Les murmures de la forêt

Publié par Félix Monceau, le 29 mars 2022   480

Dans la forêt, au-delà des perceptions humaines, les plantes communiquent. Ces interactions permettent une vie en harmonie entre les espèces végétales et animales.  Ainsi, en quoi les forêts sont-elles comparables à des systèmes communautaires ?  Premièrement, nous verrons que les arbres possèdent des manières d’échanger bien particulières et diverses, et ensuite nous verrons dans quels objectifs ils communiquent.

L’arbre et ses moyens de communication

1- La communication par voie aérienne

Pour commencer, les arbres peuvent s’échanger des messages olfactifs via la voie aérienne. Certaines espèces d’arbres, quand elles se sentent en danger, peuvent alerter leurs congénères des dangers imminents. Pour cela, les arbres agressés émettent une molécule: l’éthylène2, transportés par le vent puis captés par les plantes à proximité.

Par l’air, les arbres échangent donc des informations, mais aussi des composés organiques volatils.  Ce sont les phytoncides1, des éléments chimiques émis par les arbres et les herbes, empêchant le développement de micro-organismes pathogènes.

2- La communication par voie terrestre

Les arbres peuvent aussi communiquer grâce à leur très riche système racinaire souterrain6: le wood wide web. Dans la forêt, chaque centimètre cube du sol compte entre 100 et 1000 mètres dhyphes3: de fins filaments invisibles à l'œil nu qui représentent l’essentiel des champignons. Avec ce réseau, les arbres sont capables de transmettre des signaux électriques de 220 hertz6 à hauteur de un centimètre par minute.

Image appartenant à Pixabay License représentant le début des racines d'un arbre

Ce que la communication apporte aux arbres

1- Pousser en harmonie

Les arbres peuvent permettre à chaque arbre d’atteindre son développement maximal6. En ayant conscience de leurs environnement, ils peuvent maîtriser l’espacement entre chacun d’eux, c’est pourquoi on remarque souvent des végétaux pousser autour de structures, barrières ou panneaux, mais ils ne se gênent pas entre eux. De plus que selon l’espèce rencontrée, l’espacement entre les troncs sera différent. Prenons l’exemple du hêtre6: l’espacement des arbres entre eux n’est pas important car cette espèce n’a pas besoin de beaucoup de place.

2- Protéger les autres des dangers

Les végétaux peuvent ressentir les agressions extérieures. Lorsque ceux-ci se retrouvent dans une situation de stress intense, ils émettent des signaux d'alarme pour alerter leurs congénères. 

On remarque que l’espèce des acacias4 & 6 sécrète une substance toxique lorsqu’elle est attaquée par des animaux. Cette substance est reconnue par les autres arbres, ce qui leur permet à leur tour d’adopter la même défense. D’autres espèces sont aussi capables d’émettre des messages chimiques dans l’air dans le but d’attirer les insectes pollinisateurs. C’est le cas par exemple des arbres fruitiers, des saules ou des châtaigniers6. Pour citer un autre exemple, les plants de tabac2, lorsqu’ils sont attaqués par des chenilles, sécrètent une substance qui attire les guêpes, leurs prédateurs naturels. 

3- Aider les plus faibles

L’entraide au sein des forêts est une spécificité importante de leur fonctionnement. Les arbres aident les plus faibles à survivre en leur transmettant des nutriments par leur système racinaire pour garder l’ensemble de leur écosystème, leur "microclimat", viable. On peut comparer ce fonctionnement au comportement social6 de nombreux animaux, dont les êtres humains, car en aidant les plus faibles, l’ensemble de la communauté devient plus forte contre les menaces extérieures. 

Avec certaines techniques, dont celle du cerclage5 qui consiste à enlever un bout d’écorce autour du tronc pour faire mourir l’arbre, on remarque que certains survivent et continuent de pousser grâce aux nutriments que les autres arbres leur apportent. 

Photo appartenant à Pixabay License représentant deux arbres proches

Les arbres ne sont donc pas que des amas de racines et de branches inertes, ils sont bien sociaux comme nous. Leurs systèmes de communication et d’entraide, similaires aux nôtres, leur permettent d’aider les plus faibles et de se prévenir des dangers via leurs racines et voies aériennes, c’est pourquoi ils sont comparables à un système communautaire. 

Nous espérons que cela pourra créer une prise de conscience sur la sagesse et la richesse des arbres, et permettre au plus grand nombre d’avoir plus d’empathie pour nos congénères feuillus.

Sources:

  1. Sophie le Masne; Les arbres communiquent-ils ? 4 sept. 2020. https://ecotree.green/blog/les...
  2. Bruno Moulia, Les plantes communiquent-elles ? 21 décembre 2012, POUR LA SCIENCE N° 423. https://www.pourlascience.fr/s...
  3. Catherine Lenne, Une communication pleine de sens, 10 octobre 2018, DOSSIER POUR LA SCIENCE N° 101. https://www.pourlascience.fr/s...
  4. Meriem Fournier, Bruno Moulia. Sensibilité et communication des arbres : entre faits scientifiques et gentil conte de fée.. Forêt Nature, Forêt Wallonne, 2018, 149 (octobre-novembre-décembre), pp.12-21. https://hal.archives-ouvertes....
  5. Pierre Ropert, Timidité des arbres : comment communiquent les plantes ? 06/11/2019 https://www.franceculture.fr/e...
  6. Peter Wohlleben, La vie secrète de arbres. 2017.