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Le Master CCST

Les risques et enjeux du partage de la connaissance scientifique : cas de la communication autours du sida

Publié par Fetet Hanna, le 11 novembre 2018   610

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Au master CCST de Grenoble, on aime bien se poser des questions sur les fondements de notre futur métier de communicant scientifique. C’est pourquoi nous avons un cours intitulé « enjeux contemporains de la Culture scientifique et technique », auquel je dédie cet article. La question existentielle que nous nous posons à ce cours du 8 novembre 2018 est la suivante :

« Quels sont les enjeux et les risques du partage de la connaissance scientifique ? »

Nous allons ici traiter de cette question à travers l’exemple du partage des informations et connaissances scientifiques des premières campagnes de communication sur le sida. Les faits évoqués dans cet article sont tirés de mes notes sur le cours Communication des Organisations tenu l'an dernier par J-P De Oliveira, chercheur au GRESEC et Maître de Conférences.

>> Rappelons le contexte

Le premier cas atteint du sida est apparu en 1982. A partir de cette date, le virus se propage extrêmement vite. A l’époque, l’opinion publique pense que seules les personnes homosexuelles, droguées ou victimes de perfusion de sang contaminé sont les seules victimes du virus. Malgré la démultiplication des cas sujets au sida, aucune démarche de communication n’est entreprise.

>> Enjeux et risques d’une campagne d’information et de prévention :

Le sida est l’exemple même que le partage de la connaissance scientifique est sujet à de nombreux enjeux et risques. L’enjeu, relativement important, est la communication à propos du virus afin de faire de la prévention pour limiter la propagation et le nombre de victime, en informant sur la maladie et les modes de transmission. Face à l’ampleur du désastre sanitaire et malgré le désir du grand public d'accéder à la vérité sur ce virus, cette communication est sujette à des risques tels que :

  • Le manque de connaissances scientifiques sur le sujet, pouvant provoquer la désinformation.
  • La peur de provoquer la panique et l’exclusion des malades : effectuer des contrôles aux frontières et mettre les malades dans les centres spécialisés, comme le proposait J-M Le Pen dans le journal télévisé, aurait énormément stigmatisé les malades, c’est pourquoi cette mesure n’a heureusement pas été adoptée. Toutefois la peur à l’égard de cette maladie augmente et le public estime ne pas avoir accès à la vérité sur la question.

L’action publique a pu se débloquer en 1987 à l’occasion des premiers dépistages et des connaissances acquises sur la transmission de la maladie. Une véritable campagne de communication commence en essayant d’être la plus informative et la plus neutre possible, tout en évitant absolument toute stigmatisation. Cela s’est concrétisé par des clips vidéo réalisés par le ministère de la santé et de la famille destinées principalement aux jeunes.


Toutefois, la sexualité étant un sujet tabou, la contraception n’est pas évoquée, ce qui rend le message de ces vidéos peu clair. Voici comment, malgré un enjeu important, la peur de choquer biaise le partage de la connaissance scientifique.

>> Le contournement des risques :

En 1989 est créée une agence publique chargée de la communication sur le sida uniquement. Cette agence va concentrer ses efforts sur la communication autours du préservatif, ce qui est une nouveauté pour un sujet tabou comme la sexualité. Afin de contourner les risques de stigmatiser et de faire peur, le message est basé sur la tendresse de protéger ses proches et non sur la mort engendrée par le sida (message utilisé dans d’autres pays).

>>Un message scientifique toujours biaisé :

Malgré une grande avancée par les campagnes de prévention qui parlent enfin de sexualité, les sujets tels que l’homosexualité ne sont pas abordés. Ainsi, tout le monde ne s’identifie pas à cette campagne, qui est pourtant adressée à tout le monde. En conséquence, les années suivantes sont sujettes à une grosse crise de mortalité liée au sida, l’élevant au rang d’enjeu politique majeur. Le poids des associations, comme ACTUP, fait changer les campagnes de l’Etat et parviennent à cibler un public bien plus large en mettant en scène des relations extraconjugales, des couples homosexuels, des migrants (qui apparaissent à cette occasion pour la première fois à la télévision !) : on ne se place pas dans le jugement.

Placé dans un contexte social, politique, environnemental ou autre, il n’est pas toujours évident de partager les connaissances scientifiques, même si les enjeux sont importants. Il est du métier du communicant de contourner les risques d’un tel partage en développant des stratégies et astuces pour amener l’information à bon port sans modifier son sens ou son interprétation.

HF