Le Jardin Dominique Villars

Publié par Gersande Lemarchand, le 29 mai 2018   1.2k

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Au cours du temps, l’être humain s’est toujours servi de son environnement pour se nourrir, confectionner des objets, se soigner, évoluer… Les plantes ont été utilisées très tôt dans notre histoire, notamment à des fins thérapeutiques. Les premières traces d’usages de plantes médicinales remontent à la préhistoire. On retrouve en effet des preuves de l’utilisation de certaines plantes aux propriétés anti-inflammatoires dans les plaques dentaires de l’homme de Neandertal. 

On observe l’usage de plantes médicinales en divers points de notre histoire, à divers endroits de la planète. On peut notamment citer les papyrus médicaux de l’Egypte antique qui ont entre autre permis de conserver certaines utilisations des plantes médicinales (les papyrus de Kahun, de Ebers et de Hearst). Les égyptiens sont peut-être parmi les premiers à avoir initié la culture de plantes médicinales, avec déjà l’utilisation de suppositoires fabriqués à partir de miel.

Le savoir accumulé autour des plantes médicinales et de leurs propriétés s’est diffusé à travers le monde. Ce savoir tantôt conservé, tantôt perdu, a subit des évolutions au travers de ses usages.

Peinture de la chambre funéraire de Sennedjem, c. 1200 avant JC (Egypte ancienne)

Les plantes médicinales tiennent toujours une place très importante dans la pharmacopée actuelle.

Le Jardin Dominique Villars permet de regrouper certaines d’entre elles, environ 200 espèces, selon leurs propriétés thérapeutiques. La présence d’un espace « Jardin Médival » permet également de se plonger dans l’usage des plantes au Moyen-Âge, époque où l’on trouve un fort mélange de médecine, magie et religion. 

La Joubarbe (du latin jovibarba, la « barbe de Jupiter ») était utilisée au Moyen-Âge pour soigner la dysenterie. On la plantait sur les toits des maisons car on pensait qu’elle éloignait les mauvais esprits et la foudre. Charlemagne ordonnait qu’elle soit mise sur les toits de ses demeures pour se protéger.

Dominique Villars, médecin et botaniste du XVIIIe siècle, portait une attention toute particulière aux plantes médicinales. Si bien qu’il créa à Grenoble un jardin botanique, qui fut déplacé à plusieurs reprises pour finalement s’implanter derrière le bâtiment « Mas de Saint-Ferjus », dans la faculté de médecine et de pharmacie.

Propriété Barral, 1780. La partie centrale du bâtiment constitue le « Mas de Saint-Ferjus »

Le Jardin reprend vie en 2014, sous l’initiative de Serge Krivobok, enseignant et chercheur à la Faculté de Pharmacie. Le jardin revêt alors un rôle pédagogique pour les visiteurs et les étudiants en médecine et pharmacie. Il permet également d’effectuer de la prévention, notamment vis-à-vis des plantes toxiques où sujettes à des confusions alimentaires, sans oublier la volonté de conserver certains points de l’histoire, particulièrement au travers du jardin médiéval. 

Bacs thérapeutiques présents dans le Jardin Dominique Villars.

Le jardin médiéval: les plantes sont réparties dans 4 carrés, selon les 4 humeurs associés aux points cardinaux. L’Est est par exemple associé au « chaud et humide » et le Nord au « froid et sec ». Si votre humeur est « froide et sèche » pour vous ré-équilibrer, on vous soignerait alors avec des plantes opposées : celles du carré des plantes chaudes et humides.

Dans le jardin, les plantes sont réparties selon leurs propriétés médicinales dans des bacs thérapeutiques, et en fonction des milieux auxquels elles sont adaptées (zone boisée pour les plantes adaptées aux milieux ombragés et humides, et milieux secs pour les plantes xérophytiques).

Troubles digestifs ? Troubles respiratoires ? Insomnies ? Ce ne sont là que quelques bacs thérapeutiques parmi la dizaine que comporte le jardin Dominique Villars.

                Les Plantes qui soignent, quelques exemples.

Le Bouillon-Blanc (aussi appelé Cierge de Notre-Dame) : il est nommé ainsi en raison de son utilisation, en effet, les fleurs sont à faire bouillir dans du lait. Il agit sur les maux de gorge, apaise l’irritation cutanée et buccale dans le cas de laryngites et de toux, par exemple.

Les molécules impliquées sont les saponines et les mucilages. Les mucilages, constitués de substances végétales visqueuses, ont des propriétés adoucissantes. Les saponines sont des molécules qui quant à elles favorisent le rejet de substances encombrant les voies respiratoires (propriétés expectorantes).

→ Où trouver le Bouillon Blanc ? Dans le bac thérapeutique des troubles du système respiratoire (ORL)

La Menthe Poivrée : elle résulte de l’hybridation spontanée entre la menthe aquatique et la menthe verte. Elle est utilisée contre les maux de têtes, les migraines et les nausées.  Elle aide également à lutter contre le mal des transports et facilite la digestion.

Attention cependant car l’usage d’huile essentielle de menthe poivrée est interdite chez l’enfant et la femme enceinte, en raison de la présence de composés neurotoxiques pouvant amener à des fausses couches et des convulsions.

→ Où trouver la Menthe Poivrée ? Dans le bac thérapeutique des troubles digestifs.

 
Pour se soigner avec les plantes, il faut avant tout bien se renseigner.

 Avant d’utiliser une plante à des fins thérapeutiques, de nombreuses précautions s’imposent.

Toutes les parties de la plante (feuilles, racines, fleurs…) ne sont pas susceptibles d’avoir les mêmes propriétés thérapeutiques. Certaines d’entre elles peuvent même se révéler toxiques. 

C’est le cas par exemple du Petit houx, aussi appelé Fragon (Ruscus aculeatus) dont seules les racines et les rhizomes sont utilisés entre autres pour traiter les problèmes de varices et de jambes lourdes, tandis que ses fruits sont toxiques.

Il faut également avoir connaissance des voies d’admissions, certaines plantes ou parties de la plante sont à usages externes, tandis que d’autres s’administrent oralement. La posologie est également un facteur à ne pas négliger. Et avant tout, il faut être certain que la plante soit bien identifiée ! 

Exemple de la Belladone : Confusion possible entre ses baies (qui deviennent noires lorsqu'elles sont à maturité) et les myrtilles, surtout chez les enfants. La consommation des baies où de n’importe quelle autre partie de la plante engendre de graves paralysies cardio-vasculaires mortelles.

Pour en apprendre davantage sur les plantes médicinales et leurs propriétés thérapeutiques, ou encore sur les plantes toxiques, vous pouvez parcourir le jardin Dominique Villars (en visiteur libre ou en visite guidée) qui est jalonné d’écriteaux explicatifs. Vous pouvez également vous rendre sur le site internet du jardin et consulter les fiches relatives aux plantes présentes. 


Quelques liens:

→ L’homme de Néandertal se soignait-il par les plantes ?

→ L'Industrie pharmaceutique (chapitre 1: Origine et Histoire de l'Industrie Pharmaceutique)