Laboratoires citoyens de biohacking: réflexions éthiques et recherche scientifique

Publié par Hélène Bois, le 27 novembre 2020   270

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La biologie n’est pas qu’une affaire de chercheur.e.s, c’est ce que prouve le « biohacking » et les sciences participatives. Le biohacking est une pratique que l’on peut traduire plus simplement par « biologie participative ». Ce mouvement citoyen est au cœur de nombreux enjeux.

Guillaume BAGNOLINI, docteur en philosophie à l’Université de Tours, chercheur associé au Laboratoire des Sciences de l'Information et des Systèmes (LSIS), et fondateur de Cosciences aborde cette thématique au cours du séminaire MSH Alpes.

  

Le biohacking possède de nombreuses définitions : on parle régulièrement de « biologie de garage » ou de « do-it yourself biology » (fais toi-même la biologie). Il s’agit d’une approche de la biologie basée sur des valeurs contributives, collaboratives et qui est indépendante des laboratoires académiques ou industriels.

Dans cette conférence, G. BAGNOLINI nous propose de définir le bio-hacking sous l’angle d’une biologie réalisée dans des laboratoires ou espaces collaboratifs en France mais sans être reliée à de grandes institutions.


L'ÉMERGENCE DU BIOHACKING 

L’image des biohackers se résume souvent à des citoyens qui bricolent dans leur garage cependant certains – et les plus médiatisés- expérimentent sur eux-mêmes” explique G.BAGNOLI. 

Effectivement, des « savants fous » comme Aaron Traywick ont recours à la modification corporelle dans l’objectif d’apprendre ou de développer de nouvelles médecines et traitements pour renforcer le corps ou dans le but de transhumanisme.  Cette partie du biohacking surmédiatisée -à cause du caractère exceptionnel et risqué-  reste une minorité par rapport au reste de la communauté. 

Parallèlement à ce stéréotype se trouvent les communautés de biohackers s’intéressant à des thématiques comme l’énergie, l’alimentation ou l’agriculture et qui partagent des valeurs et une charte éthique.  

 Revenons aux prémices de ce mouvement, le biohacking dérive du « hacking », une pratique qui s’est emparée de nouvelles technologies ou autres objets techniques et les a fait évoluer grâce à du bricolage. Par la suite, grâce à ces résultats d’expérimentations, ces passionnées d’informatique partageaient leurs créations et conseils dans des revues ou des forums. A l’origine, ces regroupements ont émergé suite à une vague de mécontentement suite aux appropriations non légitimes par une élite de technologies tel que l’informatique pensées puis créées collectivement. Ils remettent en cause l’élitisme et l’appropriation des sciences en vue d’une commercialisation. Le biohacking s’inspire et fonde ses valeurs sur ce modèle et naît en 2008 à Boston (Etats-Unis) sous l’impulsion de Jason Bobe et Mackenzie Cowell.

Ce courant s’est développé en France en 2011 à Paris grâce à « La Paillasse », au départ il s'agissait d’un hackerspace partagé avec les informaticiens avant de s’émanciper dans un espace indépendant de coworking et FabLab. En 2014, le concept de La Paillasse s’exporte à Lyon. Cependant, ne s’identifiant plus à la manière de fonctionner, ce lieu changea de nom au profit de “la MYNE”. C’est dans ce lieu que G.BAGNOLINI réalise sa thèse.

G. BAGNOLINI s’est donc lancé dans ce qu’il qualifie d’une enquête anthropologique à la MYNE. Il s’est penché sur les valeurs rapprochant les membres de la structure.


LES IDEES CENTRALES DU BIOHACKING

 Dans cet espace de rencontre et d’expérimentation, l’objectif est de se réapproprier les connaissances scientifiques et les objets techniques. Les membres vont s’interroger sur des grands sujets tels que la consommation d’énergie et comment la réduire ou bien sur des objets techniques qui font polémique comme le compteur Linky. 

Il relève trois idées centrales : celle de contribuer aux communs en participant aux différents projets de la structure avec la constitution ou la construction de connaissances scientifiques et techniques, autrement dit rendre les citoyens de cet espace acteurs;  l’idée de partager des connaissances scientifiques et techniques sans se les approprier et enfin l’idée d’engagement des biohackers au sein de leur communauté. 

G.BAGNOLI ajoute l’idée que les laboratoires citoyens ouvrent également la discussion sur des problématiques éthiques et scientifiques. Les biohackers critiquent les biais de la science et souhaitent ouvrir le débat au sein de laboratoires citoyens pour permettre aux citoyens de prendre part à ces réflexions et questions de société.  

Pour conclure, le biohacking est une des pratiques de la biologie participative. Il consiste à prendre part activement à la science mais aussi à questionner les pratiques en réinterrogeant les normes d’ethos de la science mertonniennes (R.MERTON) dans les espaces non-académiques. 

Ils critiquent les biais de la science et invitent à se questionner sur les sujets de (bio)éthiques  tels que l’universalisme, le communalisme, le désintéressement et le scepticisme organisé de ces laboratoires citoyens. La réappropriation des techniques et des connaissances scientifiques par le grand public pourrait jouer un rôle dans l’apprentissage social. Cela mériterait que des liens soient tissés avec les institutions académiques pour donner naissances à des conventions contractualisées et obtenir des espaces procurant ainsi un rapprochement plus fort. La recherche en tant que telle s’en retrouverait davantage enrichie sur bien des aspects.


Article rédigé par Hélène BOIS, Lola IANNUZZI et Flavien ETHEVE, étudiant.e.s en Master 2 de communication, cultures scientifiques et techniques de l’Université Grenoble Alpes.

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