Quentin Pelorson : "J’ai eu beaucoup de chance d’apprendre le BMX aux côtés des anciens"

Publié par Alexane Roupioz, le 17 mai 2016   4.6k

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Ingénieur à l'Inria Grenoble, Quentin Pelorson a découvert l'univers du BMX à l'âge de 17 ans. Depuis, entre invention de nouvelles figures et création d'une application téléphonique pour apprendre le BMX, le jeune isérois est devenu un athlète reconnu dans le milieu du BMX.

« Au lycée, j’avais un BMX et j’avais appris quelques figures pour draguer les filles , se rappelle Quentin Pelorson avec humour, mais ce n’était pas très efficace. » Si cette première approche ne fut pas concluante, c’est lorsqu’il débarque à Grenoble pour faire ses études universitaires que le jeune homme découvre l’univers et l’esprit de ce sport, dans lequel il est devenu un athlète reconnu. De rencontres en opportunités, sa passion pour le BMX, il l’écrit au jour le jour. Dernier chapitre en date, sa collaboration avec la société 4D View. Lorsqu’il n’est pas en train de rouler sur « le spot », le jeune homme de vingt-six ans travaille actuellement à l’Inria Grenoble. Au sein de l’équipe Perception, il développe de nouveaux algorithmes de reconstruction d’images 3D en partenariat avec des entreprises.

C’est dans ce cadre-là que la société 4D View a voulu relever un défi : reconstruire en 3D l’ingénieur en train de faire du BMX. Finesse du vélo, rapidité des mouvements. Après quelques essais, la société a relevé le challenge ! Et elle espérait pouvoir utiliser cette prouesse technique pour promouvoir sa technologie de reconstruction 3D. « A partir de leur travail, je me suis demandé ce que j’aurais aimé avoir quand j’ai débuté, se rappelle Quentin, j’ai alors eu l’idée de faire une application téléphonique pour apprendre le BMX . » Et en 2015, Fatland Tricky voit le jour sur iPhone avec une trentaine de figures enregistrées. « Dans ce sport, on peut passer des heures sur YouTube à regarder en boucle les vidéos des figures que l’on veut apprendre » , avoue le sportif.

Sortie initialement sur iPhone, l’application Fatland Tricky est disponible depuis plusieurs semaines sur Androïd

Imaginer de nouvelles figures

L’objectif de l’application ? Faciliter cette phase d’apprentissage. Images en 3D. Différents angles de vue. Arrêt de l’image. Zoom. FatlandTricky est un outil complet pour tous les amateurs et professionnels de BMX. En seulement quelques mois, elle comptabilisait déjà plus de 3000 téléchargements ! Et des retours positifs sur l’application, Quentin en reçoit même en provenance des Etats-Unis, où les riders américains l’ont testée. Si le jeune isérois n’aurait pas pensé pouvoir mêler sa vie professionnelle à sa pratique du BMX, le résultat de cette expérience le rend fier.

D’ici peu, l’application devrait s’enrichir de quelques dizaines de figures. « On aimerait en avoir bientôt une cinquantaine » , confie le sportif. Et certaines d’entre elles seront peut-être signées « Quentin Pelorson ». Car pratiquer le BMX, c’est aussi imaginer de nouvelles figures. « C’est une discipline à part entière, et je suis bien meilleure là-dedans qu’en compétition » , avoue le rider. Quand il a une nouvelle idée de figure en tête, il s’interroge : « Les lois de la physique le permettent-elles ? Mon corps va-t-il le supporter ? » Si oui, tout est question de motivation et d’acharnement pour y arriver. Si malheureusement ce n’est pas le cas, la prouesse technique se modifie petit à petit dans sa tête. Une dizaine de nouvelles figures, purs produits de son imagination, sont ainsi nées et ont permis à Quentin de se faire un nom dans l’univers du BMX.

L’enseignement « des anciens »

Depuis un an et demi, il a signé un contrat avec un sponsor japonais qu’il associe à ses nouvelles vidéos. « Ils veulent juste que je roule avec leur matériel, c’est très gratifiant pour moi » , reconnait le sportif. Un partenariat particulièrement intéressant pour le jeune rider car il n’implique aucun impératif de résultat en compétition. Car Quentin ne le cache pas, la compétition ce n’est pas fait pour lui ! « Je n’ai aucune constance, aucune régularité, c’est un entrainement qui ne me plait pas » , constate-t-il.

Pourtant lorsqu’il a commencé le BMX, il a dû s’y frotter rapidement. Sa première fois ? Les championnats du monde de Cologne en 2008. A l’époque, il n’avait que dix-huit ans et ne faisait du BMX que depuis quelques mois. Mais dans ce sport, les compétitions sont ouvertes, chaque rider peut s’inscrire dans la catégorie qu’il souhaite et participer. « A Cologne, je me suis inscrit en amateur, et ça ne s’est pas bien passé du tout » , se souvient-il. Cette première compétition, il l’a vécu aux côtés de ceux qui lui ont tout appris, « les anciens » comme il aime les appeler. Le jeune rider les a rencontrés par hasard sur « le spot », dès son arrivée à Grenoble. Âgés d’une quarantaine d’années, ces quatre professionnels l’ont pris sous son aile pour lui transmettre toutes les bases du sport. « Ils avaient tous leur spécialité, et j’ai eu beaucoup de chance d’apprendre à leurs côtés » , reconnait Quentin. Si les anciens lui ont appris toutes les techniques à connaître, ils lui ont aussi enseigné l’esprit de cette discipline.

Quentin passe vingt et une heures par semaine sur son BMX, et le plus souvent sur une roue (photo : Stéphane Bar)

Prodige du BMX

Arrogant et un peu trop sûr de lui à ses débuts, Quentin a vite compris que le respect était une valeur fondamentale dans le milieu du BMX. « Aucun professionnel ne va regarder un débutant de haut, il n’y a pas de rivalité et pas de jugement , remarque le sportif, on est tous passé par là, on a tous galéré, on sait ce que c’est. » Et au départ, c’est dur ! Les premiers mois, le plaisir de pratiquer ce sport se fait attendre... Il est alors indispensable de se projeter pour s’imaginer en train de réaliser sa première figure et de progresser. Pour Quentin, cette période de doute permanent et d’obstination ne s’est pas éternisée. En seulement trois ans, le jeune rider est passé professionnel. « J’ai eu une progression deux à trois fois plus rapide que la moyenne, et c’est ce qui a fait mon nom dans le milieu » , explique-t-il.

Et aujourd’hui, lorsqu’il est sur deux roues, la frustration, l’obsession et l’acharnement qui l’envahissent lors des phases d’apprentissage de nouvelles figures alternent avec l’immense bonheur associé à la réussite d’une figure. « C’est un véritable ascenseur émotionnel » , illustre le rider. D’autant que la plupart du temps, des dizaines d’heures d’entraînement sont nécessaires avant de réaliser une nouvelle figure. « C’est un sport assez ingrat » , ironise Quentin. Malgré ça, le jeune isérois partage aujourd’hui sa passion avec les petits nouveaux qui arrivent sur « le spot ». « Je fais comme les anciens ont fait avec moi ! » Et pour la suite, elle est encore à écrire. D’ici quelques mois, son contrat avec l’Inria prendra fin. Après, il verra. « Je ne sais pas si c’est le fait de pratique le BMX qui me donne cet état d’esprit, mais je ne suis pas inquiet, on verra » , confie-t-il. Une chose est sûre, il passera encore de nombreuses heures sur deux roues !