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"Vastes, Calmes, Impitoyables" : dans la tête des extraterrestres

Publié par Laurent Vercueil, le 22 avril 2018   1k

Xl rencontre du 3  me type

Comment fonctionne le cerveau des Aliens ? Les martiens ont-ils aussi un lobe frontal ? Et pourquoi serait-il comme le nôtre ? Avec des neurones, de la glie, un signal électrique et chimique ? Un pôle récepteur, des circuits sous-corticaux, un système autonome, un contrôle exécutif ? oui, Pourquoi ? 

Ce serait un drôle de manque d'originalité, en fait. 

D'autres solutions existent, sans doute.

Assurément, l'univers est-il assez grand pour qu'il ait été possible de bricoler le truc un peu différemment.

Et de faire mentir Yves Coppens, lorsqu'il écrit, à propos du cerveau humain, qu'il représente "l'état le plus compliqué de la matière que l'on connaisse, après quatorze milliard d'années d'histoire, la plus belle du monde" (1)...

Et s'il y avait quelque chose qui serait comme une sorte de cerveau, mais en plus compliqué, ailleurs ? Dans la tête d'un extra-terrestre, par exemple. 

Les auteurs de science-fiction n'ont pas manqué de faire évoluer nos voisins sous nos yeux. Cela donne l'occasion de se pencher sur leurs créations : s'ils ne détaillent pas nécessairement l'organisation de leurs systèmes nerveux (ou de ce qui leur en tiendrait lieu) en anatomistes chevronnés, au moins peuvent-ils nous indiquer leur mode de fonctionnement, les traits de leur caractère, ou qualifier leurs propriétés principales. Nous serions alors en mesure d'en déduire ce qu'il se passe dans la tête d'un extra-terrestre. Et ce qu'il leur faudrait comme type de cervelle pour que cela se passa de la sorte. 

Pour prendre en exemple, Herbert Georg Wells (1866-1946), qui est crédité du premier récit de science fiction mettant en scène des martiens, dans "La Guerre des Mondes" (2), paru en 1898,  l’écrivain a brossé le portrait de créatures ébouriffantes, auxquelles le sort de l'être humain est indifférent.

HG Wells attribue aux intellects martiens les qualités suivantes : "Vastes, Calmes, Impitoyables". 

Vastes, Calmes et Impitoyables, ça fait une excellente base pour explorer les déclinaisons possibles des mentalités extraterrestres, les "Alien Minds". Dans ce qui suit, nous examinons en quoi l'esprit extra-terrestre peut être vaste, calme et impitoyable et ce que cela signifie pour l'organisation de son système nerveux (on appellera ça comme ça, provisoirement et avant plus ample information...).

1-Vastes : de la vastitude de l'intellect martien

Les intelligences extra-terrestres seraient vastes. Et de fait, très souvent, elles ont un train d'avance sur les nôtres. Elles ont inventé les soucoupes volantes, alors que nous nous affligeons toujours de ces fusées grotesques, ces navettes vaguement obèses, ces stations étriquées et squelettiques aux laborieuses rotations orbitales. Dans Star-Wars, les vaisseaux ont une autre allure. Pour Wells, l'intelligence martienne se matérialise notamment dans leurs armes, un rayon fulgurant, balayant la vie devant lui. Bref et donc : les martiens sont plus intelligents que nous. 

En même temps, il est normal que si c'est nous qui sommes visités par eux, ils aient développé des moyens techniques supérieurs aux nôtres. Sinon, ce serait nous, les extraterrestres !  (si je peux m'exprimer ainsi). 

Cette étendue supérieure de l'intelligence extra-terrestre ne serait donc qu'une avance technologique, éventuellement attribuable à une évolution plus rapide, ou ayant démarré antérieurement. En l'absence de communication entre les différents systèmes solaires, un écart significatif de développement pourrait être difficile à combler...

Mais peut-être ce QI incommensurable au notre pourrait être du à des propriétés spécifiques. 

Dans le roman d'Arthur C. Clarke, porté à l'écran par Kubrick, 2001 Odyssée de l'espace (1968), le monolithe noir (dans le film, transparent dans le livre) qui visite les australopithèques est doué de télépathie, transmettant les connaissances qui vont décider de l'évolution humaine (à la maitrise de l'outil, en l'occurrence) à la vitesse de la révélation soudaine. C'est une faculté, la télépathie, qui nous fait défaut assurément. Qui plus est, chez un genre de gros frigo américain.

Les martiens de Ray Bradbury, ceux qui circulent dans ses "Chroniques Martiennes" (1950), sont nettement moins impressionnants. Ils souffrent de jalousie conjugale, vaquent à leurs petits besoins quotidiens, et ont même des maisons pour les fous, où ils accueillent les terriens qu'ils prennent pour des cinglés. Ils ont toutefois l'opportunité de matérialiser devant eux le produit de leur imagination, ce qui est certainement un avantage pour briller au cours des dîners mondains. 

2. Calmes: du sang-froid des martiens

Le sang froid est l'une des qualités les plus manifeste de l'extra-terrestre. Il est rarement ému, et semble surtout occupé à poursuivre de manière compulsive un dessein qui peut nous être plus ou moins favorable. 

Il est étonnant que nos voisins galactiques soient parvenus à ne pas évoluer sur la base d'un système limbique comme le nôtre. En pilotant les comportements les plus élémentaires d'attraction et de répulsion, les émotions sont le premier moteur du corps, et ce qui s'édifie à partir d'elles de sentiments, ne représente que le fruit d'une cogitation artificielle, et, osons le mot, un peu fabriquée. Depuis la paramécie que des modifications dans la composition du milieu dans lequel elle évolue vont faire fuir ou attirer, les émotions (qui, étymologiquement, signifient "mettre en mouvement") vont s'élaborer dans une gamme qui se diversifie avec l'évolution, mais reste centrée sur les deux composants : j'aime (et j'arrive) ou j'aime pas (et je m'en vais). 

Si on retire les amygdales, les hippocampes, l'aire cingulaire antérieure (des deux côtés) et un gros morceau de l'insula (des deux côtés aussi), il ne reste pas grand chose de l'être humain. Grosso Modo, ce que Klüver et Bucy ont décrits : un être apathique, dépourvu de comportement motivé, et qui explore son environnement avec la bouche (portant tout ce qu'il voit à la bouche pour le mordre). Pas l'image que l'on a de nos amis les E.T.

Une autre explication serait que, par dessus le système limbique qu'ils auraient nécessairement développés (sauf si la notion de mouvement n'a pas cours chez eux), ils aient bénéficié d'un espèce de super-lobe préfrontal qui assurerait une maîtrise complète des émotions. A ce stade, on peut se demander à quoi ça peut bien servir, d'avoir des émotions, si c'est pour les flanquer d'un tel gardien...

3-Impitoyables : les martiens sont-ils seulement empathiques ?

Il pourrait sembler surprenant que les E.T ne connaissent pas l'empathie. Probablement, lorsqu'ils exterminent les terriens, n'éprouvent-ils pas davantage de remords que l'humain balayant les fourmis de son pied. Peut-être n'ont ils pas une conscience exagérée de ce qu'est la vie.

S'ils n'ont pas d'émotions, il est probablement logique qu'ils ne connaissent pas l'empathie. D'où leur caractère impitoyable. 

Sauf que l'empathie peut être aussi l'objet d'une stratégie froide, logique, visant simplement à optimiser mes propres gains. Si je peux me représenter l'état d'esprit dans lequel se trouve mon congénère (ou en l’occurrence, mon "con-spatial"), je suis en mesure d'adapter mon comportement en prenant en compte son point de vue. C'est du simple pragmatisme. 

Dès lors, il est possible de concevoir un cerveau extra-terrestre empathique par calcul stratégique, mais dénué d'émotivité. En somme, je peux me mettre à ta place, mais ce qui t'arrive m'est indifférent. 

Un cerveau empathique et impitoyable. 

Notons que la civilisation extra-terrestre est incapable d'enfanter les chefs d’œuvres artistiques que nous connaissons (de mon point de vue, on n'a pas assez glosé sur la possibilité d'un art extra-terrestre), puisque "la terreur et la pitié" leurs sont inconnus.

Un beau cerveau, mais de tristes sires. 


Référence

(1) "Une belle histoire de l'homme", sous la direction d 'Evelyne Heyer. page 129 de l'édition Champs sciences. Flammarion. 2017