Réchauffement climatique : du rapport du GIEC aux initiatives en Isère

Publié par Hélène Mottier, le 23 janvier 2019   1.2k

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Chronique rédigée et présentée par Hélène Mottier pour le MagDSciences

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En octobre 2018, le Groupe Intergouvernemental d’expert sur l’évolution du climat, le GIEC, a publié son dernier rapport sur les conséquences d'un réchauffement climatique à +1,5°C, rédigé à partir de près de 20 000 articles scientifiques réalisé par plus de 200 chercheurs [1]. Depuis, l’écologie est enfin véritablement entrer au cœur des débats, et on comprend pourquoi...

En 2015, 196 nations avaient adopté l’Accord de Paris dont l’objectif était de limiter le réchauffement climatique en-dessous de +2°C par rapport à l’ère préindustrielle (depuis 1800).

Le problème, c’est qu’un réchauffement climatique à 2°C serait dramatique, avec des effets irréversibles sur des siècles. Le rapport du GIEC précise donc qu’il est primordial de ne pas dépasser la barre des +1,5 °C, sachant que nous sommes déjà à + 1 °C.

Pour y parvenir, le GIEC explique la nécessité de réduire dès aujourd’hui de -70% les émissions mondiales de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Pourtant, ces émissions ont continué d’augmenter en 2017 et en 2018, y compris en France [2]. Il a donc urgence.


Quelle différence entre un réchauffement climatique à +2 et +1,5°C ?

Imaginez cela à l’échelle du corps humain. La température basale varie autour de 36.6 °C au cours d’une journée. Si l’on ajoute 1,5 °C, on se trouve donc avec une température corporelle autour de 38 °C, considéré comme un état fiévreux. Ensuite, chaque demi-degré compte et les symptômes sont de plus en plus graves. A l’échelle de la planète, c’est très comparable, chaque demi-degré compte [3]. A tel point qu’à +2 °C, la Terre passerait à un nouveau régime climatique, jamais connu par l’humanité [4].

Parmi les conséquences graves [5], les catastrophes naturelles extrêmes récurrentes, une perte de la biodiversité toujours plus massive, des sécheresses et des vagues caniculaires annuelles, des fontes totales de glace dans l'océan Arctique toutes les décennies, la montée des eaux de plus d’1 mètre, l'accès à l'eau potable limité… La liste est tristement longue.

Et ces évènements, déjà amorcés, vont s'accentuer dans les prochaines décennies. Le GIEC rapporte que nous passerons le pallier des + 2 °C vers 2050 et qu’à la fin du siècle, en 2100, nous serons autour des +3,7 °C si nous ne faisons rien aujourd’hui pour réduire drastiquement les émissions à effet de gaz.


Quel est l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique ?

Les activités humaines [6] représentent la cause principale du réchauffement climatique observé depuis les années 1960 du fait de l’émission de gaz à effet de serre, notamment.

La combustion des énergies fossiles par les transports constitue presque 30% des émissions. Les transports individuels et de marchandises étant les premiers responsables. Le secteur agricole avec l’élevage et l’utilisation de produits chimiques est responsable de 20%. De plus, l’élevage est responsable à lui seul de 63 % de la déforestation amazonienne [7], les terres étant cultivés pour la nourriture animale, comme le soja ou le maïs. Vient ensuite les industries du secondaire et du tertiaire, l’industrie de l’énergie, le traitement des déchets, etc.


La France est-elle un gros pollueur et que faire à notre échelle ?

En 2016, la France était classée 15ème pays produisant le plus de CO2 sur son sol. Il reste  toutefois impossible d’évaluer avec exactitude l’impact que les français ont réellement. La Chine par exemple, est le premier pollueur au monde, en grande partie à cause de la fabrication d’objets manufacturés, la transformation de produits alimentaires et l’exportation de ces produits, vendus partout dans le monde, y compris en France. En achetant ces produits, nous participons donc indirectement à l’émission de CO2 en Chine.

D'autant que la France compte une augmentation de +2 % de ces émissions de gaz à effet de serre en 2018. Tous les acteurs doivent donc se mobiliser si nous voulons limiter les effets du réchauffement climatique. Les grandes entreprises, par leurs activités, et les gouvernements, par la mise en place de lois en faveur d'une justice climatique,  ont bien sûr une responsabilité très importante dans cette transition qui se doit d'être rapide. Mais il est également important d’agir à l’échelle individuelle. L’addition de petites actions a un impact bien plus grand qu’on ne le suppose et nous manquons encore de recul pour évaluer leurs effets. 

L’achat de produits alimentaires et manufacturés locaux, permet de limiter drastiquement l’emprunte carbone lié au transport ou à la transformation industrielle. Favoriser les transports en commun en ville ou les navettes gratuites vers les pistes de ski sont aussi des actions à promouvoir. Acheter dans une épicerie en vrac, réparer ses appareils électroniques, recycler, composter, éviter d’acheter du neuf… Il n’y a pas de petites actions et les collectifs se multiplient pour promouvoir leur mise en place à grande échelle.

L’alimentation est un domaine particulièrement important, où l’on peut agir tout de suite. Stehfest et ses collègues [8] avaient calculé qu’en diminuant la consommation moyenne de viandes bovines à 70g par semaine -l’équivalent d’un steak- et de 560g de poissons, œufs et autres viandes par semaine et par personne, cela permettrait déjà de réduire de 8,5 % les émissions totales de gaz à effet de serre.


Que se passe-t-il à Grenoble et ses alentours en faveur de la transition écologique ?

Grenoble et ses alentours sont riches en initiative. A Grenoble, nous pouvons par exemple cité l'initiative du chercheur en Psychologie sociale, Laurent Bègue, qui a lancé une étude nationale nommée Lundi Vert pour inviter à ne plus manger de viande et de poisson le lundi, des épiceries en vrac ouvrent, les cantines se font plus bios et favorisent l’agriculture locale... Au niveau de l'information sur le climat, l'Université Grenoble Alpes a financé la création de l'Encyclopédie de l'Environnement, réalisée par de nombreux chercheurs et experts spécialistes dans divers domaines (climatologie, biologie, pharmacie, sociologie etc.). Pour les intéressés, cette encyclopédie présente des articles de vulgarisation scientifique très complets et éclairants.

Un peu plus haut dans les montagnes, l’association Vert & Co ouvre les portes de ses Comptoirs le 9 février 2019 à Lans-en-Vercors. Leur but ? Réduire l’emprunte carbone des habitants du plateau du Vercors et des amoureux de la montagne.

L’idée est de s’appuyer sur le bilan carbone personnel, un outil conçu par l’Ademe en 2007, qui mesure l’impact environnemental des foyers sur 4 principaux thèmes : l’alimentation, les transports, la consommation et le logement. Aux Comptoirs Vert & Co, on pourra ainsi apprendre les bases d’une alimentation locale, plus respectueuse de l’environnement, et échanger autour d’autres écogestes utiles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre : l’écomobilité, le « zéro déchet », les « 5 R » (Réutiliser, Réparer, Recycler, Réduire et Réinventer), le potager, etc. Tout en échangeant autour d’un café, d’un repas ou en participant aux ateliers. Un partage des savoirs et une entre-aide importants dans les changements de mode de vie vers la transition écologique.


Rédaction: Hélène Mottier
Co-rédaction: Dominique Clerc

Illustration : 


Références bibliographiques :

[1] https://www.lemonde.fr/les-dec...

[2] https://www.francetvinfo.fr/mo..

[3] https://www.chasingcoral.com

[4] Shaw, C. (2015). The two degrees dangerous limit for climate change: Public understanding and decision making. Routledge.

[5] Mora, C., Spirandelli, D., Franklin, E. C., Lynham, J., Kantar, M. B., Miles, W., ... & Barba, E. W. (2018). Broad threat to humanity from cumulative climate hazards intensified by greenhouse gas emissions. Nature Climate Change8(12), 1062.

https://reporterre.net/Giec-et...

https://reporterre.net/Climat-...

[6] http://www.statistiques.develo...

[7]  Margulis, S. (2003). Causes of deforestation of the Brazilian Amazon. The World Bank.

+ https://www.viande.info

[8] Stehfest, E., Bouwman, L., Van Vuuren, D. P., Den Elzen, M. G., Eickhout, B., & Kabat, P. (2009). Climate benefits of changing diet. Climatic change95(1-2), 83-102.

https://theconversation.com/a-...

https://www.foreignaffairs.com...