Sur la piste des aurores

Publié par AurorAlpes, le 6 mars 2023   290

Les aurores polaires font rêver, il n’y a qu’à voir le déferlement médiatique lorsqu’elles ont été visibles depuis la France il y a quelques jours. Et pourtant, nombreux sont les déçus, qui ne décrivent que des lumières fades dans le ciel. On est loin des photos colorées qu’on voit partout. Alors, comment ça s’apprécie une aurore ?

Quand l’occasion s’est présentée pour AurorAlpes d’accompagner une équipe scientifique dans l’Arctique qui étudie les aurores polaires, il a fallu décider avec quel moyen de transport y aller. La voiture ? Trop chère, trop long, trop fatiguant. La téléportation ? Déjà inventée, elle a des ailes, des réacteurs surpuissants et le seul argument en sa faveur est souvent qu’elle est « pratique et rapide ». Mais nous, on a le temps, alors ce sera le train. En train, on voit les paysages changer, on rencontre des gens, on a le temps de se projeter et à la fin : on se rend compte qu’on a voyagé.

Vue depuis le train de nuit reliant Stockholm (Suède) à Narvik (Norvège). L'appareil photo est sorti en dehors du train, qui avance à vive allure. Au loin, le Soleil se lève sur un lac gelé.
Vue depuis le train de nuit reliant Stockholm (Suède) à Narvik (Norvège).

D’ailleurs, parlons du temps. C’est quelque chose qu’on entend peu sur les aurores, mais il faut avoir du temps devant soi. Partir 4 jours à Tromsø ne vous donnera pas beaucoup de chances de voir de belles aurores. Et puis vous aurez aussi envie de visiter les fjords, de voir des baleines, d’aller au restaurant, de visiter des musées. Au final, beaucoup sont déçus par les aurores polaires. Les lumières du nord sont souvent bien moins spectaculaires qu’on ne l’imagine. Et pourtant…

C’est quoi une aurore ?

Notre planète possède un champ magnétique, à la manière d’un aimant. Celui-ci est généralement représenté comme un bouclier qui nous protège des particules envoyées par le Soleil, qu’on appelle « vent solaire ». En réalité, le vent solaire est composé d’électrons et de protons embarqués par le champ magnétique très turbulent du Soleil. Notre étoile nous envoie littéralement de l’électricité, qui suit les lignes de son champ magnétique. Lorsque ces lignes atteignent le champ magnétique de la Terre, elles interagissent avec, s’opposent, se recombinent et parfois même s’annulent.

Notre champ magnétique n’est donc pas un bouclier à proprement parler, il laisse même passer des salves de particules qui, après un chemin complexe, peuvent arriver dans notre atmosphère. A cet instant précis, elles se heurtent aux atomes et molécules qui la composent. Excités par tant d’énergie, ces derniers émettent soudainement de la lumière : une aurore est née.

Évidemment, il est impossible d’expliquer fidèlement ce phénomène en quelques lignes. Mais le fait est qu’une aurore est directement causée par les interactions physiques entre le monde sur lequel nous vivons et notre étoile. La fade lumière des aurores qu’on nous décrivait prend déjà un tout autre sens.

Attendre et s’ennuyer

Si on est allés jusqu’en Arctique, c’est pour participer à une campagne de mesures. Une fois les points d’observations trouvés _ en général un parking sur le bord d’une route _ et les instruments installés, il faut attendre. Même s’il n’y a aucune aurore. Durant des heures, on fixe le ciel, on s’invente des jeux pour s’occuper, on regarde les données de vent solaire sur nos téléphones. On espère voir le magnétogramme s’effondrer, signe que le vent solaire est en train de se frayer un chemin jusqu’à l’atmosphère.

On attend car le spectacle peut être fugace. Les signes avant-coureurs existent, mais il faut savoir les interpréter correctement. Même des spécialistes de la question préfèrent attendre les yeux au ciel car après tout, c’est la meilleure manière de voir une aurore arriver. Un soir, des français sont sortis de leur maison de location à côté de nous. « Alors il y a toujours pas d’aurore ? ». Deux heures après, alors qu’ils dormaient profondément, le ciel s’est embrasé.

Quand une aurore arrive sous vos yeux après plusieurs heures d’attente, elle fait écho à tous ces moments de découragement où vous avez eu froid et vous vous êtes dit « aucune chance qu’il y en ai une ce soir ». Elle fait écho à tous ces moments où vous avez cru la voir apparaître mais qu’il s’agissait en réalité d’un nuage éclairé par les phares d’une voiture. Et lorsque finalement elle projette votre ombre au sol dans un silence extraordinaire, que vous contemplez ses mouvements hasardeux et ses changements de luminosité brusques, vous profitez pleinement du spectacle.

Une aurore au zénith, à proximité de Kilpisjärvi (Finlande). La photo a été traitée pour que les couleurs et luminosités correspondent à ce que perçoit l'œil humain.

Car oui, dans une aurore suffisamment intense, vous voyez des mouvements allant à plusieurs centaines de kilomètres par seconde. Vous percevez l’incroyable vitesse et l’énergie phénoménale du vent solaire. Des structures semblent se construire et disparaître à une vitesse vertigineuse, sur des dizaines de kilomètres de haut et des centaines de long. Mais oui, pour cela il faut habituer vos yeux, fuir les lumières artificielles et retenter l’expérience tous les soirs, pendant des heures.

Et lorsque le spectacle semble fini, alors que les aurores deviennent de plus en plus diffuses et difficiles à discerner, elles s’étalent jusqu’à s’accaparer tout le ciel. C’est le moment où les bus touristiques repartent… et celui où les aurores pulsantes arrivent. Petit à petit, de vastes zones du ciel s’éclairent puis disparaissent tour à tour. Au début très discret, le phénomène s’amplifie et devient évident. Les étoiles disparaissent, noyées dans le faible éclat des aurores, puis réapparaissent à nouveau. On est loin du spectacle grandiose quelques heures auparavant. Mais ça semble tout aussi étrange et surnaturel.

Des aurores pulsantes, à proximité de Kilpisjärvi (Finlande). Le contraste a été augmenté pour mieux voir les structures. En bas de l'image, un arc auroral plus intense se dessine.
Des aurores pulsantes, à proximité de Kilpisjärvi (Finlande). Le contraste a été augmenté pour mieux voir les structures. A noter qu'il n'y a aucun nuages sur cette photo, uniquement des aurores.

Prenons le temps de voyager

On pense parfois que la science ôte la poésie du monde et va à l’encontre de la contemplation. Croyez-nous, c’est tout le contraire ! Prendre conscience de la nature des aurores les rend d’autant plus grandioses ! Ajoutez à ça des milliers de kilomètres en train, des nuits entières d’attente, de doutes et de froid et vous aurez un cocktail d’émotions inoubliable. Oubliez la case à cocher sur la liste des choses à faire avant de mourir. Posez-vous, prenez le temps durant des nuits entières et peut-être aurez-vous la chance de voir un spectacle qui laisse sans voix.

Et même si on n’a pas beaucoup de temps, on en prendra à nouveau pour partir admirer les lumières du nord.


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AurorAlpes est une association de médiation et de recherche scientifique qui œuvre au développement et à la transmission des savoirs scientifiques. Basée à Grenoble, elle porte des projets variés, allant de l'échelle locale à une envergure européenne.