Les chroniques temporel du Rubis
Publié par Léonie Laude, le 30 mars 2026
Imaginez que votre ADN ne se contente pas de déterminer la couleur de vos yeux, mais aussi celle de votre position dans les siècles. Dans la saga Rouge Rubis de Kerstin Gier, Gwendolyn Shepherd découvre qu’elle possède le « gène » du voyage dans le temps. Elle est capable de sauter à travers les différentes époques. Vous aimeriez rencontrer la royauté du XVIIème siècle ? Pour Gwendolyn c'est chose courante.
Malgré une intrigue faites de bal d'époque et complot royaux, cette saga cache de nombreux concepts physiques fascinant et complexe.
- Le gène mutant des voyageurs
Dans l’œuvre, seuls certains individus possèdent le gène du voyage dans le temps leur permettant de voyager dans le passé. Le voyage dans le temps peut être interprété à travers le prisme de la relativité générale comme manifestation de courbes fermées de genre temps (CTC). Certaines géométries extrêmes de l’espace-temps permettent des trajectoires appelées CTC. En les suivant, un voyageur avancerait toujours vers son futur local, tout en revenant inexorablement à un point antérieur de son existence. C'est comme si l’univers pliait le temps sur lui-même. Ces boucles temporelles, permises par les équations d’Einstein, reste factices dans notre monde à nous. En physique théorique, ces courbes permettraient de revenir à un événement passé.
Mais dans la saga, le voyage dans le temps est héréditaire. Si Gwendolyn peut "glisser" dans le passé, c'est comme si son corps était capable de naviguer sur une Courbe Fermée de Genre Temps (CTC). Mais là où la science peine à trouver l’énergie nécessaire pour courber l’univers, la fiction utilise le sang et la génétique comme moteur de propulsion.
- Le paradoxe du grand-père
La saga fait intervenir un autre principe physique, le principe de Novikov : un temps ne peut pas se contredire. Ce principe affirme qu'au sein d'une boucle temporelle, tous les évènements doivent être cohérents et que les paradoxes sont impossibles. En effet, Gwendolyn ne peut pas modifier le passé, ses actions passées font déjà parties de l'histoire et sont immuables. Le passé et le futur sont interdépendant car chaque action a une conséquence dans le futur. C'est l’un des aspects les plus brillants de la saga ; Gwendolyn se croise souvent elle-même mais cela n'a pas d'impact. Dans la réalité, cela poserait le problème du « paradoxe du grand-père » : si je change le passé, j’empêche mon propre futur d’exister. Le destin ici n'est donc pas une ligne droite, mais une boucle parfaitement fermée.
- Le rôle du chronographe
En physique, même théorique, créer ou maintenir une CTC est très difficile pour différente raison, cela implique une courbure extrême de l'espace-temps, de la manière négative, ainsi que des instabilités potentiellement destructrices. Sans contrôle, le voyage dans le passé risque d'être catastrophique. L'autrice a donc trouvé un subterfuge pour sa fiction, le chronographe. Il peut être interprété comme un stabilisateur de boucle temporelle. En effet, il agit sur la géométrie de l'espace-temps, contraint la trajectoire du voyageur pour que celle-ci soit fermé et stable et peut même synchroniser différents individus dans un même voyage. Il a pour but de transformer une trajectoire naturelle (linéaire), nous qui allons tous vers le futur, en une trajectoire circulaire dans le temps ( CTC). Sans le chronographe, les forces gravitationnelles seraient immenses, la boucle pourrait s'effondrer à tout moment et les voyageurs subiraient des effets physiques extrêmes. Pour les voyageurs, cet outil permet un contrôle de la géométrie de l'espace-temps autrement inaccessible.
À travers l'histoire de Gwendolyn et Gideon, Kerstin Gier vulgarise sans le dire des concepts complexes de la relativité. Rouge Rubis nous rappelle que si le voyage dans le temps reste aujourd'hui une impossibilité technique, il n'est pas une impossibilité mathématique. Et vous si vous pouviez être un voyageur du temps, vous iriez à quelle époque ?
Article rédigé par Léonie Laude
"Article rédigé pour le cours "Partager les sciences par la fiction", dans le cadre de la première année du Master CCST de l'Université de Grenoble Alpes. Enseignante : Marion Sabourdy"
