La Vie de Galilée par Claudia Stavisky

Publié par Léa Montoro, le 17 octobre 2021   310

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1609 – Le ciel est aboli.

La Vie de Galilée est une pièce de théâtre de Bertolt Brecht, mise en scène aujourd’hui par Claudia Stavisky, en tournée dans toute la France. Elle était présente en représentation à la MC2 : Grenoble du 5 au 7 Octobre. Un franc succès, à l’image des nombres de spectateurs présents dans la salle les trois soirs. La pièce, construite en ellipse, retrace une partie de la vie de Galilée de 1609 à 1636 environ.

Cette version, sobre mais saisissante, au milieu de décors qui nous plongent dans les années 1600, dure 2h35 (sans entracte). Une troupe de 11 acteurs, menés par Philippe Torreton, nous fait vivre les réflexions, les échanges, les certitudes et les doutes par lesquels Galilée et son entourage passeront, déclenchés par les observations qui ont bouleversé les fondements de l'astronomie.

Ici ne s’opposent pas qui a tort et qui a raison. S’opposent pourvoir, croyance, raison et volonté scientifique face à la question « où est dieu ? » que soulève la remise en cause des modèles astronomiques. Faut-il rendre publique une découverte qui anéantira tout repère sur lequel la civilisation s’est construite ? Si la terre n’est plus au centre de tout, si elle n’est qu’un corps céleste errant parmi tant d’autres, alors la faim est juste la faim et non plus une épreuve de Dieu ?

Cette réflexion sur la faim nous vient du petit moine physicien interprété par Alexandre Carrière dans une tirade qui nous plonge dans la foi et une vision bien plus humaine du problème de révéler les trouvailles de Galilée. Une vision moins humaniste se retrouve dans le rôle des dirigeants de l’église catholique. Le pouvoir que leur confère la foi les amène à menacer Galilée et même plus …

La raison, arme la plus puissante de l’homme pour Galilée soutenue par les preuves, suffira-t-elle à faire tenir ce monde, cette société de croyance pour reconnaitre que la terre n’est plus au centre de l’univers et que le Dieu de l’Église catholique est délogé de la voûte céleste ?

Anecdote : la pièce de Bertolt Brecht a connu deux fins. La première version où Brecht faisait de Galilée un héro qui se rétracte devant la torture seulement pour finir son œuvre et de la livrer au monde. Le 6 août 1945 viendra balayer d’un coup de souffle ce personnage … A la suite du bombardement atomique d’Hiroshima, Brecht changea sa vision de Galilée et notamment le monologue de fin : Galilée avoue s’être rétracté par peur et non par héroïsme et d’avoir été irresponsable face à l’utilisation potentielle de ses découvertes. Il s’accuse d’avoir trahi la science, d’avoir pensé que qu’elle pouvait vivre indépendamment de la politique, de la société et des modes de productions.

On y retrouve ici le théâtre, la romance, la mise en scène d’une vie qui se veut proche de la réalité, mais qui se modifie et qui s’accorde avec son temps. La responsabilité du savant est mise en avant.

Le vertige d’une humanité …

La vie de Galilée est à l’origine une pièce de Bertolt Brecht, écriture toute en puissance et en sentiments dont la pensée résonne avec l’actualité. Nous sommes dans une période tout à fait semblable où le monde est en train de changer totalement de visage et de structure. Nous ne le connaissons plus et n’arrivons plus à l’imaginer. Le vertige qui nous prend est proche de celui des congénères de Galilée. Ce parallèle se retrouve dans une autre œuvre, le spectacle Moving Earths de Bruno Latour, sociologue et philosophe des sciences mis en scène par Frédérique Aït-Touat (à retrouver dans l'article de Clémentine Mulet : https://www.echosciences-greno...).

Claudia Stavisky nous livre sur scène un vieux rêve qu’elle pensait hors d’atteinte, tellement cette pièce « est la plus parfaite du XXème siècle » par son sujet et sa modernité.

2h35 hors du temps, à retrouver dans d’autres villes de France.

Photo par Simon Gosselin. Pour en savoir plus : https://www.theatre-contempora... & https://www.theatre-hexagone.e...