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Qu'avons-nous en tête ?

Publié par Julie Chapelle, le 15 avril 2013   2k

Xl brain

A l’occasion de la dernière Fête de la science, Julie a rencontré Hana Lahrech, physicienne et neuro-scientifique à Grenoble Institut des Neurosciences au stand "Le Cerveau en Image".

L’Imagerie par résonance magnétique (IRM) (1) est devenue depuis quelques années un des principaux outils de diagnostic et de suivi thérapeutique. Cette technique se révèle particulièrement intéressante pour les pathologies cérébrales du fait de son innocuité, de sa facilité d’utilisation et de la précision des résultats.

Tout d’abord, quel est pour vous l’objectif d’être présent à la Fête de la science ?

Il est très important de sensibiliser et de montrer au public les travaux de la recherche scientifique. Que les gens soient au courant des dernières avancées de la recherche et comprennent le métier du chercheur. Il est aussi important de montrer comment est dépensé l’argent dédié à la recherche et qui vient en grande partie de nos impôts. Sans un bon financement, la recherche ne pourra pas progresser

Rentrons à présent dans le vif du sujet. Pouvez-vous présenter le GIN (2) et votre spécialité de recherche ?

Le GIN regroupe des chercheurs qui travaillent pour comprendre comment fonctionne notre cerveau pour le guérir. La particularité du GIN se trouve dans son transfert des technologies de recherche au service du malade. Mes travaux au GIN portent sur le développement de méthodes innovantes en IRM pour l’exploration et le diagnostic précoce et spécifique du cerveau et ses pathologies. Récemment, j’oriente davantage mes travaux en neuro-oncologie, sur les gliomes (3), que nous ne savons pas encore réellement guérir.

Quelles sont les avancées sur le cerveau, ou en IRM, qui ont le plus marqué vos recherches?

Deux thématiques sont particulièrement importantes; tout d’abord, la méthode de mesure de la micro-vascularisation. Celle-ci se crée autour des tumeurs pour les alimenter en favorisant leur croissance ce qui les rend agressives. Aujourd’hui, il existe des drogues pour détruire ces vaisseaux. En mesurant la quantité de sang qui passe à travers ces vaisseaux par imagerie rapide, nous pourrions savoir si ces drogues sont efficaces. Nous avons développé une méthode qui utilise un agent de contraste magnétique et qui permet d’évaluer si les vaisseaux sont détruits. Ensuite, je travaille sur le développement d’une imagerie qui utilise les propriétés physiques des molécules d’eau. Ceci conduit à la visualisation de la migration des cellules du gliome le long des fibres de la matière blanche (4). Ces études se font en pré-clinique et nécessitent de nombreuses validations. Il faut des années, dix ans voire plus avant de passer à l’étape clinique pour leur application chez des patients

Grâce aux dernières avancées en imagerie médicale, que pouvons-nous espérer pour l’avenir - et plus particulièrement pour les patients atteints d’un gliome ?

Nous devons tous mourir un jour, mais je souhaiterais que l’on puisse vivre sans souffrir. Que l’innovation apporte un soulagement et puisse améliorer la condition de vie des malades. Concernant le gliome, nous savons encore très peu de choses sur son origine (les cellules gliales (5)) et donc comment le soigner reste du domaine de la recherche. Mais des pistes thérapeutiques innovantes qui relèvent des technologies récentes de thérapie cellulaire sont porteuses d’un grand espoir.

>> Le Bescherelle du neuroscientifique

  1. L’IRM de diffusion est une technique qui permet en chaque point de l'image, le de calculer le mouvement de diffusion des molécules d'eau (leur intensité et leurs directions dans l’espace)
  2. GIN : Le Grenoble Institut des Neurosciences a été créé en 2007 par l’Inserm, l’Université Joseph Fourier, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et le Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble (CHU).
  3. Gliome : variété de tumeur cérébrale maligne issue du tissu nerveux, et plus spécifiquement de la substance servant de soutien aux neurones au niveau du système nerveux central (les cellules gliales).
  4. Matière blanche : fibres blanches myélinisées que l'on trouve dans le cerveau et la moelle épinière
  5. Cellules gliales : entourent les neurones et participent au contrôle de l'environnement chimique et électrique en leur fournissant des nutriments et en éliminant leurs déchets.

>> Infos : cet article a été rédigé dans le cadre du cours de journalisme de Muriel Jakobiak aux premières années de Master en communication scientifique à l'Institut de la Communiction et des Médias de l'Université Stendhal. Retrouvez "Médicis", le journal conçu par Julie en PDF en bas de l'article.

>> Illustrations : TEDxPioneerValley2012 (Flickr, licence cc), Julie Chapelle