Le campus CNRS fête ses 50 ans sur la presqu'île scientifique

Publié par Celine Figueiredo, le 8 avril 2013   1.9k

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Du 10 au 13 avril, Le campus CNRS fête ses 50 ans de présence sur la presqu’île scientifique de Grenoble. De nombreux évènements et festivités sont prévus comme une l'inauguration du bâtiment Nanosciences de l'Institut Néel et des visites ouvertes à tous.

Du 10 au 13 avril 2013, le campus CNRS fêtera ses 50 ans de présence sur la presqu’île scientifique de Grenoble. A cette occasion, le bâtiment Nanosciences de l’Institut Néel sera inauguré, vendredi 12 avril par Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche. D’autres évènements et festivités sont prévus pour célébrer cet anniversaire, notamment un colloque scientifique les mercredi 10 et jeudi 11 avril et une grande journée portes-ouvertes samedi 13 avril pour le grand public : l’occasion de visiter des laboratoires de recherche du campus CNRS et de rencontrer les chercheurs, ingénieurs et techniciens de ces laboratoires.

Le CNRS : une longue histoire dans les Alpes

La délégation Alpes du CNRS gère l’ensemble du budget et des ressources humaines des laboratoires du CNRS situés dans sa circonscription. Ainsi, près de 100 personnes effectuent un travail d’accompagnement de la recherche et assurent un service de proximité auprès des laboratoires. La délégation de Grenoble a été l’une des premières « administration déléguée » du CNRS, elle fête aujourd’hui ses 40 ans d’existence.

Depuis 1939, date de création du CNRS et jusqu’en 1972, sa gestion financière se fait au sein des bureaux du Quai Anatole France à Paris : tous les actes administratifs sont centralisés. A partir des années 60, la France rentre dans une époque de croissance économique et de développement des technologies, la recherche voit ainsi s’amplifier ses moyens d’actions et ses responsabilités. L’augmentation des moyens du CNRS entraine notamment un accroissement de l’activité de soutien à la recherche. L’organisme décide alors de réformer sa structure de gestion en créant de nouveaux services, extérieurs aux services centraux et plus proche des laboratoires. C’est ainsi que sont mises en place dès novembre 1972 les cinq premières administrations déléguées (AD), dont celle de Grenoble. En 1975 la déconcentration est généralisée sur l’ensemble du territoire.

Rapidement le rôle des administrations déléguées s’accroît ainsi que la responsabilité des administrateurs délégués nommés qui deviennent ordonnateurs secondaires avec la suppression du visa a priori du contrôleur financier. Les services centraux continuent cependant de gérer les personnels chercheurs, la distribution des crédits et les constructions.

Depuis la loi de programmation et d’orientation de la recherche de 1982, le CNRS devient Etablissement public à caractère scientifique et technique (EPST). L’essentiel de la réforme de 1982 porte sur la titularisation des personnels et sur la simplification des règles budgétaires. Ces mesures auront une répercussion indirecte sur l’activité des administrations déléguées, notamment sur la gestion des crédits alloués aux laboratoires. Les missions des administrations déléguées augmentent : elles ont désormais un vrai rôle de gestion des ressources humaines avec la gestion du personnel chercheur jusqu’ici faite par les services centraux et assure la gestion des crédits, des contrats de recherche et des constructions.

Le CNRS renforce sa présence en région et institue en 1989 un délégué régional du CNRS, unique représentant de l’organisme face à ses partenaires en région. C’est la fin des administrations déléguées qui laissent place aux délégations régionales qui assurent des missions de mise en œuvre de la politique partenariale à l’échelon régional, d’appui et de conseils aux laboratoires, de gestion, de représentation de l’établissement et d’animation et de coordination de la communauté scientifique.

Afin de répondre au mieux à ces objectifs, le délégué régional s’appuie sur 9 services : affaires générales, ressources humaines, financier et comptable, partenariat et valorisation, communication, systèmes d'information, service technique et logistique, prévention et sécurité, médecine de prévention. Au regard des évolutions à venir du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche, la délégation Alpes du CNRS participera activement avec ses partenaires à la dynamique de structuration territoriale de la recherche.

Histoire des laboratoires

Arrivé en 1940 à Grenoble, Louis Néel crée en 1946 le premier laboratoire en province du CNRS : le LEPM, Laboratoire d’électrostatique et de physique du métal. Il lance de nouvelles thématiques au-delà du magnétisme. Toute la gestion administrative des laboratoires CNRS se faisait alors à Paris. En 1962, Louis Néel déménage l'essentiel des activités du LEPM sur le campus CNRS actuel. A cette occasion, Louis Weil obtient la création du Centre de recherches sur les très basses températures (CRTBT) qui développe l'accès à ces nouvelles techniques, notamment pour l'étude de la supraconductivité. C'est le début de l'extension des thématiques de recherche : magnétisme, cristallographie, électrostatique, champs magnétiques intenses et très basses températures.

Après la construction du CRTBT et l’arrivée du LEPM en 1962 sur l’actuel campus CNRS, s’ensuivent des années d’activités scientifiques en forte croissance avec l'extension des thématiques de recherche et la création de nouveaux laboratoires. Le LEPM donne naissance, selon l’expression de Néel, à « quatre rejetons » qui deviendront des laboratoires indépendants. Ainsi :

  • Le service magnétisme devient Laboratoire Louis Néel (LLN) en 1971
  • Le service rayons X : Laboratoire de cristallographie (LdC) en 1971
  • Le service des lames minces : Groupe des transitions de phase en 1971 puis LEPES en 1983.
  • Quant au service électrostatique, il deviendra un laboratoire d’électrostatique en 1971 puis LEMD en 1999 et enfin G2Elab en 2006.

En parallèle, le Service national des champs magnétiques intenses (SNCI) est créé en 1970. Il devient Laboratoire des champs magnétiques intenses (LCMI) en 1989 puis LNCMI en 2009 après avoir fusionné avec le Laboratoire des champs pulsés de Toulouse. Les derniers laboratoires créés respectivement en 1997 et 1999 sont le LPMMC et le CRETA. En 2007, l’Institut NEEL est créé. Il est issu de la fusion du CRTBT, du LLN, du LdC et du LEPES. En avril 2013, le nouveau bâtiment Nanosciences de l’Institut NEEL est inauguré.

Louis Néel : Scientifique et Bâtisseur

Ayant fait le choix de s’installer définitivement à Grenoble au sortir de la guerre, Louis Néel crée en 1946 le premier laboratoire propre du CNRS en province : le LEPM dont il assure la direction jusqu’en 1970. Ce laboratoire donne ensuite naissance aux fameux « quatre rejetons ». Le Centre de recherches sur les très basses températures, dirigé par Louis Weil, est déjà indépendant depuis 1962. En 1976, après une riche carrière, Louis Néel prend sa retraite. Médaille d’or du CNRS en 1965, Prix Nobel de physique en 1970, il est le principal bâtisseur du potentiel scientifique grenoblois. Il crée le CENG en 1956, est à l'origine des Institut nationaux polytechniques et est le premier Président de celui de Grenoble en 1970. Il est aussi l’initiateur des grands instruments européens, l'Institut Laue Langevin et l’ESRF. Louis Néel a toujours oeuvré pour le rapprochement entre les universités, les organismes de recherche et l’industrie.

Le bâtiment Nanosciences

Il a été spécialement conçu pour limiter au maximum l’influence des vibrations mécaniques et des perturbations électriques, acoustiques, thermiques, hygrométriques et magnétiques sur les expérimentations qui y seront réalisées. Financé dans le cadre du Contrat de Projets Etat-Région 2007-2013, ce nouveau bâtiment aux caractéristiques exceptionnelles et uniques en Europe permettra aux équipes de recherche du laboratoire de rester au plus haut niveau mondial dans des domaines aussi variés que l’information quantique, la cristallogenèse, la microscopie, l’optique et la nanofabrication.

L’inauguration du bâtiment Nanosciences de l’Institut Néel aura lieu vendredi 12 avril à partir de 16h, en présence de Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Enfin, afin de permettre au plus grand nombre de découvrir ce nouveau bâtiment et l’ensemble des recherches qui se font au sein des laboratoires du campus CNRS, une journée portes-ouvertes avec des visites de laboratoires est organisée, le samedi 13 avril à partir de 10h.

Samedi 13 avril – journée portes ouvertes

L'lnstitut Néel, le Laboratoire national des champs magnétiques intenses (LNCMI), le Consortium de recherches pour l'émergence de technologies avancées (CRETA) et le laboratoire de génie électrique de Grenoble (G2Elab) ouvrent leurs portes.

Le public pourra découvrir et mieux appréhender des sujets tels que la lumière, le magnétisme, les basses températures, les nouvelles énergies, les champs magnétiques intenses, les nanosciences, les champs électriques ou encore visiter le nouveau bâtiment Nanosciences et découvrir sa construction particulière.

  • 9 parcours thématiques d'1h30 – Premiers départs à 10h30 / derniers départs à 17h
  • Visite du nouveau bâtiment Nanosciences de l'Institut Néel - Un départ toutes les 30 minutes / environ 1h de visite
  • Sous chapiteau : expositions, expériences et des démonstrations

Les différents parcours

1. Les aimants les plus Puissants d’Europe

Découverte des aimants les plus puissants d’Europe capables de produire des champs magnétiques 750 000 fois plus grands que le champ magnétique terrestre. Ainsi, le LNCMI conçoit, fabrique et met à la disposition des ingénieurs et des chercheurs des aimants produisant des champs magnétiques allant jusqu’à 35 teslas nécessaires à leurs expériences.

2. Stockage d’énergie et supraconductivité

Sous forme solide, le stockage de l’hydrogène peut se faire en grandes quantités de façon sécuritaire et ses applications peuvent aller du stockage stationnaire à l’usage nomade. Différents prototypes de réservoir seront présentés. Ils peuvent couvrir des besoins énergétiques allant du Smartphone aux énergies renouvelables. Démonstration sur la supraconductivité : aimant flottant au-dessus d’une pastille supraconductrice à la température de l’azote liquide et train en lévitation au-dessus de ses rails.

3. Les très basses températures en astrophysique et le liquéfacteur

Les très basses températures permettent de disposer de capteurs de très haute sensibilité. Ces capteurs, développés au CNRS, sont utilisés dans les plateformes satellites (comme Planck) et les grands télescopes, par exemple pour l’étude du rayonnement fossile de l’Univers. Le liquéfacteur du CNRS permet l’utilisation quotidienne par les laboratoires de l’hélium liquide, afin d’atteindre les très basses températures et ainsi observer des comportements étonnants de la matière tels que la supraconductivité ou la superfluidité.

4. Les toutes petites dimensions et les états du carbone

Présentation de microscopies à l’échelle de l’atome. Microscopie à force atomique (AFM), pour faire des images des propriétés des surfaces Microscopie électronique à balayage (MEB), pour faire des images souvent étonnantes par leur beauté, de presque tout. Présentation d’études sur le carbone, un matériau aux propriétés très variées qui dépendent de sa structure : diamant, graphite… Le graphène par exemple, en plus d’être un modèle de la physique fondamentale, présente des propriétés électroniques surprenantes et prometteuses. Enfin aperçu de la recherche sur les échanges de chaleur de tout petits objets, et même de tissus vivants, grâce à des techniques issues de la microélectronique.

5. Magnétisme

Découverte du magnétisme et de ses applications : l’enregistrement magnétique (disques durs) et les progrès récents de la miniaturisation et de l’augmentation de densité de stockage ; la réalisation d’aimants miniaturisés pour de nouveaux défis, en particulier en biologie avec le tri et le transport de cellules marquées magnétiquement ; l’induction, qui permet l’élaboration de matériaux et d’échantillons, mais qui conduit aussi à l’électricité sans fil…

6. Le monde quantique

Les lois de la physique à l’échelle atomique sont décrites par la physique quantique (par exemple la fameuse dualité onde-corpuscule). Cette physique fait irruption dans la vie de tous les jours, entre autres par l’évolution de l’électronique actuelle. Découverte de ces effets quantiques en optique (optique à 1 photon) et en électronique (les Qbits supraconducteurs), conduisant à imaginer les bases d’un futur ordinateur quantique. Présentation de la microscopie en champ proche pour étudier la force de Casimir, qui montre que le vide n’est jamais tout à fait vide, ou les propriétés mécaniques à l’échelle nanométrique.

7. Jeux de lumières, cristaux et applications

Les cristaux naturels et artificiels possèdent de nombreuses propriétés optiques
intéressantes. Démonstration d’une technique pour « cristalliser » la matière et expliquer ses propriétés remarquables : changement de couleur, polarisation, fluorescence… Illustration de ces propriétés par des exemples de la vie courantes : lunettes polarisantes, cellules solaires.

8. Etranges structures et phénomènes

L’étude de la matière en haute pression permet d’approcher des conditions dites extrêmes dans lesquelles seront montrés des phénomènes insoupçonnables. Démonstration et explication de la fluorescence et de son application, notamment dans la détection de traces de sang, utilisée au sein de la police scientifique. Découverte ludique de la science des structures : comment jouer avec les espaces grâce à Fourier et comment prédire une propriété de la matière.

9. Y a de l’électricité dans l’air !

Présentation d’applications qui utilisent l’électricité de façon non habituelle : décharges électriques dans l’hélium à très basse température et générateur très haute tension pour l’étude du claquage des matériaux isolants ; séparation des gouttes d’eau du pétrole extrait des plates-formes offshore en utilisant des forces électrostatiques ; dépollution de l’eau par décharges électriques sans réactifs chimiques ; matériau polymère électroactif pour réaliser un muscle artificiel ou une microsource d’énergie électrique.

10. Bâtiment nanosciences : une construction unique et spécifique

Ce nouveau bâtiment aux caractéristiques exceptionnelles et uniques en Europe a été spécialement conçu pour limiter au maximum l’influence des vibrations mécaniques et des perturbations électriques, acoustiques, thermiques, hygrométriques et magnétiques sur les expérimentations qui y seront réalisées. Il permettra aux équipes de recherche de l’Institut Néel de rester au plus haut niveau mondial dans des domaines aussi variés que l’information quantique, la cristallogenèse, la microscopie, l’optique et la nanofabrication.

>> Pour en savoir plus : consultez le site de l'évènement

>> Illustrations : CNRS Alpes / A.Chezière