres de l'île de Bali, a le profil idéal : de vastes carrières de pierres ponces disséminées sur l’ensemble du territoire, une caldeira de 8 kilomètres de long sur 6 de large, celle du mont Rinjani, le deuxième plus haut volcan d’Indonésie. Les deux chercheurs Franck Lavigne et Jean-Christophe Komorowski y feront plusieurs expéditions à partir de 2012.

En 2013 l’enquête prend fin, le nom du volcan est révélé dans la revue Pnas (http://www.pnas.org/content/11...) : Le volcan Samalas.

Pour en savoir plus, je vous invite à vernir visionner le film « Le mystérieux volcan du Moyen Âge », documentaire écrit et réalisé par Pascal Guérin, produit par Kwanza, Arte France, Blink Films, en coproduction avec CNRS Images et l’IRD, samedi après-midi lors des Rencontres Montagnes et Sciences.

notes  : 

https://lejournal.cnrs.fr/arti...

https://www.liberation.fr/dire...

http://www.ipgp.fr/fr/mysterie...