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[Podcast] Comment faire valoir les droits des enquêtés en sciences sociales ?

Publié par Laboratoire Pacte, le 18 mars 2024   380

Pour ce 5ème épisode, nous avons reçu Sarah Mekdjian, enseignante chercheuse spécialisée dans les politiques migratoires et les conditions de la recherche en sciences sociales. Avec elle, nous nous sommes intéressés au statut des participants à une recherche participative dans le contexte universitaire. 

Cartographier les expériences
L’étude des voyages migratoires, principalement menée par des géographes, est un terrain propice à la recherche participative. En ce sens, l’approche de Sarah consiste à produire une cartographie collaborative des itinéraires en lien direct avec les intéressés. Un processus qui l’a aussi amenée à travailler avec des artistes pour dessiner les cartes, amenant rapidement une problématique très terre à terre : celle du droit des participants à ces initiatives. En effet, d’un point de vue juridique, qui doit-on créditer lorsque l’on expose une carte réalisée à plusieurs mains ? Cette question, soulevée à l’occasion d’une exposition au Centre d'histoire de la Résistance et de la déportation de Lyon en 2016, a fait émerger un véritable enjeu de reconnaissance et de bonnes pratiques vis-à-vis de la contribution de chacune des personnes impliquées dans un processus de recherche collaborative. 

Qui signe les cartes ? 
Traditionnellement, puisque « l’autorité » est du côté des chercheuses et chercheurs, il en va autant de la responsabilité et de la signature des cartes. Une habitude académique qui a longtemps été perpétuée par un clivage net entre enquêteur et enquêté, mais qui tend à s’atténuer aujourd’hui. En effet, les travaux de Sarah l’ont amenée à collaborer avec des personnes de statuts très différents, ni artistes ni chercheurs, mais plutôt coiffeurs, livreurs ou plongeurs dans la restauration... Une variété de situations qui entraine nécessairement tout un questionnement sur les manières de travailler ensemble et les démarches d’enquête. Ces interrogations se sont cristallisées dans un ensemble de courants critiques qui ont alimenté la réflexion autour des implications coloniales et politiques des sciences humaines et sociales. Néanmoins, ce ne sont pas des problématiques exclusives à la recherche : on les retrouve également dans le champ politique, notamment au travers de la démocratie participative, ce qui met une fois de plus l’accent sur l’importance d’un bon cadrage sur la participation pour garantir des situations d’égalité pour les participants.

Passer d’enquêté à participant
L’exemple des cartes migratoires est révélateur d’un enjeu de reconnaissance intellectuelle d’un travail commun, qui trouve toute sa résonnance dans notre fil rouge de la recherche participative, aussi qualifiée de « science partagée ». La principale difficulté est que le statut d’enquêté n’en est pas vraiment un ; il ne s’agit pas d’un métier en termes juridiques, donc il est difficile d’établir une collaboration équilibrée avec un fonctionnaire rémunéré. Heureusement, il existe quand même des solutions à l’heure actuelle, dont deux en particulier dans un cadre universitaire. Dans un premier cas, il est possible d’avoir recours à un contrat de prestation de service, par lequel l’enquêté devient un prestataire. Un mode de fonctionnement pratique, mais qui perpétue une forme d’asymétrie entre commanditaire et prestataire. Pour remédier à cela, il existe une autre option : les contrats de collaboration de recherche, qui font évoluer assez sensiblement le statut d’enquêté vers celui de participant. Pour autant, dans le cadre des recherches de Sarah, une difficulté supplémentaire se pose vis-à-vis de ses collaborateurs, puisqu’il s’agit souvent de sans-papiers, qui n’ont pas légalement pas le droit de travailler sur le territoire français. Une barrière qui pourrait être levée par le biais de la reconnaissance des droits d’auteurs, qui n’est pas limitée par les mêmes problématiques administratives que le travail en France. Un premier pas vers l’ouverture des sciences, mais qui laisse entrevoir toute une série de questions vis-à-vis de la responsabilité de la recherche envers ses participants non académiques. 

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