[🎙PODCAST] L'égalité dans les sports de haute montagne avec Marion Poitevin

PubliĂ© par Emilie Wadelle, le 2 mai 2022   260

Marion Poitevin est membre des CRS secours en montagne. Elle est aussi la 17e guide diplômée de l’ENSA, l’École nationale de ski et d’alpinisme, à Chamonix. À seulement 36 ans, elle a déjà une belle carrière derrière elle, durant laquelle elle a notamment du apprendre à concilier la pratique du sport à haut niveau et sa vie de femme et de mère. 
Retour sur un parcours en haute montagne, pour l’égalité. 

Décembre 2021. Il est 16h, à l’Altiport de Courchevel : les couleurs sont magnifiques et irradient les montagnes qui nous entourent. Marion Poitevin m’accueille avec un grand sourire dans les locaux du SAF, le Service aérien français. C’est sa première journée ici, pour les CRS secours en montagne. On s’assoit dans le réfectoire autour d’un thé, pour palier à la fraîcheur de l’hiver glacial, ici, à presque 2000m d’altitude. 

Une enfance en Haute Savoie

Marion Poitevin est né à Nancy, mais elle grandit à la Roche-sur-Foron.
Son adolescence est marquée par son départ, pendant un an, dans un lycée américain.

Aux Etats-Unis, il y a vraiment ce mouvement de pensée « Yes you can, go for it » : si j’envisageais avant mon départ de devenir prof de maths, après cette expérience je comprends que je veux repousser mes limites mentales. Prof de maths, je savais que je pouvais le faire facilement.

Marion se lance d’abord dans le métier de guide haute montagne. Mais la précarité du métier d’indépendant la fait bifurquer vers une carrière de gardien de la paix, à l’âge de 30 ans

À la fac, j’ai passé plus de temps dehors qu’en cours, à faire de la montagne à fond ! J’ai eu une licence en langue, ce qui m’a permis d’intégrer directement l’armée dans le Groupe Militaire de Haute Montagne.

Sa première course en haute montagne

Marion a 16 ans lorsqu’elle fait sa première course en alpinisme avec son père, après avoir beaucoup insisté. Il choisit la pointe Isabella pour l’initier, au-dessus du refuge du Couvercle. 

J'en ai vraiment bavé, et je m'aperçois avec le recul que c'était pas la meilleure course pour une première

Elle finit pied nus sur les sentiers. Son père essaie de la dégoûter de l'alpinisme... mais il n'y arrive vraisemblablement pas ! 

60 ans avant de voir une femme intégrer le secours en montagne

Marion aime rappeler qu’une femme entraînée est plus forte qu’un homme. C’est un métier pour lequel il faut s’entraîner, et travailler ses compétences physiques. Le plus dur en tant que femme pour faire ces métiers, il faut pouvoir se dire « pourquoi pas moi ? ». Le plus difficile c’est de n’avoir aucun exemple qui permette de se projeter.

 La première femme qui intègre le PGHM à Chamonix, c’est en 2011. La première femme CRS maintien de l’ordre, elle arrive seulement en 2012. Et moi je sui arrivée en 2016, sachant que les secours ont été crée en 1957 pour les CRS montagne et 1958 pour le PGHM.

Le plus dur dans sa carrière a certainement été de trouver le bon moment pour devenir mère. Avant 30 ans, il faut passer tous les diplômes, et entre 30 et 40 ans, avoir un enfant peut ralentir une carrière. Pourtant Marion ne s’arrête que deux mois de faire du sport lors de sa grossesse.

Le système des carrières n’est pas du tout adapter à la maternité. Moi ça m’a mis un gros frein. J’ai perdu un an alors que tout s’est bien passé. ...

Lead the climb : des femmes premières de cordées

Lead the Climb est un club de la FFCAM. Marion a toujours eu envie de créer une communauté pour mettre les femmes en lien.  En 2014, elle crée un groupe sur Facebook puis Lead The climb sur 2017, en remettant au centre le question de la légitimité à prendre la tête d'une cordée dans un groupe non mixte, entre femmes.

On n’avait plus besoin de faire le tour des salles et des supermarchés pour poser des prospectus afin de mettre des gens en lien : j’ai trouvé que c’était un outil fabuleux !...

Lead the climb propose des stages d’autonomie et de leadership à destination des femmes. Aujourd’hui Lead the club c’est des milliers de gens en lien sur les réseaux et 130 journées de formation par an. 

 Il y a beaucoup de femmes en montagne. Mais plus on monte en altitude et plus on monte dans la place de la cordée, moins elles sont là. L’idée de Lead the club ce n’est pas d’amener plus de femmes en montagne - il y en a déjà plein - c’est de les emmener plus haut et plus en avant dans la cordée.

Ce qu’il reste à faire pour l’égalité dans l’alpinisme

Depuis des années, Marion Poitevin se bat notamment sur les réseaux sociaux et en donnant des conférence, pour l’égalité femmes-hommes en montagne. On pourrait se dire que le combat est gagné d’avance. Pour autant, il reste encore des combats à mener aux sommets, comme le rappelle Marion à la fin de notre interview.

Aujourd’hui devenir guide lorsqu’on est une femme, ça reste encore une sacrée performance ! Je suis la 17e femme guide de haute montagne en France, je n’ai pas l’impression d’être vieille et pourtant, je ne suis que la 17e. Donc devenir femme guide, ça reste un exploit, sur les milliers d’hommes qui ont été diplômés. De la même manière faire du secours en montagne quand on est une femme c’est rare, on est que quatre sur 200, il reste encore beaucoup à faire ! 

Propos recueillis par Émilie Wadelle, pour Le Camp de base podcast