Les armes chimiques en 14-18

Publié par Tao Saintemême, le 30 mars 2021   580

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Soldat français muni d’un revolver et d’un couteau, vêtu de l’uniforme militaire français et d’un masque à gaz. Image de 1915 colorisée. (source: commons wikimedia)


La nature, de par sa diversité, est une source intarissable d’inventions. Depuis toujours nous observons la nature et tentons d’imiter ce qui existe. Quand il s'agit de confronter un ennemi ou une proie, la nature nous présente un large éventail de possibilités. L’un des plus efficaces, autant défensivement qu'offensivement : le poison. Les animaux comme végétaux en font usage pour chasser ou se protéger.

Les armes chimiques de fabrication humaine s’inspirent de ces armes naturelles dans leur fonctionnement ou leur composition. On suppose qu’elles existent depuis toujours. Pendant la préhistoire, les chasseurs-cueilleurs ont par exemple pu utiliser du poison pour leurs flèches. Cependant on peut placer l'apparition des armes chimiques modernes, et beaucoup plus terrifiantes, dans les années 1900 avec l'arrivée de la Première Guerre Mondiale.


Ouvrier dans l'usine Bertin dans le Cher en France, prise le 21 décembre 1915.  


I. Petits rappels historiques 

  • Contextualisation 

La Première Guerre Mondiale, ou la Grande Guerre, est le premier des conflits les plus meurtriers dans notre Histoire : c’est la première guerre industrielle. Civils comme soldats sont mobilisés pour l’effort de guerre. Pendant que les hommes valides sont envoyés au front, les femmes se mobilisent pour réaliser toutes les tâches nécessaires à la vie quotidienne des populations. Celles-ci travaillent également en masse dans les usines à la fabrication d’armes et de munitions pour les envoyer aux soldats.

  • Les usines

Au début de la guerre, l'État-Major Français estimait que le conflit serait de courte durée, c’est pourquoi la fabrication d’armes et de matériel pour les soldats n’est que très peu augmentée. Suite au constat de l’étalement de combat, on réalise que la production est très loin d’être suffisante et il faut trouver un moyen d’augmenter les capacités de production. Afin de résoudre ce problème, de nombreuses usines, publiques comme privées, vont être mobilisées afin de participer à l’effort de guerre. Les usines automobiles vont par exemple rediriger leur production afin de répondre à la forte demande en obus.

  • De l’invention à la confection 

La 1ere Guerre Mondiale a été le théâtre de la conception d’un grand nombre de nouveautés en matière d’armement. La course à l’amélioration poussait chaque camp à suivre les créations de l’ennemi, et même à les utiliser, afin d’établir ou de conserver sa supériorité dans les affrontements. Parmi ces innovations, les armes chimiques ont été l’un des outils les plus puissants. En plus d’avoir une efficacité impressionnante à donner la mort à des groupes entiers de soldats, les gaz possédaient une autre vertu : la peur. Leur simple existence et leur possible utilisation terrifiaient les soldats de chaque camp et infligeait de sérieux dommages au moral des soldats déjà fatigués. L’enjeu de l’utilisation des armes chimiques était également perceptible du côté des civils, ou l’Etat-Major cherchait à diaboliser l’ennemi pour l'utilisation de telles armes, tout en tentant de faire oublier qu’ils en disposaient également.


II. Quelles armes, quelles utilisations ?

Il existe de nombreux types d’armes chimiques ayant différents effets, nous en préciserons 3 catégories, les suffocants, les sternutatoires et les vésicants. Ils ont tous des effets différents sur le corps et ont été inventés à de multiples fins. 

  • Les suffocants  

Les suffocants sont des armes chimiques généralement sous forme de gaz. Un des suffocant les plus utilisés pendant la Première Guerre mondiale est le Dichlore. Il se présente sous la forme d’un gaz jaune-vert qui sent très mauvais. Il a pour effet de réagir avec l’eau présente dans les muqueuses et par réaction chimique de créer des acides qui vont attaquer les tissus. Lors de son utilisation durant la Première Guerre mondiale, il a fait 5000 morts et 15000 blessés, qui ont eu des séquelles à vie. 

Dessin illustrant la préparation du chlore (common wikimedia) 

  • Les sternutatoires

Les sternutatoires sont des gaz généralement utilisés en complément avec d’autres gaz, ils servaient à forcer les soldats à enlever leurs masques à gaz et ainsi à respirer les autres gaz auxquels ils étaient mélangés. Le Trihydrure d’arsenic par exemple, était souvent utilisé dans les obus chimiques, il était diffusé sous forme d’aérosol assez fin pour pouvoir passer les masques à gaz de l’époque, il causait lors de son inhalation toussotement, éternuements et vomissements forçant ainsi les soldats à retirer leur masque. D’autres versions de ce gaz avec des effets plus puissants ont plus tard été développées, avec des effets allant de cloques à des vomissements incontrôlables.

  • Les vésicants 

Les vésicants sont des armes chimiques qui étaient utilisées afin de provoquer de graves blessures au contact de la peau, le gaz moutarde par exemple provoque des brûlures chimiques après un contact avec la peau ou les yeux. L’exemple le plus connu est l’ypérite (aussi appelée gaz moutarde), qui peut causer hémorragies internes, externes qui mènent à des œdèmes pulmonaires qui mettaient environ 1 mois pour tuer ceux ayant eu la malchance d'inhaler ce gaz. Une des particularités du gaz moutarde est qu’il n’est pas nécessaire de l'inhaler pour en subir les effets. Il peut tout simplement se déposer à un endroit , tout en continuant d’être un danger pendant des dizaines de jours. Un simple contact peut être suffisant pour en subir les effets. 


III. L’utilisation des armes et les effets sur les soldats

  • Les protections utilisées

Dans les tranchées, les masques à gaz étaient utilisés pour lutter contre les gaz. Mais selon les gaz utilisés, les masques n’étaient pas efficaces, l'ypérite par exemple traverse le caoutchouc naturel, et donc s'infiltre jusqu’aux voies respiratoires malgré tout. De plus, les soldats n’étaient pas tous équipés ou préparés pour les attaques. Ce qui les obligeaient à improviser, avec des bouts de tissus ou des linges imbibés d’urine pour tenter de se protéger. L'ammoniac contenu dans les urines créait une réaction face au chlore, ainsi les effets du gaz étaient légèrement diminués. Ce n’était qu’une solution alternative pour se protéger de ceux-ci, mortels, même si elle n’était pas très efficace et ne protégeait pas pleinement les soldats sur les champs de bataille.

Masque à gaz de 1915 (common wikimedia) 

  • La bataille d’Ypres

La bataille d’Ypres a eu lieu au Nord de la ville du même nom, en Belgique. Ce fut le premier endroit à voir l’utilisation des gaz comme armes de masse, sur une échelle aussi importante. Le 22 avril 1915, les tranchées françaises sont submergées d’une fumée jaune-verte, du gaz de chlore est lancé par les Allemands, un poilu racontera "Le nuage s’avançait vers nous, poussé par le vent. Presque aussitôt, nous avons été littéralement suffoqués (…) et nous avons ressenti les malaises suivants : picotements très violents à la gorge et aux yeux, battements aux tempes, gêne respiratoire et toux irrésistible". Ces gaz ont provoqué de nombreuses lésions internes, des vomissements, malaises et la mort de millier de soldats. C’est plus de 150 tonnes de chlore en gaz qui a été déversé sur près de 6km dans le ciel Belge ce jour-là. Les soldats Canadiens et Français se sont repliés un peu plus loin afin de créer une nouvelle ligne de défense. Le 24 avril au matin, les Allemands lancèrent une nouvelle attaque de gaz dans les tranchées canadiennes. Les soldats alliés se sont couvert le visage avec des morceaux de tissu afin de se protéger. 


  • Les effets secondaires

Les gaz ont chacun des effets différents sur le corps humain. Les plus fréquents restent les troubles respiratoires, le développement de cancers interne même des années après avoir été exposé, des déformations physiques, des brûlures internes et externes (les yeux, la peau, les muqueuses). 

L'ypérite en contact avec la peau développe des nécroses, des brûlures, des cloques. Le SCIB de l’Inac travaille sur les effets qu’à l'ypérite sur l’ADN, après des recherches, il est prouvé que le gaz moutarde reste plusieurs semaines, mois, voir années dans l’organisme et provoque des dommages sur l’ADN.

Nous pouvons prendre pour exemple, la bataille pour la forteresse d’Osovitse en Pologne qui a marqué les esprits sous le nom de “L’attaque des hommes morts”. Les Allemands ont lancé des gaz toxiques dans la forteresse pour tuer les soldats Russes qui étaient dedans, pourtant près de 7000 hommes en sont sortis, comme à Ypres, le visage dans des tissus pour atténuer la douleur des gaz sur leurs peaux et leurs poumons. Ils ont chargé malgré tout, et ont fait fuir les Allemands qui croyaient avoir tué tout le monde. D’après les témoignages, les soldats crachaient du sang, et titubaient comme des revenants, ce qui a effrayé leurs ennemis. Les survivants ont fini par succomber de leurs blessures quelques heures ou jours après. Le groupe de power metal Suedois Sabaton, a fait une chanson sur cette bataille “The attack of the dead men”.  


Pour conclure, les armes chimiques ont connu une utilisation de masse durant la Première Guerre mondiale. Le but était de blesser les soldats ennemis autant que de les effrayer. Les effets sur les hommes ont marqué les esprits, le retour des poilus dans leurs familles après la signature de l’Armistice montrait l’horreur de la guerre. Suite à cette guerre et la seconde quelques années plus tard, une convention pour l’interdiction des armes chimiques a été signée à Genève en 1993 par la convention Internationale. Elle entra en vigueur le 27 avril 1997. De nos jours, on cherche encore des explications et des études sont toujours menées pour comprendre les effets qu'on ces armes sur le corps humain. 


Co-auteurs : LESTRELIN Théo - SAINTEMÊME-FETET Tao - ZDRAVKOVIC Apolline 

Etudiant.e.s en DUT Information Communication option Métiers du Livre et du Patrimoine à l'IUT2 de Grenoble. 


Bibliographie

Partie 1

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Partie 2

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