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Semaine du Cerveau Grenoble 2017 : Les jeux sont faits ! partie [1/2]

Publié par Mathilde Chasseriaud, le 23 mars 2017   910

Xl go brain

Du 13 au 19 mars 2017, Grenoble et les communes voisines ont accueilli la Semaine du Cerveau. Cet évènement international, organisé dans plus de 30 villes en France (Paris, Toulouse, Bordeaux, Lille...) a pour but d'informer le grand public sur la recherche en neurosciences et d'en présenter les enjeux.

Pour cette édition 2017, la Semaine du Cerveau avait pour thème "Le jeu". Qu'il soit pathologique, source de plaisir, facilitateur d'apprentissage ou même un terrain d'étude insoupçonné, le jeu a été le fil conducteur des conférences, rencontres et projections qui ont jalonné cette manifestation.

Retour vers le passé, sur une semaine riche en sciences et en émotions (et attention Mesdames et Messieurs, rien ne va plus !).


Partie 1 : Des jeux vidéo d'action et de plateau


LES JEUX-VIDEO : BIENTOT SUR ORDONNANCE ?

Une question semblant bien dépourvue de sens mais suffisante pour piquer votre curiosité, n'est-cepas ? Le lundi 13 mars, Sylviane Valdois (directrice de recherche CNRS au Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition de Grenoble) et Irène Altarelli (chercheuse contractuelle au BavelierLab, Université de Genève) ont présenté des expériences réalisées dans le cadre d'études concernant les jeux vidéo d'action. Violents ? Abrutissants ? Chronophages ? Des termes absents lors de cette soirée inaugurale de la Semaine du Cerveau 2017.

Bien au contraire, les jeux vidéo d'action auraient des effets bénéfiques sur la vision, notamment l'acuité visuelle (la capacité à discerner un petit objet le plus loin possible), la résolution temporelle mais aussi la sensibilité au contraste. Les joueurs réguliers de jeux vidéo d'action ont ainsi de meilleurs résultats aux tests faisant intervenir ces capacités en comparaison des non-joueurs.

Livesketching réalisé par Julie Polge

Mais quel intérêt d'avoir établi de tels résultats ? Devons-nous alors passer notre temps à éliminer des Regeneradores (Resident Evil 4) et à s'infiltrer dans des complexes militaires (Metal Gear Solid) ? Non, bien-sûr que non, mais ces résultats de recherche se révèlent très précieux, la visée finale étant de les intégrer à des programmes cliniques. Ils pourraient ainsi être utilisés dans des traitements cliniques, comme dans le cas du syndrome de l'œil paresseux (amblyopie), dans lequel les deux yeux ne reçoivent pas les mêmes informations visuelles, obligeant le cerveau à inhiber un des deux yeux pour traiter l'information.


DES PIERRES NOIRES ET BLANCHES SUR UN GOBAN : VOUS SUIVEZ ?

Après les jeux vidéo d'action salvateurs, la Semaine du Cerveau continuait avec une soirée consacrée aux intelligences, naturelles ou artificielles, au centre culturel l'Odyssée (Eybens). Il était possible à partir de 19h de suivre une initiation au jeu de Go en compagnie du Club de Go de Grenoble et de découvrir toutes les subtilités de ce jeu de plateau. Territoire, capture... : un jeu n'ayant rien à envier aux échecs et pouvant même en être une très bonne alternative. A défaut de vouloir débuter tout de suite, si vous êtes plus "rat de bibliothèque", un très bon manga permet de se plonger dans l'univers du jeu de Go. Il s'agit d"Hikaru No Go" (aussi adapté en série d'animation).

Séance d'initiation au jeu de Go (Crédits : Semaine du Cerveau Grenoble)

La soirée s'est ensuite poursuivie autour d'une rencontre sous forme d'une mini-conférence avec Motoki Noguchi (joueur et détenteur de plusieurs titres de champion de France de Go), Carole Adam (maître de conférences en intelligence artificielle au laboratoire d'informatique de Grenoble) et Jean-Luc Roulin (maître de conférences en psychologie, LPNC, à l'Université Savoie Mont Blanc). Les discussions se sont rapidement orientées vers l'actualité en matière d'intelligence artificielle (IA). Un nom est souvent revenu au cours des échanges : AlphaGo, un programme informatique ayant battu des grands joueurs et champions de Go en 2015 et 2016.


Motoko Noguchi, Carole Adam et Jean-Luc Roulin répondant aux questions du public lors de la conférence "No brain, no game. Go game, go brain." (Crédits : Mathilde Chasseriaud)

Si les machines nous battent aussi sur nos propres terrains de jeux, que penser de notre avenir en tant qu'êtres humains ? L'obsolescence nous guette-t-elle ? Des questions assez déconcertantes, mais ne pouvant s'empêcher d'émerger au sein du public lors de cette rencontre. Carole Adam nous apporte cependant une lueur dans ces pensées obscures :

Il y a bien certes une intelligence artificielle qui sait jouer aux échecs, une autre qui sait chercher des informations sur internet mais aucune qui sait tout faire ensemble. Nous, nous avons une intelligence et une approche pluridisciplinaire. Par exemple le dialogue ; on sait discuter du jeu de Go, de philo, de plein de choses et une IA qui est faite pour dialoguer, il faut lui donner toutes les connaissances derrière chaque domaine pour lui permettre de parler dans ce domaine, et encore, il y a plein de connaissances implicites dont nous nous servons quand nous discutons avec quelqu'un, que nous avons acquises au fil des années à force de dialoguer.


ATTRAPEZ VOS CERVEAUX : LA CHASSE AUX ALIENS EST OUVERTE !

Introduire le concept d'Interfaces Cerveau-Machine et les recherches dans ce domaine de manière ludique ; défi réussi pour le GIPSA-Lab lors de sa journée portes-ouvertes, le mercredi 15 mars. A travers des sessions de jeu, Coriandre Vilain (ingénieur de recherche UGA-GIPSA-Lab), Hannah-Marie Doudoux (neurologue au CHU Grenoble Alpes-GIPSA-Lab), Anton Andreev (ingénieur d'études CNRS-GIPSA-Lab), Grégoire Cattan (doctorant CIFRE-GIPSA-Lab) et Laurent Ott (technicien Grenoble INP-GIPSA-Lab) ont fait jouer des volontaires à un jeu assez particulier. Le but est simple : détruire un alien cible le plus rapidement possible parmi une quarantaine d'aliens. Il ne fallait cependant pas chercher de souris ou de commande numérique pour pointer une arme vers cet être venu d'ailleurs (vous n'en auriez pas trouvé de toute façon). Comment viser et détruire un alien dans de telles conditions ? En mesurant l'activité cérébrale du joueur !

Séance d'OpenLab (GIPSA-Lab) avec la démonstration du jeu Brain Invaders (Crédits : Mathilde Chasseriaud)

Pendant la partie, celui-ci était équipé d'un casque EEG avec des électrodes enregistrant son activité cérébrale. Parmi la multitude de signaux enregistrés, une onde en particulier retient l'attention des chercheurs : l'onde P300. Elle est nommée ainsi car elle apparaît fortement lorsqu'un un événement rare et attendu par le sujet se produit (plus exactement 300 millisecondes après que cet événement se soit produit ).

Dans ce jeu, les 36 aliens apparaissent de manière irrégulière, en clignotant. En concentrant son attention sur l'alien cible et lorsque celui-ci apparaît, le joueur produit une onde P300 très intense. En comparant l’activité cérébrale du sujet avec les instants d’apparition des aliens et après de savants calculs, les chercheurs peuvent alors repérer quel alien a provoqué le plus d’onde P300. Celui-ci sera alors détruit . Il arrive cependant que la détection ne s’opère pas correctement et qu'un alien innocent soit détruit. Le chasseur perd alors une vie.

Une partie de Brain Invaders avec les aliens, le score (en bas à gauche) et le nombre de vies restantes (en bas à droite). Crédits : Mathilde Chasseriaud

Une animation qui a laissé les visiteurs surpris et impressionnés de par sa réalisation technique. Etait-ce bien uniquement l'alien qui venait d'une autre galaxie...?

(N.B : Pour compléter cette journée, une mini-conférence avec Grégoire Cattan avait lieu le mardi 21 mars pour expliciter davantage les interfaces Cerveau-Machine dans les contextes de jeux vidéo).

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La Semaine du Cerveau continue dans la Partie 2, avec le jeu pathologique et les interfaces Cerveau-Machine.

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Visuel principal : Livesketching de Julie Polge