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Mémoires du Futur

Vers un confinement à longue durée adapté aux contextes

Publié par Jean Claude Serres, le 18 avril 2020   800

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Cet article est organisé en 5 parties qui font systèmes, en interactions, car la situation et les contextes évoluent au jour le jour :

1 – De la prise en compte des faits
2 – Des erreurs et de la contre productivité d’un confinement national
3 – De la maîtrise des risques globaux
4 – Des pistes pour un confinement contextualisé
5 – Définitions  relatives à « confinement »
6 - En synthèse

1 – De la prise en compte des faits

La prise en compte du réel, la représentation de la réalité n’est pas objective. Elle dépend autant du lieu de sa prise en compte et du paysage qui est familier, que de la façon de penser sa représentation, que des enjeux personnels et collectifs, c’est-à-dire d’un horizon de réflexion. Un facteur très polluant de l’objectivité est la pression médiatique omniprésente, émotionnellement fort délétère, autant pour les politiques confrontés aux devoirs de réponses immédiats que pour la population peu enclin à prendre du recul.

La réalité construite et partagé doit intégrer l’espace à prendre en compte et la temporalité (mémoire et inertie des plans d’actions). L’espace doit contenir les dimensions épidémiques, économiques, climatique, politiques, psychiques, leurs interactions et les effets collatéraux non voulus des stratégies mise en place.

  • Epidémique : cette épidémie va relever de l’ordre de grandeur de la grippe d’Hongkong en 1969 (30 000 morts) et la grippe asiatique en 1959 ( 100 000 morts) en France. Après un mois de confinement strict la mortalité directe comptabilisée (Hôpital + EPAD) est à mettre en perspective avec l’évolution de la surmortalité en comparant à 2018 et 2019 par exemple. La population la plus fragile concerne les personnes au-delà de 85 ans et situées dans les métropoles en surcharge de malades (1/4 NE de la France pour faire simple)
  • Economique : la récession en 2020 fait suite à la forte perturbation d’économique liées aux grèves pour la reforme de la retraite, elle-même faisant suite à la crise des gilets jaunes ayant eu elles aussi de gros impacts budgétaires. La France s’engage ainsi dans une longue période de récession économique et une évolution pratique de la façon dont se dépense l’argent
  • Une succession de dérégulations climatiques : tempêtes, canicules. Cet été nous pourrons vivre simultanément les dégâts collatéraux du confinement, de l’épidémie et de la canicule.
  • Politique : l’enjeu de l’économie mondialisée comme européanisée se dispute l’autre facette celle du repli sur soi nationaliste et celle des circuits courts écologiques dans un fonctionnement de représentation démocratique de moins en moins crédible et soutenu.

2 – Des erreurs et de la contre productivité d’un confinement national

Les décisions prises en urgence au mois de mars, laissent la place à une continuité du confinement national et du déconfinement très très progressif en avril puis mai, juin peut être juillet et août.

  • Les démarches contreproductives comme le périmètre de sortie limité a un km favorise la concentration des personnes autours des îlots d’immeubles, dans les villes à forte densité
  • La fermeture des marchés alors qu’en espace ouvert et bien organisé, ils réduisent la circulation du virus (pas d’accès de la population aux étalages) alors que les superettes et les supermarchés favorisent la rencontre des personnes, la multi saisie de chaque article.
  • La fermeture des commerces comme les librairies, ameublement et autres services (sans prise directe de la marchandise et sans essayage (vêtements et chaussures) amplifie inutilement la crise économique et favorise dangereusement la vente par correspondance
  • La discrimination sociale et moralisante: le vélo de loisir n’est pas perçu comme facteur de résistance et d’amélioration de la santé comme du moral des personnes âgées, les joggers sont montrés du doigt
  • La non prise en compte des spécificités locales en terme d’accès à la nature : la France « périphérique » subit ainsi la double peine pour satisfaire les exigences soi-disant civiques des grandes métropoles.
  • La non prise en compte des effets à long terme sur le confinement des personnes âgées en terme de qualité de vie, d’appétit à se battre et de démoralisation qui vont conduire sur un horizon minimal de 5 mois (15 juillet au mieux) à des postures de résignations et quasi suicidaires (aussi vrai pour les chômeurs longue durée et les artisans, entrepreneurs et commerces qui seront en cessation d’activité)

Nous pouvons ainsi conclure que les exigences de confinement actuelles définies par l’état seraient susceptibles d’être attaquées en justice pour défaut de discernement ; mise en danger de la vie d’autrui et déstabilisation durable de l’économie locale, dans les espaces et territoires où le système de santé n’est pas sous tension.

3 – De la maîtrise des risques globaux

La situation actuelle (prise en compte de l’année 2020 totale) est de type « catastrophe-métamorphose ». Le retour à l’avant ne sera plus possible pour une très longue période (plusieurs années, plusieurs décades) pour plusieurs raisons :

  • Désynchronisation des fermetures de frontières
  • Accélération des crises sociales, climatiques, épidémiques, économiques, etc. qui seront de plus en plus vécues en simultané
  • Accroissement des inégalités et des discriminations sociales
  • Renforcement de la numérisation de la société qui en lui même est un grave accélérateur des inégalités sociales

Ce contexte impose de réfléchir et d’agir  dans le cadre de la « pensée complexe » soit « penser agir en simplexité »

  • La stratégie du projet latéral : la cible globale doit être suffisamment vaste pour englober et se nourrir de stratégies locales diversifiées
  • La stratégie du missile qui recalcule constamment son chemin sur une cible mobile : Diagnostic, Vision (stratégie), Actions sont trois processus vivants et simultanés qui se nourrissent l’un l’autre à chaque niveau d’organisation, de la ville à l’état

Il nous faut prendre en compte les facteurs sources d’incomplétude et d’incertitude maximales

Les questions posées ci après font système entre pandémie – économie – social en premier plan avec en second plan  les grandes mutations en cours : climatique, migratoires, numériques, familiales, etc…

Question I pandémie :  Est-ce que la pandémie va progressivement s’étendre à tout le territoire (si pas de vaccin) jusqu’à ce que 60% de la population du territoire concerné a ses anticorps ?  (À réfléchir à chaque échelle ville département région nation)

La question subsidiaire sans réponse à ce jour : comment acquérir les anticorps à risque acceptable pour chacun et dans le territoire concerné ?

La proposition est de mettre en œuvre des stratégies diverses  et appropriés aux différents niveaux de contamination des territoires au niveau des bassins d’emplois ou départements : les nouvelles frontières sont autour de ces territoires : stratégies de « confinements – déconfinement locaux  définis par les maires et /ou le Conseil Général

La question II est politique

Faire repartir l’économie de libre échange au plus vite  dans les zones fortement contaminées, ce qui renforce la solidarité européenne mais aussi les travers de la grande consommation

Faire repartir au plus vite l’économie locale pour toutes les activités dans les zones peu contaminées, ce qui peut rapidement être mi a exécution, ce qui renforce la politique circuits courts et écologie mais aussi la logique nationaliste de repli  (voir la France périphérique )

Faire vivre les deux stratégies sans que l’une contamine l’autre sur les différents constituants du système  dans la droite ligne de la sélection naturelle (Cf. épigénétique)

Question III économico politique au niveau national ou des régions sans doute

Comment localiser des compétences en tout genre et des industrialisations en s’inscrivant dans la double systémique du premier plan et du second plan ?

La peste a supprimé 50% des européens dont les serfs en deux ans : le travail rémunéré s’est mis en place en deux ans pour pouvoir survivre (agriculture)

La situation est à la fois analogue et bien différente de la sortie de la guerre 45. La remise en route a été assurée par un grand plan d’immigration.

Devons nous anticiper un plan d’immigration volontaire ou forcée : 1 million par an sur 10 en France ?

Question IV économico-sociale

 La conséquence de la pandémie va t elle se traduire par une forte inflation et une baisse du pouvoir d’achat de 30 à 40% ?

Les risques sont d’un coté, le frein majeur à la reprise économique dans les pays dotés d’une économie des retraités ( France Allemagne tourisme )

De l’autre coté, ce sont les conflits sociaux + les systèmes mafieux et marché noir qui vont peut être prendre le pas sur l’économie de la redistribution

Ce sont évidement les réponses aux trois premières questions qui font elles-mêmes système qui contribueront aux réponses possibles pour ce dernier questionnement

 

4 – Des pistes pour un confinement contextualisé de très longue durée

Ce qui a été prévu et organisé par le gouvernement semble assez adapté aux territoires fortement contaminés et avec un équipement et un personnel de santé sous tension.

Pour les autres territoires, a minima, il semblerait logique de réaliser les actions suivantes pour accroître la résilience individuelle et collective face à l’accélération des crises sociales, économiques climatiques et épidémiques :

  • Confinement économique – privilégier les circuits courts pour tous les biens et services ainsi que les composantes : 1- agglomérations / département / 2 régions / nation /3 Europe 4 pays à aider
  • Anticiper la relocalisation par une immigration choisie massive (médecins, agriculteurs, ingénieurs, artisans, industriels et une localisation dans les territoires désertés de la France périphérique (tendre vers une géographie à l’allemande) dans une logique de « néo colonisation de terres désertées»
  • Imposer une deuxième couche de décentralisation a) en pouvoir de faire des lois ou règlements locaux b) départements c) métropoles/ France périphérique (principe de subsidiarité locale, qui s’applique actuellement entre Europe et Nations)
  • Imposer aux commerces alimentaires les mêmes logiques prévalant dans les marchés, ouvrir tous les marchés à ciel ouvert.
  • Etendre ces dispositions aux autres commerces
  • Ouvrir cafés hôtels et restaurants en respectant les gestes barrières : une table sur deux, réservées à des personnes vivants sous le même toit
  • Ouvrir cinémas et théâtres en faisant de même : un siège sur deux ou sur trois.
  • Ouvrir gîtes et tables d’hôtes dans le même esprit
  • Créer une régulation des déplacements nature ou loisir, sans culpabilisation en créant la case déplacement pour maintien de santé physique et mentale

 

  1. Ouverture des parcs avec réservation, durée de présence
  1. Ouverture des routes chemins et sentiers sur des pages horaires, réservations sous contrôle  (amende si regroupement de personnes hors du toit familial)
  2. Instauration de réservations par demi-journées ou journées (comme pour les voitures en situation de pic pollution)
  3. Le vélo, ou autres moyens mécanisés pour sortir de la ville déclarés d’utilité publique pour toutes activités
  4. Responsabilisation des actes d’incivilité et sports à risques : non priorité pour les secours et non priorité pour les admissions aux urgences (exception : enfants en dessous de 15 ans.
  5. Chacun a le droit de mettre sa vie en danger en particulier, pour les personnes âgées ayant à vivre une forme de bonus sous cette épée de Damoclès, à condition de ne pas mettre la vie en danger pour ses concitoyens.

 

Définitions  relatives à « Confinement »

  • Action de confiner, de se confiner dans un lieu; fait d’être confiné.
  • Situation d’une population animale trop nombreuse dans un espace trop restreint et qui, de ce fait, manque d’oxygène, de nourriture ou d’espace. [Concentration urbaine]
  • Ensemble des précautions prises pour empêcher la dissémination des produits radioactifs, dans l’environnement d’une installation nucléaire.
  • Ensemble des conditions dans lesquelles se trouve un explosif détonant quand il est logé dans une enveloppe résistante.[ici  =>Explosion sociale – Marché noir – Maffia])

6 - En synthèse

Nous sommes engagé pour vivre un confinement long de plusieurs mois : pas de vaccin ni de traitement au point avant la fin de l’été ou l’automne. Nous pouvons avoir une perspective en nombre tres sombre du nombre de victimes. Cela est lié aux effets systémiques des quatre grandes crises : [Epidémie – Confinement strict – Crise sociale et économique – Canicule]. Le confinement strict peut fragiliser beaucoup de familles, de personnes âgées et générer bien des faillites. Un confinement mal adapté aux différents territoires peut être un remède pire que l’épidémie. Sans adaptation de la stratégie globale, peut être entre 30000 et 100000 décès équivalent à la grippe asiatique des années 50.   

 Aujourd'hui le temps presse, pour les populations âgées, en souffrance sociale, économique et en fragilité de santé. Le confinement national, si justifiés dans les territoires  fortement touchés par l'épidémie est à contre emploie et hautement préjudiciable pour les groupes de populations cités dans des territoires épargnés (plus de 30 départements dont le notre). Le confinement strict national imposé conduit notre département Isère par exemple à une dégradation dramatique en terme de santé sur un horizon de 15 à 30 jours - effet du confinement sur la santé par absence d'activité et de contact, manque d'opportunité de créer des anticorps, manque de rapport a la nature dans les villes. Tant qu'il n'y aura pas de vaccin, la seule façon de vivre est de ne plus avoir cette épée de Damoclès sur la tête pendant un grand nombre de mois. Il nous faut pour cela modifier très rapidement les règles de confinement :

  1. Faire tomber cette règle de limitation de 1km qui concentre les personnes autour des immeubles ( passer à un rayon de 15 à 30 km)
  2. Faire tomber cette culpabilisation malsaine vis-à-vis des activités de loisir qui sont d'abord des activités de maintien en santé et de rapprochement à la nature pour les citadins). Pour les habitants des zones rurales c’est quasiment une double peine.
  3. Définir les modalités de réunions publiques, à distance respectée, pour sortir de cet enfermement sur les écrans
  4. Ouvrir les parcs urbains, les routes et les chemins tranquilles de montagne
  5. Utiliser les forces de polices et de gendarmerie pour réguler les accès au lieu de verbaliser (exemple : accès un jour sur deux par année de naissance paire ou impaire)
  6. Ré ouvrir les salles de cinéma de théâtre et de restauration en respectant les distances
  7. Accepter plus de stands dans les marchés afin de réduire la longueur des queues
  8. Dans le formulaire créer la case sortie longue pour raison de santé physique ou mentale, de se réunir en extérieur en respectant les gestes barrières et les distances entre personnes
  9. Redéfinir des règles de pratiques démocratiques, manifestations – protestations compatibles avec le COVID

Ne pas réaliser ceci dans les jours et semaines qui viennent  porte atteinte à la santé de ces personnes concernées, de manière bien plus grave que les risques liés à l’épidémie. C'est une mis en danger réelle de cette population fragilisée par l’âge, la santé ou la situation sociale. Cependant le gouvernement comme la présidence de la république paraissent entendre au bon niveau les problématiques singulières avec une réactivité adéquate. Une délégation de responsabilité aux différentes territoires devrait émerger rapidement car une approche centralisée, au-delà de ce premier mois de sidération vécu, sera très rapidement déstabilisatrice et génératrice d’explosions sociales.