Quelles sont les causes de la criminalité ?

Publié par Manon Richard, le 30 mars 2021   1.3k

Xl child with a gun

                                                                     Qu'en est-il du fameux "gène criminel" ?

Dans le thème de la criminalité, des questions reviennent souvent : “le gène criminel existe t-il ?”, “peut-on établir des similitudes psychologiques entre les profils violents ?”,  “quels sont les facteurs qui poussent le criminel à passer à l’acte ?”...  Depuis plus d’un siècle, scientifiques, chercheurs et psychanalystes ont su alimenter le débat. 

C'est en 1887 que Cesare Lombroso, médecin italien, a publié un livre qui a chamboulé les esprits. Son ouvrage “L'homme criminel” est une étude anthropologique expliquant que le comportement criminel est le fruit de dispositions innées.  Près d’un siècle et demi plus tard, cette thèse revient en force en ayant trouvé un puissant soutien : la génétique.


En effet, dans les années 1960, une idée se répand : il existerait un “chromosome du crime”. Parmi les prisonniers de l’époque, il y aurait un nombre élevé d'Hommes porteurs d'un chromosome Y surnuméraire (présence anormale d'un deuxième chromosome Y). 

Ni une, ni deux, c’est en 1967 que la publicité et la presse s'emparent du mythe du “chromosome du crime”. Après que le tueur américain Richard Speck et le tueur français Daniel Hugon présentent les caractéristiques du caryotype XYY, la justice s’interroge sur cette piste génétique.


Une autre piste à vu le jour dans la revue spécialisée Molecular Psychiatry. Les chercheurs finlandais se sont intéressés à deux gènes appelés MAOA et CDH13 qui seraient "associés à des comportements extrêmement violents". Le gène CDH13 a été relié aux troubles du contrôle de l'impulsivité. Les auteurs de l'étude notent que les deux versions des gènes mutées sont "plutôt courantes".
En effet, un individu sur cinq en serait porteur.  L'expérience a ses limites car la majorité des individus porteurs des gènes ne commettra jamais de meurtres ou d'agressions. A contrario, certains individus excessivement violents ne sont pas porteurs de ces gènes mutés.

Les criminels les plus célèbres de l'humanité ne sont alors pas forcément porteurs de ces gènes mais leur parcours recèle quelques anecdotes intéressantes sur la question de l'hérédité. Par exemple, l'oncle et la mère de Charles Manson étaient des criminels tandis que les frères d'Al Capone ont aussi participé à ses activités délictueuses.  Évidemment, ces exemples ne doivent pas être surinterprétés et ne servent pas de preuves irréfutables. Cependant, plusieurs études ont révélé que l'ambiance familiale, les valeurs transmises, les conditions socio-économiques ont un impact sur le comportement et la psychologie d'un criminel en devenir.     


                                                                  Profil et personnalité-types d'un criminel                                                                           


Savez-vous ce qu'est la psychopathologie ? Du grec psukhê, « âme » et pathos, « maladie » , cette pratique désigne l'étude scientifique et clinique des troubles psychiques. C'est au début du XIXe siècle, que les troubles mentaux ont été reconnus comme maladies.

Comme la psychopathologie, d'autres pratiques comme la psychanalyse ou les recherches psychologiques sur les conduites criminelles n'ont pas manqué d'enrichir l'histoire de la criminologie. Aujourd'hui, l'idée selon laquelle il existerait une « personnalité-type criminelle »  qui expliquerait à elle seule les conduites délinquantes est abandonnée. Cependant, il a été prouvé que les recherches empiriques sur les profils psychologiques des criminels présentent un intérêt indéniable. 
D'après Hans Eysenck (psychologue britannique connu pour son travail sur la personnalité, les thérapies comportementales et pour ses critiques de la psychanalyse), une personnalité criminelle naît et se développe au travers de quatre secteurs : cognitif (l’intelligence), conatif (le caractère), affectif (le tempérament) et somatique (la constitution physique). Dans la même lignée que ce psychologue, certains auteurs affirment l'idée qu'il y a des traits de caractère récurrents quant à l'analyse des profils psychologiques de criminels, tels que : l’égocentrisme, l'absence de sens moral, l’insensibilité aux souffrances d’autrui, l’incapacité de se contrôler ou encore l’irresponsabilité.

La théorie de la « personnalité criminelle » était surtout en vogue dans les années 50-70.
En France, c'est Jean Pinatel, criminologue et professeur français, qui en a proposé une synthèse dans son Traité de droit pénal et criminologie (1963). Il a notamment donné une définition de la "personnalité criminelle" qui, pour lui, s'illustre par quatre traits de personnalité : l’égocentrisme (absence d’inhibition et un non-respect des normes), la labilité (instabilité du caractère et non-évaluation de nos actions), l’agressivité (rend possible l’acte criminel et permet à l’auteur de dépasser les obstacles matériels) et l’indifférence affective (l’insensibilité à la souffrance de la victime associée à une absence de culpabilité).
Selon le criminologue, ces traits constituent le noyau central de la personnalité criminelle  et s’articulent entre eux pour conduire aux actes délictueux.

Le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby va compléter cette idée de personnalité criminelle en ajoutant que "les comportement asociaux, délinquants voire meurtriers des jeunes sont dus à une carence affective".

En parallèle de toutes ces études, la théorie de l’existence d’une "personnalité-criminelle-type" est aujourd'hui beaucoup critiquée. En effet, certains traits psychologiques qui composeraient cette personnalité se retrouvent chez des non-délinquants . Tout comme le gène criminel, il faut savoir prendre du recul sur les études publiées dans le passé et ne pas en faire une "science infuse", la Science elle-même étant en perpétuelle évolution.



                                                                                               Et du côté culturel ?


Ces questions ont interrogé et passionné plusieurs scénaristes au fil du temps. ZOOM sur ces films traitant de l'hérédité criminelle et des problématiques qui l’entourent.

"La mauvaise graine" réalisé par Mervyn LeRoy - 1956

La mauvaise graine (The Bad Seed) présente Rhoda, une fillette « innocente » mais criminelle car elle a hérité de l’instinct meurtrier de sa grand-mère. Rhoda commet ses assassinats de sang-froid et nie tout. Sa mère découvre la réalité et décide de l’empoisonner. La manœuvre échoue, mais Rhoda sera punie par le sort, foudroyée par un éclair.

"Split" coproduit et réalisé par M. Night Shyamalan - 2017

Kevin Wendell Crumb, le personnage principal,  souffre d'un trouble dissociatif de l'identité. Il échange régulièrement avec sa psychiatre, le docteur Fletcher, qui a pu distinguer vingt-trois personnalités différentes s'exprimer à tour de rôle durant leurs conversations. Selon Fletcher, Kevin aurait subi des maltraitances et des humiliations au cours de sa vie. Aussi, une 24e personnalité, plus sombre et plus menaçante que toutes les autres, nommée « la Bête », demeure encore enfouie en lui. Le docteur Fletcher met en exergue le fait que son patient s'est forgé ces nombreuses personnalités différentes dans un besoin existentiel de se protéger des autres. 

"Le silence des agneaux" réalisé par Jonathan Demme - 1991

Un psychopathe connu sous le nom de Buffalo Bill sème la terreur dans le Middle West en kidnappant et en assassinant de jeunes femmes. Clarice Starling, une jeune agent du FBI, est chargée d’interroger l’ex-psychiatre Hannibal Lecter. Psychopathe redoutablement intelligent et porté sur le cannibalisme, Lecter est capable de lui fournir des informations concernant Buffalo Bill ainsi que son portrait psychologique. Mais il n’accepte de l’aider qu’en échange d’informations sur la vie privée de la jeune femme. Entre eux s’établit un lien de fascination et de répulsion. 

"Riverdale" S4 E5 19mn, développée par Roberto Aguirre-Sacasa - 2019

https://www.youtube.com/watch?v=gzmqMEBhzec 

Dans l’épisode 5 de la saison 4 de Riverdale, une adolescente prénommée Betty, est la fille d’un meurtrier. Un vieux souvenir est enfoui dans sa mémoire, dans lequel elle tue son chat, inconsciemment,  avec une pierre. Ainsi, elle se demande si elle n’a pas hérité des gènes criminels de son père Hal Cooper, connu comme étant le Black Hood (ou tueur à la cagoule noire).

(Finalement, il a été confirmé que Betty était porteuse des gènes MAOA et CDH13, les gènes du serial killer).

"Orange mécanique" écrit et réalisé par Stanley Kubrick - 1971

Alex est un jeune homme ultra violent qui n’écoute que son instinct. Il est incapable de penser aux répercussions de sa violence, de distinguer le bien et le mal. Aucune raison ou motivation n’explique la violence innée de ce dernier. Il est par ailleurs le chef influent de ses amis. Le monde dans lequel il vit et la relation avec ses parents ont probablement quelque chose à voir avec son comportement ultra violent. Le film soulève la question de la véritable nature du mal. Alex est-il mauvais par nature ? Est-il mauvais à cause des circonstances ? La société a-t-elle quelque chose à voir avec cela ?



Sources

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Anon. [s d]. « betty cooper 4x05 riverdale logoless scenes (mega) - YouTube ». Disponible sur : < https://www.youtube.com/watch?v=gzmqMEBhzec > (Consulté le 5 avril 2021b).

Anon. [s d]. « Crime et folie, un rapprochement trop tentant | Cairn.info ». Disponible sur : < https://www.cairn.info/magazine-les-grands-dossiers-des-sciences-humaines-2011-12-page-2.html > (Consulté le 5 avril 2021c).

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