Visite au cœur des mystères du musée Champollion

Publié par Aurore Delclos, le 18 décembre 2023   940

Amateurs d’égyptologie, habitants de Grenoble ou simplement curieux, suivez-nous dans la visite de la demeure fascinante des deux frères qui ont tracé les contours de l’égyptologie sans même le savoir ! Le 7 décembre dernier, nous, les étudiants du Master de Communication et Culture Scientifique et Technique, avons été accueillis par Caroline Dugand, conservatrice du musée, afin de visiter la demeure des frères Champollion. Au cours de cette visite, nous avons pu reconstruire pièce par pièce des scènes de la vie des deux frères.

L’histoire des frères Champollion 

Jacques-Joseph Champollion, l’aîné, avait douze ans de plus que son frère, Jean-François. Leur père était colporteur et transportait les livres d’une région à une autre. Il s’installe à Figeac pour créer une librairie, où naissent les deux frères. A l’âge adulte, le frère aîné se rend à Grenoble et se passionne pour les lettres et l’histoire ancienne. N’ayant pas reçu d'enseignements, il va tout faire pour que son jeune frère ait une éducation plus poussée que la sienne. Il va encourager son frère à étudier l’antiquité égyptienne et l’éduquer en jouant le rôle d’un père tout au long de sa vie. Jean-François mourra à 41 ans tandis que Jacques-Joseph mourra à plus de 80 ans. Pour défendre la mémoire de son petit frère, il va publier ses manuscrits et éditer ce qui n’a pas été terminé. La maison est en partie considérée comme une métaphore de son travail, sans lequel le destin de Jean-François Champollion aurait été bien différent.

Suivez notre visite au cœur de l’histoire de la maison des Champollion

En arrivant sur le site, on aperçoit directement l’immense jardin de la maison des Champollion. Malgré la perte de descriptions concernant l’organisation du jardin à l’époque des frères Champollion, le choix du musée a été d’essayer de le reconstituer à partir de quelques évocations comme celle d’un verger et d’un potager. Qu’elle ne fut pas leur surprise lorsque, pendant les fouilles de la maison, ils retrouvèrent une représentation de ce jardin ! Finalement, il s’est avéré que le jardin reconstitué correspondait remarquablement bien à la figuration et ils ont décidé de le garder.

Nous entrons à présent dans la grande bâtisse, autrefois maison de famille des Champollion. La maison fut conservée par les descendants du frère aîné, qui ont habité la maison jusqu’en 2001. Après l’avoir vendue au département de l’Isère, le département décide d’y créer un musée. Caroline Dugand, conservatrice du musée, est alors chargée de la création de ce musée et décide de commencer par un chantier des collections, lui permettant de choisir avec soin, l’histoire qu’elle va nous raconter à travers la visite de cette demeure. Il s’agit de l’histoire de toute une famille qui a habité cette maison, liée à l’histoire de l'égyptologie et de la recherche. Le hall, mettant en avant une sculpture et des portraits des frères Champollion, permet aux visiteurs de faire la rencontre avec l’égyptologue, mais aussi d’introduire son frère aîné

Créer tout un musée à partir d’une maison ancienne n’est pas aisé, et Caroline a dû faire de nombreux choix. Elle décida de ne pas créer un musée contemporain, mais de mettre en avant l’architecture et les meubles de cette maison. Le salon est tapissé de tableaux de la famille Champollion, on peut également y voir une table et des chaises d'époque, en partie restituées. Grâce à des échantillons et des sondages stratigraphiques permettant par exemple de définir la couleur bleue des murs, la conservatrice a pu être le plus authentique possible afin de mettre en avant l’esprit de la maison du 19ème siècle.

Quelques pas plus loin, nous entrons dans la salle à manger. Elle est composée d’une grande table centrale et sur les murs, sont affichés des cartons de tapisserie qui représentent des scènes de Don Quichotte, cadeaux de mariage de deux neveux des Champollion. Même si l’égyptologue n’a pas connu cette pièce telle qu’elle nous est présentée, ce fut le cas pour son frère aîné et ses descendants, c’est pourquoi il a été décidé de lui faire conserver cette apparence. 

En passant par le trou laissé par l’ancienne cheminée, nous entrons dans la pièce des flashbacks. On aperçoit le déroulement chronologique de la vie des Champollion, en s’appuyant sur des dessins et des portraits. On y découvre que les Champollion rencontrent la famille Berriat à Grenoble, dont le père, Pierre Berriat, était propriétaire de cette maison. Il décida de l’offrir à sa fille, Zoé Berriat, la femme de Jeacques-Joseph Champollion. Un tableau nous place dans l’intimité de Jean-François Champollion à travers la représentation de son premier amour, Pauline Berriat. Une autre toile présente un certain Hugues Berriat, alors jeune camarade du jeune frère. En 1835, il sera élu maire de Grenoble. 

Attention à la tête, nous passons par une petite ouverture pour entrer dans la pièce de la muséographie. Elle permet de montrer tout ce que le jeune Champollion découvre lors de son arrivée à Grenoble, sous la gouverne de son frère. Il devient plus discipliné et comment à suivre des cours de littérature grecque, latine, des cours de botanique et d’autres langues comme l’hébreu, l’arabe, l’araméen… Sa passion pour les langues le pousse à s'intéresser aux hiéroglyphes, et par la suite à l’Egypte antique. Des bustes sculptés et des portraits peints sont exposés afin de matérialiser les rencontres de Champollion. Y figure Joseph Fourier, un participant de l’expédition de Bonaparte en Egypte. C’est lui qui va donner aux frères Champollion ce goût de l'Egypte, et va devenir leur protecteur. Aussi, cachés à l'abri de la lumière, on peut découvrir une Bible écrite en hébreu avec des annotations faites par Champollion lui-même ainsi que des dessins qu’il a produit. Il est amusant de lire les remarques des professeurs de Champollion, inscrites ici et là, telles que ‘’Champollion ne s’applique pas’’.

Maintenant, montons à l’étage du déchiffrement et allons découvrir le premier espace, dédié à la projection d’un film. Ce dispositif de médiation est situé dans l’ancienne salle de bain de la maison. Le film projeté permet de faire le lien avec le rez-de-chaussée et cet étage, évoquant la naissance de l’égyptologie et la découverte de l’Egypte. Ce film a été créé par l’équipe du musée qui a effectué toutes les recherches dans les archives afin de l’illustrer. L’objectif est de se mettre à la place du jeune Champollion et de découvrir l'expédition de Bonaparte en Egypte ainsi que les publications qui y font suite. Des peintures figurent discrètement sur les murs du fond de la pièce. Oubliées pendant plus de 200 ans, elles ont été elles aussi redécouvertes pendant les fouilles de la maison. 

Dans la pièce suivante, on nous raconte l’importance de l’expédition égyptienne. Au centre, un  livre ouvert présente les découvertes des savants lors de l’expédition en Egypte de Napoléon. Une fois tous les trois mois, une page du livre se tourne pour satisfaire votre curiosité, mais également ménager l’usure du papier. Avec 900 planches par volume, et 19 volumes, il vous faudrait revenir pendant plus de 4 000 ans au musée pour profiter de toutes les illustrations ! Mais pas de panique, le musée propose une version numérique afin de nous permettre de feuilleter les autres pages. De par la scénographie, nous partageons l’émerveillement des savants de l’expédition qui découvrent le grand nombre d’objets représentés dans les collections, et présents dans l’imaginaire du jeune frère Champollion.

Prochaine étape : le déchiffrement des hiéroglyphes ! Se présentent à nous les outils de travail de l’égyptologue, conservés dans la maison pendant plus d’un siècle. Nous découvrons des encrages de la pierre de Rosette, des gravures, des moulages de scarabées hiéroglyphiques, mais aussi l'authentique bureau de l’égyptologue ! Pendant les quinze années de déchiffrement, Champollion va apprendre énormément de langues pour comparer des techniques linguistiques et à terme, il parviendra, en 1822, à déchiffrer l’égyptien ancien. C’est son frère aîné qui va rédiger la lettre de sa découverte, l’égyptologue étant trop affaibli. Ici aussi, les murs sont recouverts de grandes peintures murales sous les papiers peints, nous révélant les plus anciens secrets de la demeure.

Entrons dans cette nouvelle pièce, ou les frères, au cours de leurs recherches, ont tissé un vaste réseau de connaissances, comprenant aussi bien des détracteurs que des bienfaiteurs tels que Joseph Fourier, ainsi que des relations avec des amis et des rivaux comme Thomas Young. Les liens des frères avec ces diverses personnalités sont représentés dans cet espace.

Vous n’êtes pas fatigué ? Très bien, montons encore d’un étage ! Nous voici à l’étage de la fin de carrière de l’égyptologue et à l’étude de la civilisation égyptienne. Les aménagements ont été importants car les anciennes pièces étaient très étroites. Contrairement à l’époque des frères, la charpente originale apparaît et donne un aspect solennel à la pièce. Ici, c’est le métier de conservateur de Champollion qui est mis en avant. En effet, après avoir été déchiffreur, en 1826, Champollion devient conservateur du musée du Louvre et crée le département des antiquités égyptiennes. Dans les vitrines, on observe les collections prêtées par le Louvre de la salle des Dieux, la salle civile et la salle funéraire que Champollion avait créé.

En continuant dans cette même pièce, on découvre le voyage en Egypte de l’égyptologue. On observe les objets qu’il a pu rapporter comme une tunique et une coiffe. Lors de ce voyage, son objectif était de vérifier sa méthode de déchiffrement. Une ambiance sonore et une maquette sont présentes ainsi que des reproductions de dessins et de relevés de membres de son expédition. La maquette permet de mettre en avant les sites égyptiens tels que le frère Champollion les a observés lors de son voyage. A l’époque, seule la tête du Grand Sphinx surgissait du sable, alimentant son mystère.

La dernière pièce met en avant la chambre de Champollion, ainsi que la fin de sa vie. La bibliothèque abrite ses dernières recherches, et si vous êtes observateurs vous verrez se dessiner des cartouches de hiéroglyphes écrites par le jeune frère sur les murs ainsi que le lit. La mort de Jean-François Champollion, en 1832, rend l’égyptologie orpheline, et Jacques-Joseph endeuillé.

Enfin, près de la chambre désormais funéraire, la dernière salle relate l’histoire du panthéon égyptien, avec ses dieux les plus éminents. Il est possible d’imaginer Anubis dans sa mission, gardien du jeune frère.

Ne sombrez pas dans l'émoi, une dernière occasion s'offre à vous ! Il reste un dernier lieu à explorer : le bâtiment où se trouvent les expositions temporaires. Elles permettent d’approfondir certains sujets et notamment d’expliquer comment l’égyptologie à évolué après la mort des Champollion. L’exposition actuelle raconte la création du musée Champollion, et rend hommage aux membres de leur famille, aux habitants du village de Vif investis dans le projet, ainsi qu’à tous les acteurs et actrices locaux de la construction de ce musée. En mars 2024, la nouvelle exposition sur le Panthéon égyptien ouvrira ses portes avant de laisser sa place, plus tard, aux momies…

Vous aussi vous voulez apprendre à lire les hiéroglyphes ? 

Rendez-vous sur le site internet ou le compte Instagram du musée Champollion qui est gratuit et se situe dans la ville de Vif. À l’entrée, vous trouverez une billetterie afin de vous accueillir et de vous renseigner.

Le musée se trouve à portée de main pour les habitants de Grenoble grâce aux lignes de bus 25 et 26. Pour ceux qui préfèrent conduire, le musée est accessible en seulement 35 minutes et propose des places de stationnement aménagées pour les personnes handicapées et à mobilité réduite. 

Si vous voulez en apprendre davantage sur l’histoire de la création du musée Champollion, ne manquez pas l'interview de la conservatrice, Caroline Dugand, qui partage les anecdotes et les trésors cachés de la maison des frères Champollion ! 

Article rédigé par Aurore Delclos, Hector Pillot et Alexandre Roselet, étudiants en Master 1 CCST